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Le Burkina interdit les emballages non-biodégradables
  • Le Burkina interdit les emballages non-biodégradables

Crédit image: SciDev.Net/Mathieu Bonkoungou

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  • Les députés burkinabè viennent d'adopter une loi interdisant la production, l'importation, la commercialisation et la distribution des emballages plastiques non biodégradables

  • L'utilisation de ces emballages cause des problèmes de santé publique et a un impact négatif sur le cheptel

  • Mais le pays réfléchit encore au meilleur moyen de remplacer les emballages plastiques

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Malgré une production locale de 2 000 tonnes de sachets plastiques, le Burkina en importe annuellement 40 000 tonnes des pays voisins dont certains l'ont pourtant précédé dans cette mesure d'interdiction.
 
Rien que la seule ville de Ouagadougou génère annuellement 50 000 tonnes de déchets plastiques non biodégradables, sur 300 000 tonnes d'ordures ménagères, avec des conséquences néfastes sur la santé des populations.
 
"Une étude conjointement commanditée par la coopération technique belge et le ministère en charge de l'environnement a établi qu'au niveau de la ville de Ouagadougou, 20% des patients reçus en consultation au Centre hospitalier universitaire souffrent de maladies respiratoires liées à la mauvaise qualité de l'air.
 
Et cela est dû en partie au fait que l'on brûle les déchets plastiques à l'air libre", explique El Hadj Sidi Mahamadou Cissé, ingénieur d'Etat en génie de l'environnement, directeur du développement durable de la commune de Ouagadougou.
 
"En brûlant ces sachets plastiques, on produit des dioxydes de furane qui sont très dangereux pour la santé, affirme de son côté Tidiani Zougouri, ingénieur d'Etat en chimie et directeur général du Bureau national des évaluations environnementales.  
 
"Sur le plan chimique, il y a des impacts dus à la pollution diffuse. On note que dans la fabrication de certains sachets plastiques, les composés contiennent des solvants et des peintures. Ces peintures peuvent contenir des polluants organiques persistants qui sont cancérigènes et qui sont libérés à certaines températures", précise-t-il.
 
Mais il y a aussi des impacts physiques sur l'environnement qui, eux, sont visibles.
 
"Il y a trois sortes de déchets plastiques: les thermodurcissables, les thermoplastiques et les élastomères. Ceux qui sont les plus courants chez nous et qui ont un impact notable sur l'environnement, ce sont les thermoplastiques. Ces déchets plastiques que l'on déverse dans la nature imperméabilisent le sol. Les eaux de ruissellement ne peuvent donc pas s'infiltrer dans le sol. Conséquence: les cultures manquent d'eau et cela compromet les rendements agricoles", affirme Tidiani Zougouri.
 
Les sachets plastiques tuent le cheptel
 
L'autre impact négatif de cette pollution de l'environnement par les sachets plastiques se ressent au cœur même de l'économie du Burkina.
 
Dans ce pays d'élevage, le cheptel est littéralement décimé ces dernières années par un fléau face auquel les services vétérinaires sont complètement désarmés.
 
Des études ont révélé qu'environ 30% du cheptel meurt chaque année après avoir ingéré ces sachets plastiques.
 
Que faire face à un fléau qui n'épargne ni la nature ni ses habitants ?
 
Pendant plus d'une décennie, les autorités ont essayé la sensibilisation; plusieurs opérations "zéro sachet plastique" ont été organisées dans les grandes villes, mais le phénomène n'a pas cédé du terrain.
 
Mais maintenant que la loi a été adoptée et avant son entrée en vigueur dans six mois, il faudra débarrasser le pays des tonnes de sachets plastiques qui jonchent les champs, les terrains vagues, les rues, les caniveaux et décorent les arbres.
 
Le gouvernement a annoncé la mise en place d'un projet étalé sur trois ans et évalué à environ 3,8 milliards de FCFA.
 
"Nous allons grâce à ce projet doter chaque région du Burkina Faso d'un broyeur. Un appui sera apporté aux collectivités territoriales pour construire des entrepôts de stockage des emballages plastiques et un fonds sera dégagé pour rétribuer tous ceux qui vont collecter les sachets plastiques. Ces sachets seront triés, lavés, broyés et les granules seront vendus à des artisans locaux pour fabriquer des paves, des tuiles, des tables ou des poubelles. Sinon, on pourra toujours les exporter dans les pays voisins", explique le ministre de l'Environnement et du développement durable Salifou Ouédraogo, initiateur du projet de loi.
 
Très enthousiaste, Salifou Ouédraogo affirme que "la collecte de ces sachets plastiques permet dans des pays voisins, à des veuves de payer la scolarité de leurs enfants et à des étudiants de financer leurs études".
 
A Ouagadougou même, une expérience du même genre est conduite avec succès par la commune.
 
Elle dispose depuis 2005 d'un Centre de traitement et de valorisation des déchets ou les déchets plastiques collectés à travers la ville sont achetés aux collecteurs volontaires à 125 FCFA le kilogramme.
 
La trentaine de femmes qui y travaillent produisent à l'aide de trois broyeurs des granules de plastique vendus aux unités industrielles locales à 400.000 FCFA la tonne.
 
Répliquée à l'échelle du pays, nul doute que l'expérience peut s'avérer un puissant moyen de lutte contre la pauvreté.
 
Le principe du pollueur-payeur
 
Mais quand même on aura gagné la lutte contre les sachets et emballages plastiques, il restera de nombreux produits en matière plastique non biodégradable que l'on ne saurait interdire au stade actuel du développement du pays.
 
Sont de ceux-là, les emballages de certains produits alimentaires, les objets liés à la défense et à la sûreté nationale, le matériel informatique, d'électricité ou de plomberie et le matériel médical comme les seringues, les poches de sang ou de sérum.
 
Selon le ministre de l'environnement, un décret sera pris pour instituer une taxe.
 
"Toute personne qui fait entrer ces produits en matière plastique tolérés devra s'engager à les ramasser après utilisation. Dans le cas contraire, il lui sera appliqué le principe du pollueur-payeur. Elle devra payer une contribution pour qu'on puisse instaurer un système efficient de collecte, de stockage et de recyclage de ces déchets plastiques. Si cela est accepté, ça nous permettra d'engranger entre 5 à 6 milliards de FCFA par an", explique Salifou Ouédraogo.
 
Une bataille vient d'être gagnée avec le vote de la loi, mais la guerre contre les emballages plastiques non dégradables, elle, est loin d'être gagnée.
 
Le sachet plastique est tellement entré dans les habitudes qu'il parait presqu'inimaginable de s'en passer.
 
Si les Burkinabè comprennent les nuisances que causent ces sachets et emballages plastiques non biodégradables parce qu'ils en souffrent au quotidien, nombreux sont ceux qui se demandent par quoi ils pourraient être remplacés.
 
En tous les cas, le gouvernement a entrepris une vaste campagne d'explication auprès du public, mais surtout auprès des importateurs et commerçants, dont certains pourraient être tentés, au nom d'intérêts égoïstes, à contrevenir à la loi.
 
A l'endroit de ces derniers, il est prévu des mesures répressives. La loi dispose que les éventuels contrevenants encourent des peines de prison de 3 à 5 mois et une amende de 100 000 à 10 millions de FCFA ou l'une de ces deux peines.
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