Rapprocher la science et le développement

  • Le DFID juge 'insatisfaisante' la gestion de l'UNESCO

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[LONDRES] Le Département pour le développement international du Royaume-Uni (DFID) menace de mettre un terme à la contribution versée à l'UNESCO, le principal organe de l'ONU chargé de soutenir la science, suite à une évaluation qu'elle a réalisée sur plus de 40 organismes internationaux d'aide au développement.

Le DFID juge la gestion de l'UNESCO (l'Organisation des Nations Unies pour l'éducation, la science et la culture) est "insatisfaisante", estimant que des 'mesures spéciales' sont nécessaires. En d'autres termes, l'agence doit de toute urgence apporter des améliorations à sa gestion, faute de quoi la contribution du DFID, environ £15 millions (US$ 24 millions), soit sept pour cent de son budget ordinaire, sera interrompue dans deux ans.

Dans cette évaluation publiée la semaine dernière (1 mars), le DFID demande à l'UNESCO d'être plus transparente ; d'élaborer des programmes plus ciblées et fondées sur des données probantes ; et de contrôler ses dépenses. Il a également appelé à fonder la gestion de cette organisation davantage sur les résultats.

L'UNESCO a jusqu'à la prochaine évaluation à l'automne 2012 pour mener à bien les changements nécessaires.

Fondée en 1945 par 37 pays dont l'ambition était d'assurer 'la solidarité intellectuelle et morale de l'humanité' au lendemain de la Deuxième guerre mondiale, l'Organisation a connu d'autres adhésions mais aussi des défections comme celle de la Grande-Bretagne qui s'est retirée entre 1987 et 1997.

Parmi les missions qu'elle s'est donnée, l'UNESCO entend promouvoir la coopération internationale dans les domaines des sciences naturelles, des sciences sociales et humaines, dans l'intérêt de la paix, des droits de l'homme et du développement. Sa stratégie actuelle prévoit la mobilisation des connaissances et des politiques scientifiques pour le développement durable.

Réagissant à l'évaluation du DFID, l'UNESCO a déclaré qu'elle n'est pas un organisme d'aide au développement et que "l'impact négatif de sa note ne servira ni les intérêts du contribuable britannique ni ceux du développement international".

L'agence a également critiqué les méthodes d'évaluation utilisées par le DFID, en déclarant qu'elles ne tiennent pas compte des "investissement réels effectués en faveur des pays les plus pauvres ainsi que la contribution essentielle à la défense de la liberté de la presse et de la liberté d'information".

Si l'UNESCO reconnaît "avoir entendu le signal d'alarme que représente cette évaluation et vouloir œuvrer ardemment pour effectuer des améliorations", l'Organisation a néanmoins affirmé que ses "performances sont meilleures que celles décrites par le rapport du DFID".

Lawrence Haddad, Directeur de l'Institut des Etudes sur le Développement du Royaume-Uni, et évaluateur externe du travail du DFID, estime que "'UNESCO a eu la chance de s'en tirer sans une réduction de son financement".

Pour lui, la réponse officielle de l'Organisation à la décision "a éludé la question des points forts organisationnels".
Selon Haddad, "l'action de l'UNESCO dans le domaine du développement international doit être plus stratégique".

"L'agence pourrait s'engager dans beaucoup d'activités différentes, et être un leader dans des domaines dans comme l'impact de la technologie mobile sur le développement ou le rôle des médias dans l'orientation des analyses du développement, mais également s'assurer que la science et la technologie sont utiles pour les pauvres. Si ces questions sont laissées à des intérêts commerciaux, la science et la technologie suivront l'argent et les pauvres n'en bénéficieront pas nécessairement".

"C'est une tâche difficile que de les repositionner. Il s'agit d'opérer des choix…sur ce qui doit être le centre de gravité pour l'UNESCO. S'agit-il des trois milliards d'êtres humains vivant avec moins de US$ 2 par jour ou des quatre milliards restants ?"

Pour John Daly, ancien responsable de la science à l'USAID, l'agence américaine d'aide au développement, l'UNESCO a une vision à long terme des questions telles que la paix, les capacités scientifiques et la défense de la liberté de la presse.

Ces questions "auraient plus d'importance que ne le croît le DFID", explique-t-il, en ajoutant que "le développement durable nécessite le renforcement des capacités et exige plus de temps que le DFID  semble penser".

"Bien sûr, les attentes du DFID par rapport à l'UNESCO, à savoir une gestion axée sur les résultats et des programmes basés sur des données factuelles, la transparence et l'efficacité, sont aussi difficiles à contester qu'à définir avec précision", remarque-t-il.

Lien vers l'évaluation de l'aide multilatérale du DFID  [2.63MB]

Lien vers la réaction de l'UNESCO  [52kB]

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