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Analyse : Doter l’organe consultatif du COMESA de moyens adéquats
  • Analyse : Doter l’organe consultatif du COMESA de moyens adéquats

Crédit image: Flickr/WorldFish

Lecture rapide

  • Au mois d’avril, le COMESA a lancé son Conseil d’innovation afin de contribuer à l’intégration des preuves scientifiques dans la prise de décisions

  • Mais des incertitudes subsistent quant à son financement et son administration

  • Pour l’instant, il doit focaliser son action sur les secteurs clés, comme l’entreprise

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Linda Nordling s’interroge sur les ressources à la disposition du Conseil d’innovation du COMESA, chargé de conseiller les pays d’Afrique australe et orientale sur les questions scientifiques.

L’intégration de la science, de la technologie et de l’innovation (STI) à l’ensemble du processus gouvernemental de prise de décisions peut être une gageure pour les décideurs, à la fois dans les pays en développement et dans les pays développés.

La tendance à consacrer tout un département ministériel à la STI, ou à la combiner avec des secteurs connexes comme l’éducation tertiaire, peut limiter son impact sur les domaines d’action des pouvoirs publics comme l’énergie, la santé ou l’infrastructure.

Une zone d’échanges regroupant 19 pays africains a tenté de remédier à cette lacune du processus de prise de décisions en créant un Conseil consultatif sur la STI, composé d’éminents universitaires, de représentants du monde industriel et de décideurs politiques.

Mais son efficacité dépendra de la volonté des pays de la zone de doter ce conseil de ressources financières et de suivre ses recommandations, ainsi que de la qualité des avis qu’il émettra.

Au mois d’avril dernier, le Marché commun de l’Afrique orientale et australe (COMESA) a lancé les activités de son Conseil d’innovation. Son président, Venansius Bayamureeba, est le recteur de l’Université des technologies et de gestion d’Ouganda et ancien recteur de l’Université de Makerere.

Il va diriger les activités de conseils scientifiques dans cette zone d’échanges, qui couvre un espace géographique s’étalant comme une bande sur tout le continent africain, de la Libye, au Nord, jusqu’au Swaziland et à la Zambie, au Sud. La population des Etats membres s’élève à plus de 400 millions d’habitants, dont certains vivent dans un état de pauvreté extrême.

La région connaît de nombreux problèmes qu’on peut résoudre par une application avisée de la STI, notamment les conflits autour de l’utilisation des eaux le long du Nil et les maladies infectieuses comme le paludisme et le HIV/sida/S.

Plusieurs de ces questions dépassent les frontières nationales, et c’est pour cela qu’une approche de solution impliquant plusieurs gouvernements et faisant recours à la STI semblerait logique.

Mais pour qu’un conseil consultatif contribue à la coordination des solutions retenues par la région, il doit bénéficier de l’appui ferme de tous les Etats membres et disposer de ressources nécessaires pour élaborer et promouvoir les avis dont les décideurs ont besoin.

 
Soutien politique


Le Conseil d’innovation du COMESA semble bénéficier de l’appui politique nécessaire. En 2010, le conseil des ministres de la zone a reconnu que la STI a un rôle important à jouer dans le développement de la région.

La tenue de la première réunion des ministres de la science, de la technologie et de l’innovation du COMESA, en juin dernier, a permis d’élaborer une stratégie régionale de la ST, ainsi que la création du Conseil d’innovation.

D’après ses textes fondateurs, le Conseil devrait contribuer à l’élaboration de la feuille de route du COMESA en matière d’innovation - plan de stimulation de l’innovation dans cette région - et émettre des avis sur les stratégies en vue de sa mise en œuvre.

Mais, il identifiera également les politiques du COMESA pour lesquelles ses avis en matière de science, de technologie et d’innovation sont nécessaires et supervisera l’élaboration et la présentation de notes d’orientation, de déclarations et de rapports consultatifs.

Selon Sindiso Ngwenya, secrétaire général du COMESA, tout a été fait afin de permettre au Conseil d’avoir l’influence et l’impact requis. « Si le Conseil s’acquitte bien de son rôle consultatif, il se fera mieux connaître dans les pays membres du COMESA. Par la suite, les Etats membres devraient coopérer avec le Conseil pour aussi promouvoir la mise en œuvre de programmes au niveau national », explique-t-il à SciDev.Net.


Inquiétudes du Conseil


Mais certains aspects de la structure du nouveau Conseil pourraient nuire à son impact.

Le premier concerne ses capacités administratives. Les membres éminents du Conseil ne sont pas rémunérés et se réuniront trois fois seulement par an aux frais du COMESA.

Pour que des avis fiables et opportuns sortent de ces réunions, le Conseil a besoin d’une sorte d’appui sur le plan administratif. Cet appui pourrait lui être apporté par le COMESA ou d’autres Etats membres. Toutefois, si le Conseil venait à ne pas bénéficier d’un tel appui, il pourrait se révéler sans influence.
 
Ce qui nous amène à notre deuxième inquiétude, à savoir les ressources financières. Pour l’instant, aucun budget spécifique n’est alloué au Conseil. Peut-être espère-t-on que le financement soit assuré par une initiative du COMESA ou des appels de fonds des Etats membres, sur avis du Conseil.

S’il faut payer d’avance les avis qu’il formule, les décideurs politiques risqueraient d’être moins enclins à solliciter son expertise.

L’avenir dira si le Conseil d’innovation du COMESA jouera le rôle consultatif qui lui est assigné. Pour exploiter au mieux ses ressources limitées, le Conseil ferait mieux de mettre l’accent sur les secteurs phares de la région, en stimulant par exemple les échanges et l’esprit d’entreprise afin de promouvoir l’industrialisation.

A court terme, le Conseil doit aussi s’acquitter immédiatement d’une tâche, à savoir superviser la conception et le lancement des prix COMESA de l’innovation. Ces prix annuels, dotés de récompenses s’élevant au total à 1 million de dollars US, récompenseront les individus ou les organisations qui se seront servis de la STI pour contribuer à l’intégration et au développement régional.

Mais, malgré la capacité de ces prix à améliorer la visibilité des innovateurs dans la zone COMESA, la mission assignée à cet organe à sa création est de promouvoir la prise de décisions fondées sur des preuves scientifiques.

Il serait très regrettable que ce Conseil d’innovation mis sur pied avec tambours et trompettes devienne un simple jury magnifié d’attribution de prix.

La journaliste Linda Nordling, qui travaille au Cap, en Afrique du Sud, est spécialiste de la politique africaine en matière de science, d'éducation et de développement. Elle a été rédactrice en chef de Research Africa et collabore au Réseau Sciences et Développement (SciDev.Net), à Nature, etc.

Cet article est une production de la rédaction Afrique sub-saharienne de SciDeV.Net
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