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Perspectives : axer l'investissement sur les infrastructures de recherche
  • Perspectives : axer l'investissement sur les infrastructures de recherche

Crédit image: Flickr/EAF-Nansen project

Lecture rapide

  • Le financement des infrastructures de recherche irlandaises par l'UE a permis de transformer ce pays en une économie du savoir

  • Beaucoup de pays en développement pourraient s'inspirer de cet exemple

  • Mais le système de financement international n'est pas adapté à de tels objectifs

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Pour David Dickson, plusieurs pays en développement connaîtraient un développement spectaculaire s'ils investissaient dans les infrastructures de recherche.

Rares sont ceux qui savent que l'Irlande est le premier exportateur mondial de logiciels informatiques. Et pourtant, ce pays occupe ce rang depuis la fin des années 1990 grâce en partie à l'investissement d'une grande partie de l'aide qu'elle reçoit de la Commission européenne (CE) dans les infrastructures nécessaires à la transition vers une économie du savoir.

Cette aide passe par les 'fonds structurels' mis à la disposition des régions les plus pauvres de l'Union européenne (UE). Les pays tels que la Grèce ont investi l'essentiel de ces fonds dans des projets plus traditionnels de construction comme les routes et les aéroports. L'Irlande, par contre, les a principalement consacrées aux infrastructures de recherche et aux réseaux de transmission de données à grande vitesse.

Il n'y a aucune raison pour que les pays en développement, surtout en Afrique, ne s'inspirent pas de l'exemple irlandais. Des investissements judicieux dans les infrastructures de recherche et d'innovation peuvent faciliter la transition d'une société pré-industrielle à une société post-industrielle.

Mais l'atteinte de cet objectif est subordonnée à deux conditions. Les gouvernements doivent impérativement accorder la priorité au soutien à l'innovation. Les organismes de développement doivent comprendre qu'investir dans les infrastructures de recherche et d'innovation est aussi important que de financer des projets d'infrastructures plus traditionnels comme l'énergie et les systèmes de transport.
 

Pourquoi investir


Les raisons d'investir dans les infrastructures de recherche ont été clairement exposées à l'occasion d'une conférence organisée ce mois à Bruxelles, l'événement déterminant d'un projet financé par la CE, baptisé Promotion des partenariats afro-européens sur l'infrastructure de recherche (PAERIP).

Plusieurs orateurs ont souligné que le financement de la science au service du développement ne pouvait avoir un impact à long terme qu'à condition d'aller au-delà d'un simple soutien à des projets et programmes de recherche individuels ou de formation d'une nouvelle génération de chercheurs mais en investissant également dans les infrastructures, notamment de grandes installations de recherche et des banques de données connexes, dont la recherche est tributaire.

La mise en place des infrastructures de recherche peut aussi être un moteur de développement socio-économique. Cela implique aussi des retombées pour le secteur de la construction et la création d'emplois techniques et de réseaux de communication de qualité.

Comme l'affirme la déclaration finale d'une réunion du PAERIP qui s'est tenue au Ghana en décembre dernier, «les infrastructures de recherche sont les principaux facteurs de compétitivité et de développement».
 

Des écueils d'ordre politique


Cette stratégie implique de relever un certain nombre de défis politiques. En premier lieu la prise en compte du fait que la construction d'infrastructures de recherche suscite peu d'enthousiasme chez les électeurs si ces dernières ne génèrent pas d'avantages à court terme pour la société et si les avantages à long terme sont difficiles à démontrer.

Dans un pays en développement, un ministre emporte plus de suffrages s'il se fait photographier inaugurant un projet scolaire ou énergétique dont les avantages sont évidents qu'en créant une banque génétique.

Dans ce contexte, les journalistes scientifiques peuvent aider en médiatisant des événements comme la construction de nouveaux télescopes et notamment le projet de radiotélescope géant SKA, en insistant à la fois sur leur valeur scientifique et sur le bénéfice que les connaissances qui découleront de l'utilisation de ces infrastructures apporteront aux questions sociales urgentes.

Un autre obstacle est le bilan contrasté des précédents investissements dans les infrastructures de recherche.

L'Afrique en particulier est malheureusement jonchée de friches d'initiatives passées, comme des laboratoires vides, dont l'échec est dû à l'absence de volonté politique locale et au changement des priorités des organismes d'aide.
 

Des modèles financiers désuets


Il existe cependant des raisons d'être optimiste, même si des efforts supplémentaires sont nécessaires..

L'appui à la recherche et à l'innovation n'a cessé d'augmenter au cours de la décennie passée dans les pays et au sein des organismes d'aide occidentaux. Ces entités comprennent de mieux en mieux que la réduction de la pauvreté est un travail de longue haleine qui doit passer par le renforcement des capacités des pays en développement à mener des travaux de recherche et à innover.

L'obstacle majeur tient au fait que les principaux instruments financiers internationaux d'appui au développement ont été conçus à une autre époque et ont tardé à s'adapter à ce nouveau raisonnement. Cependant, en raison de l'austérité budgétaire, les pays donateurs rechignent à créer de nouveaux instruments, comme les fonds spéciaux.

En Europe, par exemple, l'appui aux projets comme le PAERIP découle du Cadre financier pluriannuel de l'UE. Cependant, l'objectif principal de ce programme est de développer la recherche européenne ; l'aide aux pays en développement demeurant quelque chose d'accessoire.

A l'inverse, une proportion relativement peu élevée du financement des infrastructures européennes de recherche et d'innovation est assurée actuellement par le principal instrument d'aide au développement, le Fonds européen de développement (FED).

Cette situation doit changer. Et c'est le bon moment pour procéder au changement, puisque les grandes directives sur les dépenses du FED pour la période 2014–2020 seront négociées l'an prochain. Ce qui offre une excellente occasion de s'assurer qu'une enveloppe plus substantielle du FED sera consacrée au soutien à la science et à l'innovation à travers l'investissement dans les infrastructures de recherche et d'innovation.

La priorité est déjà accordée à la recherche et à l'innovation dans le projet révisé du Plan d'action consolidé de l'Union africaine, principale feuille de route de cette organisation pour le soutien à la science et la technologie, qui traduit la prise de conscience que les pays en développement ne pourront pas éternellement dépendre de leurs partenaires et des donateurs.

Mais l'Europe se doit également d'agir. Parce qu'elle assure actuellement la présidence du Conseil de l'UE, l'Irlande est bien placée pour initier le processus d'élargissement des activités du FED. Pour justifier cette initiative, elle n'a pas besoin d'autre preuve que sa propre réussite.

David Dickson est un journaliste scientifique qui a travaillé pour les rédactions des revues Nature, Science et New Scientist. Il est spécialisé dans le traitement de la politique scientifique. Il a été le premier rédacteur en chef de SciDev.Net entre 2001 et 2011.

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