Rapprocher la science et le développement

  • Sortir de l'aide pour fixer le programme de la santé mondiale

Une confrence internationale veut redfinir les relations entre les donateurs et les bnficiaires pour obtenir des rsultats plus durables en matire de sant. Une analyse de Beverly Petersen.

Cette anne, une confrence internationale dont la notorit n'est plus faire en matire de recherche en sant dbattera d'un nouveau thme provocateur.

Le Forum 2012, qui succde aux confrences organises par le dfunt Forum mondial pour la recherche en sant, est baptis 'Au-del de l'aide'. L'enjeu central ne portera plus sur l'utilisation des fonds manant des donateurs et bailleurs de fonds traditionnels de la recherche en sant bass d'Europe et d'Amrique du Nord pour amliorer les chiffres de la morbidit et de la mortalit dans le monde.

Au contraire, cette confrence, qui aura lieu au Cap, en Afrique du Sud (du 24 au 26 avril), travaillera sur un nouveau modle de financement les pays en dveloppement dfiniront eux-memes leurs contrats et noueront leurs propres partenariats en utilisant leurs ressources propres, et auront pour interlocuteurs des donateurs qui pourront soutenir ce modle au lieu de se contenter de fournir l'aide au dveloppement.

Le Forum 2012 sera la premire stratgie par laquelle nous tenterons d'intgrer l'efficacit globale et le renforcement des capacits nationales pour nous appuyer sur ce que les pays peuvent faire, au lieu d'insister sur leurs difficults, explique Carel IJsselmuiden, Directeur du Conseil de la recherche en sant pour le dveloppement (COHRED) dont le Forum mondial fait dsormais partie.

Le COHRED plaide pour la recherche et dveloppement (RD) en sant dans les pays les plus pauvres du monde. IJsselmuiden estime cependant que cet objectif peut tre mieux atteint si on met davantage l'accent sur les ressources humaines, les infrastructures et moins sur les statistiques et les maladies.

La fusion suscite une nouvelle approche

Il y a quelques annes le COHRED a lui-mme emprunt cette voie et sa fusion avec le Forum mondial pour la recherche en sant, qui a implos en 2010, donne dsormais une nouvelle voix la confrence annuelle du Forum mondial.

Les difficults du Forum mondial se sont rvles au grand jour la fin de l'anne 2010.Selon IJsselmuiden, un certain de ces problmes - financement et gouvernance des conseils d'administration - sont communs plusieurs organisations non gouvernementales. .

Lors de la confrence de 2009 du Forum mondial Cuba, son Directeur excutif Stephen Smith avait prsent l'assistance Anthony Mbewu, son successeur et ancien prsident du Conseil sud-africain de la recherche mdicale. Mais moins d'un an aprs son arrive ce poste, Mbewu a dmissionn sans explications et plusieurs membres du personnel de l'Organisation ont dmissionn, t limogs ou sont partis en retraite anticipe.

Pour IJsselmuiden, c'est la dmission de Mbewu qui a ouvert la voie a la fusion avec le COHRED cette anne. La vacance du poste de Directeur gnral est toujours une bonne occasion pour discuter d'une fusion ou d'un renforcement de partenariat. L'Organisation jouit alors d'une flexibilit qui n'aurait pas t possible avec un Directeur gnral en poste.

Les problmes de financement du Forum mondial expliqueraient pourquoi la nouvelle organisation ne de cette fusion encourage prsent les pays regarder 'au-del de l'aide', mais IJsselmuiden affirme que ses motivations sont plus profondes.

Depuis longtemps, le COHRED lui-mme travaillait dj sur l'hypothse que le dveloppement avait plus besoin du financement local qu'international, prcise-t-il.

De nouvelles alternatives l'aide

Cette stratgie de 'dpassement de l'aide' ne doit pas tre perue comme courageuse ou par trop optimiste, explique IJsselmuiden, qui avant son arrive la tte du COHRED en 2004 tait Directeur de l'Ecole des systmes de sant et de sant publique de l'Universit de Pretoria.

Nous vivons dans un monde nouveau, un monde o le financement du dveloppement n'est plus assur uniquement par l'aide ou des donateurs, explique-t-il. Nous recherchons des alternatives l'aide comme moteur principal du dveloppement

Cela pourrait paratre trange si vous tes de ceux qui continuent penser que le dveloppement dpend de l'aide europenne ou amricaine, mais il en serait autrement si vous rflchissiez ce qui passe actuellement dans les pays revenus faibles ou intermdiaires et ce qu'on peut raisonnablement faire avec les ressources disponibles.

