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Madagascar
  • Madagascar "manque cruellement de pédiatres"

Crédit image: SciDev.Net/Rivonala Razafison

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  • Madagascar compte une soixantaine de spécialistes en pédiatrie pour plus de 10 millions d’enfants de moins de 15 ans

  • Les maladies infectieuses, la diarrhée et le paludisme sont les principales causes de mortalité des enfants malgaches

  • Pour les professionnels, l’amélioration de l’accès au service pédiatrique passe aussi par l’échange d’informations et le partage d’expériences.

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[ANTANANARIVO] Madagascar doit former davantage de médecins pédiatres, selon les professionnels et praticiens réunis en congrès à Antananarivo du 31 juillet au 1er août.

D’après la Société malgache de pédiatrie (Somaped), le pays compte seulement entre 50 et 60 spécialistes, alors que la moitié de la population totale – estimée à 22 millions d’habitants – est constituée d’enfants de moins de 15 ans.

"Nous manquons cruellement de pédiatres. Comme dans la plupart des pays en développement, beaucoup d'enfants malgaches continuent de mourir des maladies", a déclaré à SciDev.Net Annick Robinson, présidente de la Somaped.

"La place de la pédiatrie dans la santé publique est très importante. Mais nous sommes encore loin de ce qu’il faut; l’effectif actuel est à décupler", a-t-elle ajouté.

“Le taux de mortalité infanto-juvénile, c’est-à-dire les moins de 5 ans, en 2013 tourne autour de 62 pour 1 000. Ce taux est encore beaucoup plus élevé chez les nouveau-nés.”

Annick Robinson, présidente de la Somaped


Selon Annick Robinson, le nombre réduit de spécialistes opérationnels dans le domaine de la pédiatrie est dû à la structure même du système éducatif malgache.

"Le cursus actuel limite à quatre par an le nombre de spécialistes formés. C’est l’effectif que le budget de l’Etat peut supporter", estime encore Annick Robinson.

De plus, les médecins eux-mêmes s’intéressent peu à la filière, en raison de la réduction des capacités des infrastructures existantes.

Une lueur d’espoir pour faire évoluer la situation s’annonce tout de même à l’horizon, à en croire Lalatiana Andriamanarivo, doyen de la Faculté de médecine de l’Université d’Antananarivo.

"Après le concours d’internat, nous avons 50 spécialistes – toutes spécialités confondues - dont des pédiatres. Cela n’arrive pas à couvrir tous les besoins des différentes provinces de Madagascar. Mais avec la nouvelle politique du ministère de la Santé publique et de celui de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, nous visons à placer des spécialistes dans tout le pays", a-t-il souligné.

Les décisions quant au nombre de postes à pouvoir reviennent aux deux départements ministériels. Les formateurs, de leur côté, disent être prêts à relever le défi.

Les maladies infectieuses, la diarrhée et le paludisme, dans certaines régions, sont considérées comme les principales causes de morbidité et de mortalité infantiles sur l’île.

"Le taux de mortalité infanto-juvénile, c’est-à-dire les moins de 5 ans, en 2013 tourne autour de 62 pour 1 000. Ce taux est encore beaucoup plus élevé chez les nouveau-nés", a précisé Annick Robinson.

Outre la pauvreté chronique, les problèmes d’hygiène, d’éducation et de culture sont aussi déterminants dans la détérioration des conditions sanitaires des enfants à Madagascar.

En effet, une trentaine d’enfants de moins de 5 ans décèdent tous les jours, à cause du faible accès aux infrastructures d’assainissement adéquates, exacerbé par le manque d’hygiène touchant plus du tiers de la population malgache.

Selon une étude publiée par le Centre hospitalier universitaire de Befelatanana, le plus grand dans l’océan Indien, voire en Afrique en termes d’activités, 60% des grossesses ne sont pas suivies, malgré la gratuité des consultations prénatales auprès des établissements publics.

"Même dans la ville d’Antananarivo, des femmes enceintes préfèrent toujours les matrones aux sages-femmes pour accoucher", fait remarquer Annick Robinson.

A l’issue du congrès organisé dans la capitale malgache, les spécialistes et praticiens s’attendent à une amélioration de l’accès au service pédiatrique.

Le but est de se donner des informations et de se partager des expériences entre praticiens, pédiatres ou non, et professionnels, sur les pratiques quotidiennes, afin de faire décroître la morbidité et la mortalité infantiles.

"Certes, des résultats de recherche servent de base de réflexion. Mais les médecins demandent aussi à ce que la moitié du programme soit désormais axée un peu plus sur la formation médicale continue", a déclaré Annick Robinson.

"Nous avons l’habitude d’adresser des recommandations aux autorités. A l’instar de l’introduction du vaccin contre la méningite, certaines de nos propositions ont été positivement suivies. Mais plaidoyer auprès des décideurs n’est jamais une tâche aisée", conclut-elle.


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