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Pourquoi prolonger l’allaitement maternel jusqu’à deux ans
  • Pourquoi prolonger l’allaitement maternel jusqu’à deux ans

Crédit image: Flickr / UNICEF Ethiopia

Lecture rapide

  • Investir dans l’allaitement maternel permettrait de sauver 520 000 enfants d’ici 2025

  • Seuls 11 pays africains dépassent 60% de taux d’allaitement jusqu’à l’âge de deux ans

  • L’OMS et l’UNICEF appellent les Etats à investir 4,7 dollars par an et par nouveau-né

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300 milliards de dollars ! Telle est la somme que le monde entier pourrait gagner d’ici 2025 si l’on investit 4,7 dollars par an en faveur de chaque nouveau-né.
 
C’est, en tout cas, la conclusion d’une étude réalisée conjointement par le Fonds des Nations unies pour l’enfance (UNICEF) et l’Organisation mondiale de la santé (OMS) à la faveur de l’édition 2017 de la semaine de l’allaitement maternel qui s’est célébrée du 1er au 7 août.
 
Le communiqué de presse produit à cette occasion souligne qu’atteindre un tel objectif permettrait de sauver la vie à 520 000 enfants de moins de cinq ans.
 
Selon la même source, les gains ainsi projetés résulteraient directement de la nette réduction des maladies et des soins subséquents
 
Car, rappelle Tedros Adhanom Ghebreyesus, le directeur général de l’OMS, "le lait maternel est comme le premier vaccin d'un bébé, protégeant les nourrissons contre des maladies potentiellement mortelles et leur donnant toute la nourriture dont ils ont besoin pour survivre et s’épanouir".
 
 
 
Cette conclusion interpellative émerge d’une étude qui a porté sur 194 pays, trouvant que seulement 40% des enfants de moins de six mois sont nourris exclusivement au lait maternel ; tandis que seuls 23 pays ont un taux d’allaitement exclusif au lait maternel situé au-dessus de 60%.
 
Pour ce qui est de l’Afrique, ils ne sont que six (6) pays qui ont un taux d’allaitement maternel supérieur ou égal à 70%. Ce sont le Burundi, le Cap Vert, l’Erythrée, le Malawi, la Namibie et le Rwanda.
 
Interrogée par SciDev.Net, Maaike Arts, spécialiste de la nutrition à l’UNICEF, précise que "ces données renvoient au commencement précoce de l'allaitement maternel, c’est-à-dire dès la première heure de vie de l’enfant".
 
Le rapport révèle qu’un grand nombre de pays du continent (22 sur 54) ont un taux d’allaitement maternel situé entre 50% et 70% ; tandis que six autres pays se situent en dessous de 30%. A savoir le Tchad, le Congo, l’Egypte, la Guinée équatoriale, la Guinée et la Somalie.
 
En outre, 11 pays ont un taux d’allaitement maternel exclusif supérieur ou égal à 60%. Ce sont notamment le Burundi, le Cap Vert, l’Erythrée, le Kenya, le Lesotho, le Malawi, le Rwanda, Sao Tomé et Principe, le Swaziland, l’Ouganda et la Zambie.
 
Concernant enfin la durée de l’allaitement maternel, 35 pays d’Afrique affichent 80% ou plus de taux d’allaitement de l’enfant jusqu’à l’âge d’un an ; tandis que 11 pays seulement dépassent 60% de taux d’allaitement jusqu’à l’âge de deux ans. 
 

“Il faut que le bébé tète le colostrum, le tout premier lait que produit la maman, qui est épais et un peu jaunâtre et que l’on avait l’habitude de jeter en pensant que c’était du lait fermenté et impropre à la consommation”

Abdoulaye Diop
Gynécologue-obstétricien -  Dakar, Sénégal

 
Maaike Arts explique cette insistance sur la durée de l’allaitement maternel en disant que " L'UNICEF et l'OMS recommandent que les nourrissons soient allaités exclusivement au lait maternel, à l’exclusion même de l’eau, immédiatement après leur naissance jusqu'à l'âge de 6 mois."
 
A ce propos, Abdoulaye Diop, gynécologue-obstétricien à Dakar (Sénégal) martèle : "il faut que le bébé tète le colostrum, le tout premier lait que produit la maman, qui est épais et un peu jaunâtre et que l’on avait l’habitude de jeter en pensant que c’était du lait fermenté et impropre à la consommation".
 
Il explique : "Il n’existe pas sur terre de produit plus utile pour le bébé. Des études récentes ont montré que les enfants qui ont consommé le lait maternel et en particulier le colostrum, sont protégés pendant les 20, 30 voire 60 premières années de leur vie. Tandis qu’un enfant qui n’a pas tété le colostrum de sa mère, risque de développer des maladies que ne connaissent pas les enfants qui l’ont consommé".
 
"Après six mois, nous recommandons que les enfants continuent à être allaités au lait maternel, tout en recevant des aliments complémentaires sûrs et adéquats jusqu'à deux ans ou au-delà", poursuit-Maaike Arts.
 
Pédiatre au quartier de la Médina à Dakar (Sénégal), Florence Diame Diene, croit savoir le pourquoi de ce séquençage : "c’est parce qu’à partir de six mois, le lait maternel à lui seul ne suffit plus pour couvrir tous les besoins de l’enfant qui a grandi et qui a acquis aussi des aptitudes pour digérer d’autres aliments", dit-elle.
 
Et au sujet des aliments qui peuvent être alors ajoutés, elle affirme : "on peut introduire des céréales, de la bouillie, des compotes de légumes ou de fruits à l’alimentation de l’enfant".
 
Chute des seins
 
Nonobstant les chiffres mitigés du rapport OMS/UNICEF, Abdoulaye Diop, se réjouit de ce que "l’Afrique est la région du monde où on enregistre le plus grand pourcentage d’allaitement maternel, en comparaison aux autres continents".
 
Même s’il note avec regret que pour des raisons diverses un bon nombre de femmes sur le continent ne donnent toujours pas ou ne donnent pas suffisamment de sein à leurs bébés.
 
Il y a notamment des raisons d’ordre professionnel avec des femmes qui doivent souvent priver leurs bébés du lait pendant qu’elles sont au travail ; des raisons d’ordre médical du fait de certaines maladies qui ne permettent pas aux femmes d’allaiter, ou encore pour des raisons esthétiques, certaines femmes voulant préserver la fermeté de leur poitrine.
 
Sur ce dernier point, Maaike Arts souligne qu’il n’existe "aucune preuve scientifique de ce que l’allaitement provoque ou non la chute des seins" qui, selon Abdoulaye Diop, "ont de toutes les façons tendance à tomber de manière naturelle sous l’effet de la pesanteur".
 
Quoi qu'il en soit, souligne Florence Diame Diene, cette considération ne saurait compter plus que le bien-être du bébé et le contact affectif qui se crée entre lui et sa mère lors de la tétée. Ce d’autant plus que l’allaitement maternel est plus économique pour les familles du moment qu’il n’a pas d’autre coût que celui de la nutrition de la maman elle-même.
 
D’où l’appel d’Anthony Lake, directeur exécutif de l'UNICEF : "l'allaitement maternel est l'un des investissements les plus efficaces et les plus rentables que les pays peuvent faire dans la santé de leurs membres les plus jeunes et la santé future de leurs économies et sociétés".

Références

Vous pouvez cliquer ici pour accéder à l'infographie en anglais sur l'allaitement maternel dans le monde
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