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Q&R: Un expert se prononce sur l'accès à l'Internet en Afrique
  • Q&R: Un expert se prononce sur l'accès à l'Internet en Afrique

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Lecture rapide

  • L’Internet coûte cher en Afrique à cause des problèmes d'infrastructures

  • La présence de l'Afrique sur la toile est marginale

  • Des efforts sont en cours au niveau de l'Union Africaine pour rationaliser l'accès du continent à l'Internet

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Pierre Dandjinou, vice-président de Internet Corporation for Assigned Names and Numbers (ICANN) pour l’Afrique, explique les grands défis techniques auxquels le continent est confronté dans le cadre de l’instauration d’une société de l’information viable.

 
Du point de vue de l'ICANN, quelle est la principale raison pour laquelle l'accès à Internet est si cher en Afrique?

 
Aujourd'hui, dans la plupart des pays africains, si vous envoyez un e-mail d’un point de la ville à un autre, il fait un voyage long et tortueux vers l'Amérique du Nord ou l’Europe ou même le Japon avant de retourner à son destinataire. Cela coûte de l'argent, en termes de charges internationales de connectivité et provoque des problèmes de latence.
 
Les points d'échange Internet (IXP) [1] locaux permettent à un pays donné de router l’intégralité ou une partie de son trafic Internet au niveau national, en économisant ainsi de l'argent et en augmentant la vitesse de la connexion. Les IXPs créent en effet de fait un centre d’échange d’informations et donnent ainsi du sens au mantra des IXPs: "conserver au trafic local un caractère local."
 
Mais cela dépendra des initiatives en cours à la fois, au niveau national et regional, en Afrique. À ce jour, les principaux obstacles aux èchanges Internet sont largement d’ordre politique et réglementaire.
 
En fait, la mise en place de tout accord de peering  relève à 10% d'un travail technique et à 90% de l'ingénierie socio-politique. C’est à partir de ce constat que la Commission de l'Union africaine (CUA) a lancé le projet African Internet Exchange System (AXIS), en 2010.

 
Combien de noms de domaines ont été enregistrés au cours des 12 derniers mois en Afrique?

 
Il y avait 271 millions de noms de domaines enregistrés dans le monde au quatrième trimestre de l’année 2013 et 288 millions à la même période en 2014.
 
En tout, 17 millions de noms de domaines ont été enregistrés dans le monde en 2014 et aucun des ccTLD africains [country code top level domains, domaines de premier niveau national, NDLR] n’apparaît dans les dix premiers.
 
Les statistiques sur les enregistrements de noms de domaines en Afrique sont rares et il n'y a pas encore de base de données centralisant ces informations. 
 
Au cours de la dernière décennie, il y a eu d'énormes progrès en Afrique, en matière d’efforts visant à améliorer la connectivité et l'accès à l'information. Mais nous savons aussi que l'écosystème de l'Internet est multi-facettes et multi-sectoriel, allant des infrastructures aux noms de domaines, en passant par les appareils (téléphones mobiles, ordinateurs, etc.) Mais reste la question de la capacité d’utiliser l'Internet, en termes de capacité cognitive.
 
Chacun de ces éléments est à des stades d'avancement différents, d’un pays africain à l’autre.
 
Pour l'ICANN, la clé, c’est l'industrie du DNS [Domain name System, Système de noms de domaines, NDLR]. Aujourd'hui, il y a environ 1,3 million de noms de domaines enregistrés en Afrique sur une population d'environ 1,1 milliard. Et 1 million de ces noms de domaines ont été enregistrés dans un seul pays, l’Afrique du Sud. Cela montre qu'il y a encore beaucoup à faire dans ce secteur et tous les intervenants ont vraiment un rôle à jouer en veillant à ce que l'Afrique bénéficie d'un investissement et d’une utilisation holistiques de l'Internet.
 
La stratégie de l'ICANN pour l'Afrique vise à contribuer à la production de telles données sur l'Afrique, de manière plus détaillée, au cours des prochains mois.

