Rapprocher la science et le développement

La recherche sur les gènes végétaux pour renforcer la sécurité alimentaire ne bénéficie pas d’un soutien financier suffisant.
  • Une étude fondamentale susceptible d’accroître les récoltes dans le Sud

La recherche sur les gènes végétaux pour renforcer la sécurité alimentaire ne bénéficie pas d’un soutien financier suffisant.
Crédit image: Flickr/kingjn

Lecture rapide

  • Une étude s’intéressant à l’aspect moléculaire des plantes offre quelques pistes pour planter de meilleures cultures

  • Les bénéfices potentiels sont notamment la résistance aux maladies, la tolérance aux sols pauvres et un moindre recours aux engrais

  • Mais l’essentiel des résultats de ces recherches n’est pas encore parvenu aux agriculteurs

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La revue Nature publie aujourd’hui un article qui affirme que l’identification des gènes contrôlant l’absorption et le transport des éléments nutritifs par les plantes pourrait s’avérer «déterminante» pour l’amélioration de la sécurité alimentaire, grâce à l’augmentation de la tolérance des cultures aux sols pauvres et aux maladies, à l’enrichissement des aliments en éléments nutritifs et à la réduction du recours aux engrais.

Mais l’auteur principal de cet article regrette, dans un entretien accordé à SciDev.Net, que la recherche dans ce domaine ne bénéficie pas de l’attention et du financement dont elle aurait besoin pour sortir des laboratoires et se transporter sur le terrain et avoir ainsi un impact sur la sécurité alimentaire dans le monde entier.

Cet article donne un aperçu des différents progrès obtenus récemment dans l’identification des gènes spécifiques qui régulent les canaux protéiques des plantes, qui sont les voies par lesquelles les substances partent des systèmes racinaires pour atteindre le reste de la plante.


Pour que ces progrès contribuent au développement et à la sécurité alimentaire, ils ont besoin d’un coup de main qui puisse leur permettre d’accéder à des essais et des expérimentations sur le terrain, avec un meilleur appui des bailleurs de fonds, ajoute-t-il.Une fois identifiés dans l’une des espèces, les gènes qui contrôlent les caractères recherchés peuvent être insérés dans plusieurs variétés de cultures commercialisées grâce à l’amélioration moléculaire ou la modification génétique.

Les récentes “percées” ont permis à ce domaine d’étude d’être à la pointe en terme « d’influence sur l’agriculture à l’échelle mondiale », affirme Julian Schroeder, auteur principal de l’étude, et professeur de biologie à l’université de Californie, à San Diego.

L’étude explique, par exemple, que les gènes prélevés sur un spécimen de blé sauvage tolérant au sel ont déjà permis de multiplier par quatre les rendements d’une variété commerciale en Australie , et sur des sols salins normalement inadaptés à cette culture.

Elle ajoute que d’autres progrès ne font aucun doute dans les essais de terrain actuellement en cours sur des variétés de sorgho, développées pour être tolérantes aux sols acide, très nombreux dans les zones tropicales et subtropicales, où sont concentrés les pays en développement.

D’après l’article, les sols acides et salins, dont les teneurs en sodium et en aluminium sont élevées, sont peu productifs pour l’agriculture et couvrent plus du tiers des terres non gelées de la planète.

Par conséquent, la culture d’espèces de plantes qui limitent l’absorption de ces éléments pourrait ouvrir de nouvelles étendues de terres à l’agriculture, poursuit l’article.

Il continue en évoquant d’autres possibilités, pleines de promesses, qui n’ont pas encore été testées à grande échelle, comme l’amélioration de l’absorption du phosphore et de l’azote, afin de réduire les besoins en engrais, ou l’augmentation de l’absorption du fer et du zinc pour renforcer la valeur nutritive des aliments.

Pourtant, malgré ses avantages potentiels «immenses», la recherche dans ce domaine ne bénéficie pas de l’attention nécessaire pour permettre d’avoir un impact dans le monde entier, déplore Schroeder.


Jusqu’à présent, les financements ont été « à peine suffisants » pour permettre à la recherche de parvenir ne serait-ce qu’à ces étapes préliminaires, estime-t-il.

De nombreux chercheurs du consortium CGIAR ont le sentiment qu’il reste un long chemin à parcourir pour que les progrès de la science fondamentale parviennent aux agriculteurs.

Idupulapati Rao, chercheur principal en phytotechnie au Centre international d’agriculture tropicale du CGIAR en Colombie, pense qu’il faudra peut-être encore attendre une décennie avant de voir ces progrès de la science fondamentale parvenir aux agriculteurs des pays en développement.

Mais les progrès déjà accomplis sur les principales cultures alimentaires, comme le blé, le maïs et le sorgho constituent la preuve que quel que soit le temps que cela prendra, l’influence déterminante de ces progrès sur le développement agricole est « quasi-certaine», ajoute-t-il.

Avec l’augmentation significative ces dernières années du financement des programmes d’amélioration des plantes, il appartient désormais aux décideurs nationaux de consacrer davantage de ressources au développement des capacités pour la poursuite de ces initiatives, surtout dans les pays en développement, où les effets bénéfiques pourraient être les plus significatifs, déclare Rao.

Lien vers l’intégralité de l’article dans la revue Nature

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