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Q&R: Les Africains doivent rêver de changer le monde
  • Q&R: Les Africains doivent rêver de changer le monde

Crédit image: SDN/AKF

Lecture rapide

  • Pour un entrepreneur du numérique, tout part d'un rêve

  • Les Africains doivent apprendre la méthode et avoir de la résilience

  • Les pouvoirs publics doivent créer un contexte propice à l'éclosion de startups

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Maguette Mbow est le président de la startup L'Afrique c'est Chic World, une plateforme de promotion de la créativité et des innovations africaines à l'ère du numérique.
 
La plateforme a créé récemment le programme Africa is calling you, qui se veut le premier réseau social économique et culturel dédié à l'Afrique, avec comme vocation le développement de l'entreprenariat des jeunes, à travers deux axes : l'employabilité et la création de valeurs dans leurs pays d'origine.
 
La plateforme se propose d'accompagner des jeunes entrepreneurs afro-optimistes de la diaspora à retourner en Afrique par l'entreprenariat par l'emploi.
 
Elle assiste les jeunes en les accompagnant dans la recherche d'investisseurs et de financements susceptibles de les aider à réaliser leur rêve de rentrer en Afrique et de mettre leurs talents à la disposition du continent. SciDev.Net l'a rencontré, lors du dernier Dakar Digital Show, après une présentation consacrée à l'entreprenariat dans le secteur des technologies de l'information et de la communication.
 
Maguette Mbow, on sait qu'un grand nombre d'Africains de la diaspora hésitent à rentrer en Afrique, comme vous les y incitez. Avec vos vingt ans d'expérience dans le secteur de la technologie, quels sont, d'après vous, les principaux obstacles à l'entreprenariat en Afrique ?
 
Plutôt que de parler d'obstacles, je préfère parler des facteurs de réussite. Il y en a trois.
Tout d'abord, une société civile qui, à travers ses modèles et ses mentors, a envie d'y aller et ose y aller. En quelque sorte, c'est l'Afrique qui ose. Quand vous entreprenez et que vous n'avez pas d'encouragement, ni de modèle, vous ne réussirez pas, parce que le saut vous semble constamment difficile à effectuer.
 
Quand vous avez un entrepreneur qui a réussi autour de vous ou quand vous écoutez un entrepreneur qui a réussi et qui tient un discours qui vous plaît, vous êtes motivé pour l'imiter.
 
Ensuite, on a la qualité des infrastructures, les accompagnateurs, au niveau de l'entrepreneuriat, qui doivent continuer de croître.
 
Aujourd'hui, vous avez un certain nombre d'incubateurs, d'accompagnateurs, de coworking space, qui sont, pour un certain nombre, dynamiques quoiqu'encore insuffisants pour que l'écosystème de l'entreprenariat digital se développe.
 
Enfin, les pouvoirs publics doivent créer un certain nombre de réglementations incitatrices pour les jeunes entrepreneurs. Il faut un climat de confiance dans cet écosystème.
 
Si ces conditions sont réunies, vous verrez qu'au bout d'un an, des champions africains de l'entreprenariat vont naître, avec cette créativité, cette envie de vaincre et de gagner.

Autant dire que l'Afrique n'est pas prête, puisqu'il y a très peu de pays qui réunissent toutes ces conditions que vous avez énumérées.
 
Je pense qu'il s'agit d'une évolution en plusieurs étapes et plusieurs paliers. Aujourd'hui, le Dakar Digital Show est un exemple frappant d'une initiative qui fait son nid et s'installe depuis deux ans.
 
Ce type de manifestations n'existait pas. J'ai vingt ans de digital à mon actif et je n'ai jamais vu ce genre d'infrastructures où, au sein d'un seul espace, au même moment, il y a autant de compétences et de possibilités de rencontres.
 
Ces initiatives devraient être accompagnées par nous autres entrepreneurs, en nous appuyant sur toutes les entreprises qui militent pour une véritable révolution du numérique sur le continent. Le fait-même que le ministre des télécommunications soit venu inaugurer ce forum est un signe que les pouvoirs publics ont compris l'enjeu, en termes de création d'emplois, de liens et de valeurs, qui résident dans l'entreprise digitale. Maintenant, il y a lieu d'accompagner tout cela, en matière d'incitation au plus haut niveau, pour que les acteurs économiques trouvent suffisamment d'aise pour créer les champions économiques de demain.
 
Après tout, y a-t-il une nécessité pour l'Afrique, de compétir avec les plus grands de ce monde, en matière numérique ? Ne peut-on pas trouver des modèles plus porteurs et à la mesure des capacités réelles du continent ?
 
