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Ordinateurs utilisés dans un laboratoire de recherche

Ordinateurs utilisés dans un laboratoire de recherche
Crédit image: Flickr/Jparise

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Durant 35 ans, un projet nigérian de propriété intellectuelle a aidé les firmes locales à sauvegarder les logiciels de l’exploitation étrangère, tout en les aidant à devenir des actrices mondiales.

[ABUJA] Dans les années 1970, l’industrie technologique du Nigeria était largement dominée par les entreprises étrangères.
 
Pour aller à l’encontre de cette tendance, le gouvernement a établi l’Office national pour l’acquisition et la promotion des techniques (NOTAP), en 1979.
 
Il avait pour objectif de réguler l’afflux de technologies étrangères au Nigéria, à travers la mise en place de nouvelles politiques assurant la promotion de la création et du développement de logiciels locaux et de firmes innovantes.
 
Cependant, aussi récemment qu’en 2006, une étude de NOTAP a identifié un manque entre le secteur de la recherche au Nigéria et les industries.
 
"Nous avons réalisé que les Nigérians ne convertissaient pas les résultats de la recherche en propriété intellectuelle, brevets, marques déposées, modèles industriels et savoir au plus haut niveau", explique Umar Bindir, directeur général de NOTAP.
 
"Le savoir-faire du pays – la culture de créer de la propriété intellectuelle et de la protéger en tant que droits de propriété intellectuelle, ainsi que de la transférer en industries – était très faible."
 
Pour cette raison, NOTAP a publié un manuel sur les exigences et procédures de bases concernant les projets et accords de transfert de technologie pour guider ceux qui sont impliqués dans le transfert et l’attribution de licences au travers de la négociation, de l’inscription et du contrôle et en alignant ces projets avec les besoins du pays, estime Umar Bindir.
 
Jusqu’alors, les Nigérians étaient largement dépendants de l’expertise étrangère dans les domaines de la haute technologie, tels que les logiciels informatiques.
 
"Il est apparu que les firmes faisaient l’acquisition de logiciels depuis l’extérieur et que les étrangers venaient les installer", dit Bindir.
 
"À chaque fois qu’un problème de virus se présentait, ou qu’une mise à jour était nécessaire, les étrangers venaient pour résoudre le problème. Tout se faisait en un seul sens."
 
Ces nouvelles recommandations ont permis le transfert "équitable" du savoir et de la technologie en arrivant au Nigéria.
 
Créer du savoir local
 
"Nous nous assurons que les charges [vers le Nigéria] des accords de transfert de technologie sont équitables", explique Umar Bindir.
 
"Selon ces accords, NOTAP facilite désormais le mouvement de beaucoup d’industries vers le Nigéria."
 
NOTAP a créé avec succès beaucoup plus d’opportunités pour les entreprises et les personnes nigérianes afin de développer leur capacité en savoir-faire technologique, à travers ces accords de transfert de technologie.

Par exemple, les recommandations de NOTAP stipulent qu’un minimum de 40 pour cent de maintenance technique annuelle payée à un vendeur de technologie-logiciel devrait être attribué à un partenaire local, afin qu’il puisse développer des compétences pour installer, adapter, intégrer et soutenir la technologie extérieure.
 
Cela a pour but de s’assurer que les vendeurs locaux sont impliqués dans la maintenance du logiciel dans le pays et ainsi de réduire le coût des expatriés s’impliquant dans les processus locaux et d’augmenter la capacité des personnes et firmes nationales.

Umar Bindir avance que beaucoup d’entreprises de logiciel nigérianes sont désormais impliquées dans des processus d’exécution de projets de logiciel, en codant des logiciels et en fournissant des services techniques que les entreprises étrangères avaient l’habitude de fournir seules.

Par exemple la Computer Warehouse Group (CWG), une des principales entreprises de logiciels nigérianes, a tellement appris qu’elle s’est transformée en une petite entreprise multinationale.

Elle a des activités dans 18 des 36 états nigérians et des bureaux régionaux en Afrique de l’Ouest, de l’Est et centrale (Ghana, Ouganda et Cameroun).

Le PDG de CWG, Austin Okere, déclare que l’intervention de NOTAP dans la maîtrise du savoir concernant les logiciels a été largement responsable du développement de cette firme.

"NOTAP a été un instigateur important du développement de contenu local dans les logiciels au Nigéria, dont le développement phénoménal de CWG ", dit-il.

 Umar Bindir explique que de telles entreprises se développent au niveau régional.

"Ils vont au Kenya, en Ouganda et dans d’autres pays, installant leurs bureaux et proposant le type de services que quelques années auparavant seules les entreprises étrangères auraient proposés ", dit-il.
 