 
En termes comparatifs, quelle place occupe l’Afrique, à l’échelle internationale?

 
Comme mentionné précédemment, aucun des ccTLDs africains n’apparaît dans le top 10 des ccTLD, et en tant que tel, l'Afrique est encore un peu à la traîne.
 
Le problème se situe à la fois au niveau des sous-domaines de premier niveau national et des noms de domains génériques.
 
En Afrique, nous avons seulement huit bureaux d'enregistrement accrédités ICANN, pour plus d'un millier à l'échelle mondiale. Cependant, il faut noter que quelques ccTLDs font de leur mieux; par exemple, en janvier de cette année, nous avons eu plus d'un million de domaines enregistrés sous le suffixe .za, en Afrique du Sud.
 
Aujourd’hui, l'Afrique est la dernière frontière et les grandes entreprises internationales, y compris les géants de la technologie, sont maintenant désireux de s’installer physiquement sur le continent. Selon le dernier rapport de la commission du haut débit, en 2014, dix ans après le Sommet mondial sur la société de l'information (SMSI), la société de l'information est aujourd'hui vraiment avec nous en Afrique! À la fin de 2014, quelque 2,9 milliards de personnes, soit 40% de la population mondiale, seront en ligne (UIT, 2014), et deux tiers d'entre elles proviennent du monde en développement. Au taux de croissance actuel, la moitié de la population mondiale sera en ligne d'ici à 2017.
 
En termes de haut débit fixe, l'Afrique accuse toujours un retard, à 0,5%, comparativement aux 24% de l’Europe et aux 44% de l’Asie et du Pacifique, donc effectivement, nous devons investir davantage dans le haut débit. Je suis heureux que la plupart des pays africains soient maintenant à divers stades de développement de leurs orientations politiques telles que les plans directeurs en matière de TIC et les stratégies en matière de haut débit.

 
On parle beaucoup ces jours-ci d’IPv6. Quel est en fait l'avantage clé de la transition d’IPv4 vers IPv6?

 
IPv6 offre plus de sécurité que IPv4. Avec la croissance rapide du marché de la téléphonie mobile en Afrique, il y a par conséquent de plus en plus d'appareils qui ont besoin de se connecter, d'où le besoin d'avoir plus d'adresses IP. Il est intéressant de noter que de nombreux FAI [fournisseurs d’accès à l’Internet] utilisent le système NAT [2] comme une solution pour partager les ressources de propriété intellectuelle, mais cela est vraiment une solution de transition et le passage à IPv6 présente de nombreux avantages. Il permettra aux opérateurs de résoudre les problèmes d'adresses IP et d'offrir des connexions Internet plus sûres.

 
Pourquoi les pays africains traînent-ils les pieds en termes de mise en œuvre du protocole IPv6?

 
Il y a beaucoup de raisons à cela et des efforts sont en cours pour y remédier.
 
On peut noter, entre autres, la taille du marché de l'Internet en Afrique par rapport aux autres continents, qui est encore faible; le manque de sensibilisation sur la gestion des ressources IP pour les opérateurs, les PME et les particuliers ; et bien entendu, il faut noter que nous avons encore des entreprises de services Internet qui n’en savent pas assez sur les services d’AFRINIC [3] et ne comptent que sur leurs fournisseurs de liaisons montantes. Ces derniers ne sont pas non plus bien préparés en termes de transition vers IPv6.
 
Cela dit, AFRINIC fait de son mieux tout au long de ses séances de formation visant à sensibiliser et à soutenir la mise en œuvre du protocole IPv6 et il y a de plus en plus d’implémentations dans les pays africains.

 

Références

[1] IXP: Infrastructure physique permettant aux différents fournisseurs d’accès Internet (ou FAI ou ISP) d'échanger du trafic Internet entre leurs réseaux de systèmes autonomes grâce à des accords mutuels dits de "peering".
 
[2] Network Address Translation: Traduction d'adresse réseau
 
[3] AFRINIC: Registre régional d'adresses IP desservant l’Afrique 
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