Le digital met en compétition le monde entier. Je vous donne un exemple tout simple : la compétition d'e-sports, organisée dans le cadre du Dakar Digital Show.
 
C'est un événement qui rassemble des jeunes qui jouent en réseau. Comme on le voit, il n'y a plus de frontières et ces jeunes sont connectés avec Singapour, Douala, Cape Town et j'en passe.
 
Le fait de limiter ces jeunes, en termes de zones géographiques ou de distances, n'a plus de sens aujourd'hui. Il y a certes une niche à trouver et l'Afrique trouvera la sienne à force de tâter, d'échouer, de reprendre, d'apprendre de ses erreurs et de réessayer.

“On n'a jamais eu autant de chances de lancer une entreprise avec zéro. Aujourd'hui, un site Internet se crée avec des outils gratuits.”

Maguette Mbow

 
Lors de ce forum, on a vu beaucoup de jeunes vous interpeller sur le meilleur chemin à emprunter pour réussir dans l'entreprenariat digital. Vous croyez vraiment qu'un jeune basé sur le continent a le potentiel requis pour lancer une initiative porteuse à l'international, en matière de numérique ?
 
On n'a jamais eu autant de chances de lancer une entreprise avec zéro. Aujourd'hui, un site Internet se crée avec des outils gratuits.
 
Il ne s'agit pas d'un investissement industriel, vous n'avez pas de stocks de produits à gérer – c'est du service.
 
Votre idée de génie, vous pouvez la mettre en place à partir d'une page Facebook et en créant une communauté autour. C'est gratuit, ces outils sont gratuits.
 
N'oublions jamais cela. Par ailleurs, il y a une notion que les Africains doivent intégrer, c'est que créer une entreprise commence par trois choses.
 
Tout d'abord, l'imaginaire.
Il faut solliciter l'imaginaire des Africains pour qu'ils se mettent à rêver de changer le monde et cela me semble fondamental.
 
Pour un Africain dont le modèle de réussite et donc le rêve, consiste à traverser la Méditerranée et se retrouver en Europe, en quoi cela consiste-t-il de rêver de changer le monde ?
 
Je les invite simplement à devenir acteurs de leur propre destin, à prendre leur destin en main et c'est cela, l'entreprenariat. Il faut se dire que le poste dont on rêve, on doit pouvoir le créer soi-même. Vous créez ce poste pour vous, vous le créez pour les autres. Et le digital vous permet de le faire.  Vous pouvez tester mille fois vos idées, mais ne lâchez jamais votre dessein, celui d'être acteur de votre propre destin, d'être libre, de créer de la valeur, d'être passionné par ce qu'on fait, parce que c'est par là que vous rencontrez, à travers le degré de structuration de vos idées, des gens qui acceptent de vous suivre.
 
Et donc après l'imaginaire, le besoin de rêver de faire changer le monde, j'imagine qu'il y a un peu de discipline…
 
Tout à fait. Une fois que vous avez cet état d'esprit, il vous faut vous armer de méthode. Vous appelez cela discipline, moi je l'appelle méthode.
Et c'est l'enseignement qui doit prendre le relais pour apporter ces méthodes de création de valeurs, avec des étapes et un ensemble simple, mais structuré.
Ensuite, une fois que l'imaginaire et la méthode sont en place, il faut métamorphoser vos projets.
 
Ceci est crucial, parce qu'on démarre souvent sur le millième de la configuration finale du projet. Il y a donc lieu de le redimensionner, au fil du temps et des défis et ne jamais avoir peur du défi.
 
Il faut démarrer petit, penser grand, progresser et le projet se métamorphose naturellement, au fur et à mesure qu'il évolue.
 
Le problème des jeunes, c'est précisément qu'ils pensent qu'on devient Mark Zuckerberg du jour au lendemain. Ce qu'on ne sait pas, c'est que toutes ces sociétés qui aujourd'hui connaissent des succès boursiers phénoménaux, sont des sociétés qui ont végété pendant cinq à sept ans.
 
Elles ont connu leur traversée du désert, mais la success story d'aujourd'hui, couvre quelque peu le côté besogneux qui caractérise la création d'entreprises dans le numérique.
 
Armons-nous de clairvoyance, faisons-nous aider par les pouvoirs publics dans leur rôle de facilitateurs et éduquons nos jeunes à ce qu'ils aient cette rigueur entrepreneuriale qui les disposera à ne jamais rien lâcher.


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