Il estime que nous devons partir de l'hypothse que ce sont les pays revenus faibles et intermdiaires, leurs relations mutuelles et leurs produits intrieurs bruts (PIB), qui sont en hausse, qui seront le moteur du dveloppement. Ce point de vue rappelle celui exprim par Bill Gates dans son discours au G20 l'an dernier (3 novembre), et selon IJsselmuiden on en retrouve galement des chos chez Robert Zoellick, prsident de la Banque mondiale, dans une allocution qu'il a prononc l'an dernier (29 septembre) et o il a lanc un appel pour une approche 'au-del de l'aide'.

Les performances conomiques du Brsil, de la Chine et de l'Inde ont considrablement renforc la srnit de ces pays, poursuit-il, et ils ont de meilleurs rsultats conomiques que les conomies avances dans le domaine du renforcement des capacits d'innovation technologique.

L'Afrique entre dans une phase de croissance

La construction d'units de production de vaccins en Afrique tmoigne des investissements consentis par les pays dveloppement pour le renforcement de leurs capacits. IJsselmuiden ditqu'en 2010, l'occasion de la clbration du dixime anniversaire du GAVI, l'alliance pour les vaccins, il a t constern de constater que l'Afrique ne disposait que d'un seul laboratoire agr par l'OMS (l'Institut Pasteur de Dakar au Sngal) produisant unvaccin contre la fivre jaune. Mais il se dit optimiste parce que ce foss est en train de se combler rapidement, avec la construction d'une unit biotechnologique de production des vaccins prs du Cap, en Afrique du Sud.

Pour moi, en tant qu'africain et tre humain, il serait inconcevable que dans dix ans, l'Afrique soit toujours entirement dpendante du reste du monde en matire de vaccins, dit-il.

Il fait une comparaison avec la Chine. Si les Chinois le font, nous pouvons aussi le faire, condition que l'Afrique commence se voir comme un continent d'un milliard de consommateurs plutt qu'un groupe de 54 pays emptrs dans des problmes, ce qui serait le point de vue typique des partisans de l'aide.

Depuis quelques annes, l'Afrique enregistre un taux de croissance considrable, avec six huit pour cent au cours des six dernires annes, et n'a pas t expose la crise immobilire qui a frapp les Etats-Unis ou la crise financire qui svit en Europe. Les chiffres actuels du chmage en Afrique sont les meilleurs depuis plusieurs annes.

Les capacits technologiques et scientifiques de l'Afrique s'amliorent rapidement, ainsi que l'engagement politique.

Comme exemple, il cite la Tanzanie, l'un des pays les plus pauvres d'Afrique et chouchou des donateurs. Le Prsident s'est maintenant engag et consacre rellement un pour cent du PIB la science et au dveloppement technologique.

Dans le mme temps, la fibre optique est installe partout en Afrique, o l'opration est pratiquement termine dans six pays. Le continent pourrait ainsi tre branch au rseau dans un an ou deux.

Quelques mises au point

Selon IJsselmuiden, au cours des cinq prochaines annes, le contenu des confrences comme le Forum 2012 vont changer. Au lieu de suivre les exposs scientifiques classiques, les participants dbattront des voies d'accs au capital et des ides novatrices pour promouvoir la RD.

Il ajoute que la crise financire actuelle est une excellente opportunit pour repenser la faon dont les ONG comme le COHRED se fixent des objectifs et les atteignent. Mais, il reconnat que la stratgie de mise en uvre du financement dans ce nouveau monde reste floue.

Il propose des partenariats improbables entre les acteurs cls pour concilier les intrts des chercheurs, des gouvernements, du secteur priv, des entrepreneurs sociaux, des mdias et des donateurs. Beaucoup peut tre fait au plan local, mme s'il est vrai qu'aucune tude, aucune science et aucun produit ne peut tre 100 pour cent local.

A travers la poursuite de ces idaux, le COHRED veut se mtamorphoser en une entreprise sociale, s'loignant ainsi du modle consistant ne recourir qu'au financement des donateurs. Le droulement concret de cette transition fera l'objet des dbats la confrence du Cap.

De plus, il souhaite qu' l'avenir la majeure partie de son personnel soit base dans les pays revenus faibles et intermdiaires, pour que ces pays aient le sentiment de s'tre appropris le programme.

Ainsi, l'effondrement virtuel du Forum mondial pour la recherche en sant, et sa fusion avec le COHRED ne serait pas simplement l'histoire d'une ONG dans une mauvaise passe. Ce serait aussi symboliquement la fin d'un systme dmod arriv sa fin et le dbut d'une approche plus adapte au nouvel ordre mondial.

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