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Réduction de la faim: Dix-huit pays africains gagnent le pari
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Crédit image: Flickr/FAO of the UN

Lecture rapide

  • Dix-huit pays d'Afrique sub-saharienne figurent parmi les 72 pays qui ont atteint l’objectif de réduction de moitié de la proportion de personnes victimes de la faim à l’horizon 2015

  • En Afrique de l’Ouest, la crise d’Ebola et l’instabilité ont constitué des freins à l’achèvement de cet objectif

  • Pour la FAO, la bonne gouvernance a prévalu dans les pays qui ont réussi le pari

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En marge de la conférence annuelle de la FAO à Rome, qui prend fin ce samedi, le directeur général de l’organisation, José Graziano da Silva, a déclaré que "depuis 1990, 216 millions de personnes ont été libérées de la faim."
 
Toutefois, a-t-il souligné, 800 millions d’êtres humains souffrent encore de sous-alimentation chronique, dont un grand nombre se trouve en Afrique.
 
De fait, en Afrique sub-saharienne, la FAO estime qu’un peu moins d’une personne sur quatre, soit 23,2% de la population, aura souffert ou souffrira de sous-alimentation durant la période 2014-2016.
 
Il s’agit de la plus forte prévalence à l’échelle d’une région et ce chiffre concerne 220 millions de personnes.
 
Engagement politique
 
Selon James Tefft, responsable principal chargé des politiques à la FAO, en s’intéressant aux facteurs qui ont permis à un certain nombre de pays d'atteindre les Objectifs du Millénaire pour le Développement et ceux fixés par le Sommet Mondial sur l’Alimentation, en matière de réduction de la faim, on se rend compte qu’à la base, il y a "un engagement politique soutenu qui se traduit dans des institutions solides", ainsi que "des programmes ciblés et axés sur des objectifs clairs, y compris des programmes de protection sociale efficaces et des systèmes de reddition de comptes impliquant la participation de la société civile et garantissant des résultats."
 
Toutefois, estime le responsable onusien, une chose est de parvenir à la réduction de la faim, une autre est de pouvoir assurer la pérennité des résultats acquis.
 
S’il reconnaît qu’il n’y a pas de garanties absolues en la matière, James Tefft estime néanmoins que "quand les pays consentent des investissements à long terme dans ces domaines, les résultats parlent d’eux-mêmes. Nous avons besoin de voir davantage de preuves de volonté politique et d’engagement en faveur de la bonne gouvernance en matière de développement, dans le but d’éradiquer durablement la faim."
 
Selon lui, "les pays reconnaissent que l'investissement dans des actions visant à réduire la faim pour améliorer la nutrition, est une condition nécessaire à la réalisation d’une croissance généralisée. Une nutrition améliorée agit sur la capacité cognitive de l’homme, ainsi que sa capacité de production”.
 
Les chiffres rendus publics par la FAO montrent qu’en Afrique, dix-huit pays ont atteint l’objectif de réduction de moitié de la proportion de personnes souffrant de sous-alimentation, tel que fixé dans les objectifs du millénaire pour le dévelopment.
 
Quatre autres pays sont sur le point de l’atteindre avant 2020, si les tendances actuelles se confirment.
 
Si la FAO se réjouit de ces performances, elle fait toutefois remarquer que les niveaux de sous-alimentation dans ces pays étaient très élevés, et que certains de ces pays enregistrent encore des taux de malnutrition très importants. 
 
Mauvaise gouvernance
 
Il s’agit du Bénin, de l’Ethiopie, de la Gambie, du Malawi, de la Mauritanie, de Maurice, du Mozambique, du Niger, du Nigeria et du Togo.
 
Mais de nombreuses disparités existent entre régions, nourries notamment par la mauvaise gouvernance, les catastrophes et l’instabilité.
 
A titre d’exemple, l’Afrique de l’Ouest n’aura pas eu la tâche facile, en raison notamment de l’épidémie d’Ebola et de l’insurrection armée menée par le groupe Boko Haram au Nigeria.
 
La FAO estime ainsi que la maladie à virus Ebola a impacté négativement sur l’agriculture et la sécurité alimentaire des populations.
 
Selon Vincent Martin, le représentant de la FAO au Sénégal et coordonnateur pour l’Afrique de l’Ouest pour les questions liées à Ebola, "les mesures prises pour contenir l’épidémie, telles que la mise en quarantaine des zones les plus touchées, les restrictions de mouvements internes et la fermeture des marchés et de certaines frontières, ont entraîné une perturbation du fonctionnement des marchés et des filières commerciales".
 