Le Nigéria a ainsi économisé environ 500 milliards de naira (un peu plus de 3 milliards de dollars américains) au cours de la dernière décennie, en évitant des frais trop excessifs ou pas nécessaires pour le transfert de technologie étrangère, déclare Umar Bindir.
 
"Si NOTAP n’existait pas, les prestataires de services de technologie étrangère auraient imposé leurs prix, et les entreprises nigérianes auraient payé", soutient-il.
 
Lier les universités à l'industrie
 
Depuis 2006, NOTAP a également facilité la création de bureaux de propriété intellectuelle et de transfert de technologie (IPTTO) dans plus de 40 universités, écoles polytechniques et instituts de recherche au Nigéria.
 
Ceux-ci proposent des organismes de recherche avec des formations, en collaboration avec l’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle.
 
"Je suis heureux que tant d’universités, qui avaient auparavant survécu à 30 années sans un seul brevet enregistré au Nigéria, ont désormais breveté 10 à 20 innovations lors des six premiers mois d’introduction de ce programme ", explique Bindir. Le nombre de brevets enregistrés au Nigéria a augmenté de 100 par année en 2006 à 400 par année aujourd’hui.

"Si vous vous intéressez au secteur industriel, vous verrez le niveau de capacité que nous avons été capables de développer, dans la mesure où beaucoup de ces systèmes peuvent être mis en fonctionnement, et dont la maintenance est assurée en grande partie par les Nigérians", estime Umar Bindir. 
 
Suleiman Aruwa, coordonnateur du bureau de l’IPTTO à l’Université d’État de Nasarawa, fondé en 2012, explique que le bureau a déjà aidé l’université à formuler ses politiques sur les liens avec les start-ups, le droit d'auteur et la propriété intellectuelle.
 
Martins Emeje, coordonnateur du bureau de l’IPTTO à l’Institut national pour la recherche et le développement pharmaceutique, estime pour sa part que son bureau a rempli deux demandes de brevets aux États-Unis depuis sa création.
 
Martins Emeje ajoute que la technologie a un rapport avec le fait que le Nigéria a atteint les Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD).
 
Umar Bindir est de cet avis. "Il est impossible que les OMD puissent être atteints sans la technologie", affirme-t-il.
 
"Tous sont dépendant de la technologie. Nos projets pour l’éducation, l’acquisition de technologie et la promotion des sciences ont tous des conséquences sur les OMD. Plus on fait des progrès, plus on acquière des compétences et plus on contribue aux OMD. L’idée générale est de réduire la pauvreté à un niveau qui ne freine plus notre économie. Au cours des années, nous nous sommes également concentrés sur l’augmentation du nombre de femmes dans nos programmes."
 
Ecueils
 
Mais cela n’a pas toujours été un voyage facile.
 
NOTAP agit dans ce qui est toujours un système de savoir relativement faible et dans un pays où les institutions publiques sont souvent critiquées pour cause de bureaucratie excessive, de retards, de manque d’expertise et de main d’œuvre peu motivée.
"Nous faisons de notre mieux pour encourager la confiance publique dans notre institution, pour nous assurer que nous sommes une institution transparente, avec des hommes et des femmes de haut niveau, tant en ce qui concerne la formation que la qualification", ajoute-t-il.
 
Un autre défi est de donner de meilleurs outils à NOTAP afin qu’elle puisse s’acquitter de son mandat. Par exemple, NOTAP a besoin d’un grand centre d’exhibition technologique où les entrepreneurs peuvent venir et voir la technologie mondiale, maîtriser ces technologies et créer des entreprises, affirme Umar Bindir.  
 
Il aimerait également voir une bibliothèque qui fournisse des informations technologiques aux chercheurs, entrepreneurs et écoles ; et une base de données en ligne qui fournisse des informations sur où accéder aux technologies.
 
Renforcer les liens
 
NOTAP reçoit un revenu stable du budget national, ainsi que des rétributions d’organisations souhaitant enregistrer des brevets, elle a ainsi un avenir durable.

Bindir dit que l’initiative de NOTAP devient également un modèle pour un certain nombre d’autres pays africains, et travaille avec des institutions au Ghana, au Kenya et en Tanzanie, parmi d’autres, pour créer des parcs scientifiques et technologiques, et améliorer l’impact de la propriété intellectuelle.
 
"Par exemple, notre collaboration récente avec la Tanzanie pour la promotion des sciences et de la technologie dans nos deux pays a entraîné un élan positif afin de mettre en place un organe similaire à NOTAP en Tanzanie, ainsi que d’autres initiatives similaires pour la promotion de la création de parcs scientifiques et technologiques et l’amélioration de l’impact de la propriété intellectuelle", dit Bindir.

"Nous partageons certaines de nos compétences et apprenons également de certains de ces pays."
 
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