Rapprocher la science et le développement

  • Analyse : quel modèle pour le transfert des technologies Chine-Afrique ?

Crédit image: IITA Image Library

Pour Linda Nordling, le transfert des technologies est essentiel pour concrtiser une nouvelle phase de coopration sino-africaine, mais les efforts doivent tre mieux orients.

Le boom de lconomie chinoise offre un exemple clair pour lAfrique de la contribution possible de la science et de la technologie au dveloppement; et les deux parties ont fort heureusement compris limportance de cet enseignement.

Le transfert des technologiessera ainsi un lment essentiel de la nouvelle phase du partenariat conclu lors du cinquime Forum de la coopration Chine-Afrique (FOCAC) qui sest tenu Pkin les 19 et 20 juillet derniers.

Pourtant, au vu du bilan de la Chine en Afrique, et notamment concernant le transfert des technologies, les deux parties devraient rflchir afin dassurer que ce partenariat soit plus quitable et bnfique pour davantage dAfricains.

Des zones pas si spciales

Lessor de lconomie chinoise a t soutenu par la cration de zones conomiques spciales, rgies par des lois plus favorables au march que ne ltaient les lois nationales, avec par exemple une fiscalit moins leve, dans le but de stimuler lactivit conomique et attirer les investisseurs trangers. Ces zones taient souvent installes proximit des centres nationaux dexcellence de recherche, pour promouvoir le transfert des technologies.

En 2006, le FOCAC a dcid de crer des zones similaires en Afrique. Des huit zones approuves ce jour, une seule, situe en Egypte, est oprationnelle. Une autre prvue en Zambie, nest qu moiti oprationnelle, et les autres soit sont toujours en construction, soit nont pas su attirer les investisseurs.

Un rapport de lInstitut sud-africain des affaires trangres publi avant le forum de Pkin identifie certains des cueils qui entravent la russite de ces zones. Il sagit notamment des barrires culturelles et linguistiques, mais aussi du fait que les zones africaines ne sont pas situes prs des ples industriels et de connaissances locaux. [1]

Ce dernier point est aussi soulign dans un article publi lan dernier par Deborah Brautigam, spcialiste des relations Chine-Afrique lAmerican University Washington DC, et Tang Xiaoyang de la New School of Social Research de New York. [2]

Il nexiste aucune indication dmontrant que les gouvernements accueillant ces zones aient dploy les efforts ncessaires au dveloppement des programmes de fournisseurs et [ la cration] dautres liens entre le secteur priv national et ces zones. Sans de tels efforts, ces zones vont probablement demeurer des enclaves et les opportunits de transfert des technologies et de comptences seront perdues, affirment-ils.

Cibler les comptences

Au del de ce programme phare de zones conomiques, dautres leons peuvent tre tires des activits de transfert des technologies.

Des entreprises chinoises du secteur des tlcommunications, comme Huawei et ZTE, surfent sur la vague du boom de la tlphonie mobile en Afrique. Actuellement, ZTE dploie un rseau en fibre optique en Angola, et Huawei pose un cble sous-marin en Libye. Ces entreprises procdent galement lextension des rseaux en Algrie, en Ethiopie, au Ghana, au Nigeria et en Afrique du Sud.

Des centres de formation ont t mis sur pied en Afrique pour produire de la main-duvre locale mme dexploiter ces technologies, voire en concevoir de nouvelles autant de preuves de la russite de ces projets en matire de transfert des technologies.

A cet gard, les investissements chinois dans les tlcommunications en Afrique sont trs diffrents de ceux effectus dans dautres secteurs comme lexploitation minire, o les entreprises chinoises sont souvent accuses de limiter les possibilits de transfert des technologies en excluant la main-duvre et les entrepreneurs locaux.

Le renforcement des comptences va de pair avec la russite du transfert des technologies, et doit tre un lment essentiel du partenariat Chine-Afrique: tel est le message que les pays africains doivent retenir.

Le bilan mitig du bambou

Le succs en matire de transfert des technologies entre la Chine et lAfrique ne se limite pas aux grandes entreprises. Quelques leons peuvent aussi tre tires des initiatives lchelle locale.

Ainsi, une mthode chinoise de production du charbon partir du bambou a permis de jeter les bases dune vritable industrie artisanale en Ethiopie, o les effets dsastreux de la dforestationont contraint le gouvernement interdire la charbon de bois.

Environ 2000 agriculteurs thiopiens font pousser du bambou pour la production dnergie, et le nombre dentreprises thiopiennes qui produisent le charbon de bambou crot une rythme stable. La Chine, pour sa part, tire profit de la vente des machines de transformation et en se faisant rmunrer pour la formation des techniciens et des travailleurs en Ethiopie.

Pourtant, les tentatives dintroduction de cette technologie au Ghana nont pas t couronnes de succs, et ce malgr lappui du gouvernement. Les incitations proposs aux agriculteurs et aux petites entreprises, qui ont permis cette technologie de dcoller en Ethiopie, y font dfaut: les forts ghanennes sont encore abondantes, et bien que la dforestation soit un flau, le commerce du charbon de bois est encore une activit lgale.

Il nexiste donc pas de technologie unique dont lefficacit serait avre dans tous les pays africains.

Ce nest pas largent qui manque

Ces leons doivent tre prises en compte si lon veut tirer le meilleur parti du transfert des technologies, au moment o la Chine et lAfrique tentent de conclure un nouveau partenariat pour les trois prochaines annes.

Dimportants capitaux sont investis pour accrotre la comptitivit de lAfrique au moyen du transfert des technologies. En 2011, les changes entre la Chine et lAfrique se chiffraient US$166 milliards, un montant surprenant. Selon les estimations du Financial Times, en 2009, 800 entreprises chinoises taient prsentes en Afrique.

La Chine a essuy des critiques, cause de ses liens avec certains rgimes corrompus, parce quelle ninvestit pas dans les capacits industrielles locales, et parce quelle ne cre pas des crneaux dactivit pour le commun des Africains.

Amliorer limpact des efforts de transfert des technologies pourrait rparer la rputation de la Chine sur le continent africain. Ce serait galement la preuve que lconomie du dragon entend vraiment btir lindustrie africaine en appliquant les leons tires de son propre dveloppement fulgurant.

La journaliste Linda Nordling, qui travaille au Cap, en Afrique du Sud, est spcialiste de la politique africaine pour la science, lducation et le dveloppement. Elle a t rdactrice en chef de Research Africa et collabore au Rseau Sciences et Dveloppement (SciDev.Net), Nature, etc.

Références

[1] Alves, A.C. Chinese economic and trade co-operation zones in Africa: Facing the challenges. South African Institute of International Affairs, Policy Briefing 51 (2012)

[2] Brautigam, D., Tang Xiaoyang, African Shenzhen: China’s special economic zones in Africa. Journal of Modern African Studies, 49, 27–54 (2011)

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