L’organisation note une baisse de la production agricole et de la demande, une détérioration des moyens d’existence, une baisse du pouvoir d’achat des ménages et un risque de dégradation de la situation nutritionnelle, en raison des difficultés d’accès à une alimentation en quantité et en qualité suffisantes et aux services sociaux de base.
 
Mais l’épidémie d’Ebola n’est pas la seule en cause dans la détérioration de la sécurité alimentaire dans la région.
 
Insécurité
 
Vincent Martin note aussi que l’insécurité qui règne dans le Nord-Est du Nigéria impacte négativement sur la situation alimentaire des personnes déplacées à travers, entre autres, l’abandon par les agriculteurs de leurs parcelles de culture, la réduction des opportunités d’emploi, avec un impact négatif sur le pouvoir d’achat des pauvres, un important impact sur les moyens d’existence des éleveurs des pays limitrophes, étant donné qu’ils ne peuvent plus vendre leur bétail au Nigéria, ainsi que des perturbations des itinéraires de transhumance saisonniers, avec une forte baisse du prix de vente du bétail.
 
Résultats mitigés
 
Au vu des résultats mitigés sur le continent, en matière de réduction de la faim, il est permis de se demander si les gouvernements africains seront en mesure d’honorer l’engagement pris, lors du sommet de l’Union Africaine en 2014, d’enrayer la faim d’ici à 2025.
 
Mais pour James Tefft, "sur la base des résultats obtenus par les pays les plus performants en Afrique et dans le monde, cet objectif est réaliste et réalisable."
 
"Tout est possible avec un leadership fort et engagé et les systèmes de gouvernance nécessaires qui nous tiennent responsables de la prestation des programmes spécifiques susceptibles d’améliorer les moyens de subsistance et le bien-être des femmes, des hommes, des filles et des garçons victimes de la faim et qui font partie des plus vulnérables”, ajoute-t-il.
 
Cet avis est partagé par le directeur pour la région Afrique de l’Institut International de Recherche sur les Politiques Alimentaires (IFPRI), Ousmane Badiane, qui estime que "si les tendances actuelles se confirment, à quelques rares exceptions, l’Afrique sera en mesure d’atteindre l’objectif de développement du millénaire visant à réduire de moitié la proportion des personnes souffrant de la faim dans le monde."
 
La FAO assure quant à elle avoir soutenu la stratégie mise en œuvre après le sommet de Malabo, ainsi que la feuille de route qui a ensuite été présentée et approuvée par le 24e Sommet ordinaire de l’Union Africaine (UA).
 
Autonomisation des femmes
 
A cet égard, l’organisation insiste sur le besoin d’autonomisation économique des femmes, qui jouent un rôle central dans l’activité agricole, dans la plupart des pays du continent.

“Pour chaque dollar investi dans l'autonomisation des femmes, les dividendes sont énormes dans la lutte contre la faim. ”

Tacko Ndiaye, Fonctionnaire principale chargée du genre à la FAO

"Pour chaque dollar investi dans l’autonomisation des femmes, les dividendes sont énormes dans la lutte contre la faim, la malnutrition et la pauvreté et la création de richesses pour les exploitations familiales", explique ainsi Tacko Ndiaye, fonctionnaire principale chargée du Genre, de l'Egalité et du Développement Rural.
 
La FAO dit aussi espérer que le Sommet de l’UA, du 7 au 15 juin 2015, sur "l'autonomisation et le développement des femmes, en vue de la réalisation de l’Agenda 2063 de l’Afrique", fournira d’autres pistes aux dirigeants africains, en vue de renforcer leur engagement politique en ce qui concerne l'éradication de la faim d'ici à 2025.
 
Selon les chiffres rendus publics par l’organisation, une majorité de pays - soit 72 sur 129 - suivis de près au cours des dernières années ont atteint l'un des principaux Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD), à savoir la réduction de moitié de la proportion de personnes souffrant de la faim à l'horizon 2015.
 
Sur les 72 pays, 29 ont également atteint l'objectif plus rigoureux de réduire de moitié le nombre de personnes souffrant de la faim, comme stipulé par les gouvernements lors du Sommet mondial de l'alimentation (SMA) en 1996, à Rome.
 
En Afrique, ils sont au nombre de sept: Angola, Cameroun, Djibouti, Gabon, Ghana, Mali et Sao Tomé-et-Principe.
 
Ouverte le 6 juin dernier, la 39e conférence annuelle de la FAO prendra fin ce 13 juin.
 
Outre la réélection du Brésilien José Graziano da Silva au poste de directeur général de l’organisation, la conférence annuelle a également donné lieu à une cérémonie pour récompenser les pays membres des efforts fournis dans le cadre de la réduction de la faim dans le monde.
 
Elle a également appelé à dépasser le concept de réduction de la faim, pour adopter une approche visant à l’éradiquer.
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