Rapprocher la science et le développement

  • Analyse : les donateurs doivent mettre l’accent sur les fonds de R&D

Les organismes daide au dveloppement et de financement de la recherche devraient soutenir les fonds scientifiques nationaux qui mergent aujourdhui en Afrique, note Linda Nordling.

Trouver des sources de financement fiables est un problme rcurrent pour les chercheurs africains. Un manque dintrt de longue date pour la recherche universitaire signifie que peu de pays mettent disposition des scientifiques des subventions nationales consquentes pour la recherche.

A dfaut de tels financements, la majeure partie de la science africaine dpend de lappui international apport par des organismes daide au dveloppement ou des bailleurs de fonds internationaux de la recherche. Une dpendance qui paralyse la science africaine puisque ces sources ne sont pas fiables ni toujours adaptes aux priorits locales de recherche.

Depuis peu, les pays africains tendent crer des fonds nationaux de recherche, ce qui pourrait allger la pression sur les scientifiques locaux. Ces fonds ne seront toutefois efficaces que sils prouvent leur fiabilit et leur durabilit. Cest cet aspect que peuvent contribuer les organismes internationaux actifs en Afrique.

Au cours de ces dernires annes, plusieurs gouvernements africains ont annonc des projets visant mettre en place des fonds nationaux de recherche. Leur objectif est de fournir leurs chercheurs des moyens pour rsoudre les problmes locaux et de revitaliser des universits longtemps ngliges.

Il sagit notamment du Nigeria, qui projette de crer un fonds calqu sur le modle de la Fondation nationale des sciences (National Science Foundation ou NSF), aux Etats-Unis et financ par ses importantes ressources ptrolires. Dautres pays moins riches, comme le Burkina Faso, le Burundi, le Ghana, le Kenya et la Namibie, sont en train de mettre en place de tels systmes de financement eux aussi.

Peu de ces fonds sont sur pied et fonctionnels mais ils affichent des ambitions varies. Au Ghana, il sagit dun modeste objectif initial de collecte de fonds de 2 millions de dollars par le gouvernement, quune simple subvention de la NSF pourrait aisment galer.

Pendant ce temps, le gouvernement du Kenya rclame un investissement ponctuel de 2 % du produit intrieur brut (PIB) du pays soit 660 millions de dollars si lon sen tient au niveau du PIB en 2011. Ce financement pourrait ne pas tre vers dune traite mais constituer la base dun fonds de dotation dont les intrts annuels financeraient les subventions.

Cela reprsente nanmoins une somme norme consacrer la science dans un pays o les dpenses annuelles consacres la recherche et dveloppement (RD) ne dpassent pas 0,5 % du PIB. Il faudrait que le gouvernement du Kenya et des donateurs internationaux augmentent ce fonds dans le cadre de la proposition actuellement dbattue au Parlement.

La plupart des scientifiques africains interrogs pour cette rubrique ont t extrmement enthousiastes au sujet des subventions nationales. Ils ont dclar quils prfreraient un financement local, mme sils bnficient actuellement de prestigieuses subventions dorganismes comme le Wellcome Trust, une fondation de recherche mdicale du Royaume-Uni, ou les National Institutes of Health amricaines.

Andrew Kiggundu, biotechnologiste au centre de recherche agronomique national (National Agricultural Research Organisation), en Ouganda, affirme quil choisirait un financement local. La recherche dirigerait son attention sur des problmatiques locales et les partenariats internationaux seraient confronts beaucoup moins dexigences un lment qui ne fonctionne pas toujours et qui restreint ce type de financement.

LOuganda ne travaille pas actuellement la mise en place dun fonds. Au cours des six dernires annes, cependant, le financement local a t stimul grce un emprunt faible taux dintrt de 33 millions de dollars reus par le biais de lInitiative du millnaire pour la science (Millennium Science Initiative ou MSI) de la Banque mondiale. Le gouvernement a laiss entendre quil veut poursuivre sur cette lance en abondant les programmes du MSI avec ses propres fonds.

Daucuns craignent toutefois que le fait dobtenir plus de financement local ne fasse merger un systme de recherche deux vitesses dans lequel seuls les meilleurs scientifiques recevront les prestigieuses subventions internationales.

Cela crera un plafond de verre, laisse entendre lOugandais Tom Egwang, chercheur en mdecine. La fragmentation naidera pas faire avancer la science en Ouganda.

Le succs de ces fonds dpendra de leur capacit offrir un financement rgulier. En effet, un fonds qui se rvle un feu de paille, distribuant des financements pendant quelques annes seulement pour ensuite disparatre, serait plus nfaste que bnfique.

Comme partout ailleurs, les priorits des gouvernements sont changeantes en Afrique. Un gouvernement aurait beau vouloir soutenir ses scientifiques, une inondation catastrophique ou bien une pidmie lemporteraient dans les ngociations budgtaires annuelles.

Cest l que les organismes daide au dveloppement et de financement de la recherche qui ont des pions en Afrique peuvent prouver leur utilit. Si leur volont de renforcer les capacits sur le continent est srieuse, ils peuvent aider en augmentant simplement le financement plutt que de dpenser de largent sur leurs propres programmes de financement de la recherche.

Il faudrait aussi que pendant ce temps, les bailleurs de fonds pur-sang comme le Wellcome Trust, le NIH, etc., apportent leur soutien, peut-tre en mettant en place des programmes conjoints avec les fonds nationaux.

Les programmes communs aideraient les fonds se lancer dans la bataille et pourraient promouvoir limage des subventions nationales auprs de ceux qui leur accordent moins dintrt quaux subventions internationales. Une telle dmarche aiderait galement coordonner les priorits de recherche entre financements locaux et internationaux.

Ces types de programmes communs ont t difficiles mettre en place pour les bailleurs de fonds internationaux en raison de labsence dorganismes nationaux africains en charge des questions de subvention de la recherche. Avec un peu de chance, des fonds nationaux verront le jour en Afrique, associs des conseils nationaux de la recherche, et seront capables de ngocier des accords bilatraux avec les bailleurs de fonds trangers.

Si ces fonds sont prennes, leur avnement constitue une excellente nouvelle. Les scientifiques africains ont attendu trop longtemps un financement spcifique, national, adapt aux dfis nationaux. Ils ne faudrait pas quils attendent davantage.

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