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Handicap : Les enfants handicapés sont-ils scolarisés ?
  • Handicap : Les enfants handicapés sont-ils scolarisés ?

Crédit image: Jenny Matthews / Panos

Lecture rapide

  • Nombreux sont les experts qui pensent que le plus difficile est d’envoyer les enfants handicapés à l’école

  • Mais une vaste enquête montre que 60 à 70 pour cent de ces enfants y vont déjà

  • Nous devons plutôt rechercher la stratégie permettant de leur assurer une éducation de qualité

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Les statistiques montrent que beaucoup le sont, le débat doit donc aller au-delà du taux de scolarisation, soutient Hannah Kuper.

Récemment, SciDev.Net a publié un article qui revenait sur une analyse économique  dans laquelle le prix Nobel Eric Maskin présente l’éducation comme une solution à l’inégalité.

L’éducation est souvent vantée comme un moyen permettant de sortir de la pauvreté. Et pour ce qui est de la scolarisation des enfants handicapés, d’après Hannah Kuper, chercheuse spécialisée en handicap à la London School of Hygiene and Tropical Medicine au Royaume-Uni, nombreux sont les spécialistes du développement qui estiment que le principal défi consiste à simplement à les envoyer à l’école.

Mais il ressort d’une nouvelle enquête qu’elle a dirigée que la majorité des enfants handicapés dans le monde en développement ont accès à une certaine forme d’éducation. Par conséquent, elle estime qu’il est temps de laisser le débat sur le « remplissage des salles » pour mettre l’accent sur la qualité de la formation donnée à ces enfants ainsi que leur expérience scolaire globale.

L’étude réalisée par l’équipe de Kuper a été publiée le mois dernier dans PLOS One. [1] Elle s’appuie sur des données issues de sondages effectués auprès d’environ un million d’enfants dans 49 pays du monde en développement parrainés dans le cadre de programmes gérés par Plan International, organisation caritative d’aide à l’enfance. En général, il ressort de l’enquête que 60 à 70 pour cent des enfants handicapés de l’échantillon d’étude vont à l’école (malgré quelques exceptions à cette règle – voir le graphique).

L’objet de ces sondages était de contribuer à la rédaction des lettres d’information que Plan envoie aux parrains d’enfants en Occident. Il est vrai qu’il s’agit de questions simples, mais le parrain se demande toujours si l’enfant souffre d’une déficience ou d’une incapacité.

Etant donné que ce sont exactement les mêmes questions qui ont été posées dans tous les pays, les résultats obtenus sont directement comparables et revêtent de ce fait une grande pertinence, explique Kuper.

« La littérature sur le handicap est constituée essentiellement de petites études qualitatives », dit-elle, en relevant que même le Rapport mondial de l’OMS sur le handicap s’appuie sur des données tirées d’études similaires. [2] « Notre enquête est vaste et pose la même question dans différents pays, et de ce fait, elle est comparable – et c’est ce qui en fait la particularité ».

Toutefois, il faut relever que les enfants parrainés par les programmes de Plan ont reçu de l’aide et seraient donc plus susceptibles d’avoir accès à l’éducation et de provenir de couches sociales défavorisées  par rapport au reste de la population. Mais, Kuper précise que plusieurs autres études qu’elle a dirigées dans plusieurs pays confirment cette hypothèse. Une étude réalisée au Malawi a conclu que 73 pour cent des 2 700 enfants handicapés sondés vont à l’école. [3]

Elle ajoute que d’autres ONG, à l’instar de World Vision qui dispose de son propre programme de parrainage d’enfants, réalisent des études semblables à l’aide de données qu’elle collecte pour la recherche.

L’étude parue dans PLOS One révèle en outre que, parmi les enfants de l’échantillon, environ un tiers des garçons en plus souffrent de divers types d’incapacités par rapport aux filles. Et les résultats montrent des écarts dans la prévalence de divers types d’incapacités recensées à traves le monde – par exemple, les incapacités mentales sont rarement signalées en Afrique, mais elles sont beaucoup plus répandues ailleurs. Même si Kuper a ses propres hypothèses pour expliquer ces tendances, elle estime qu’il faut mener d’autres études pour identifier leurs causes.

Mais, l’objectif principal qu’elle vise est de contribuer par ses résultats à déplacer le débat sur la scolarisation des enfants handicapés  de leur simple inscription à l’école vers la recherche d’une stratégie permettant de garantir la qualité de la formation qui leur est donnée.

Joshua Howgego est le rédacteur en chef adjoint chargé des nouvelles et des opinions à SciDev.Net. Suivez-le sur Twitter: @jdhowgego



Références

[1] Hannah Kuper and others The impact of disability on the lives of children; cross-sectional data including 8,900 children with disabilities and 898,834 children without disabilities across 30 countries (PLOS One, 9 September 2014)
[2] World report on disability (WHO, 2011)
[3] The Malawi key informant child disability project (London School of Hygiene & Tropical Medicine, 2014)
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