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Des cartes révèlent une
  • Des cartes révèlent une "faim cachée" qui étouffe le développement

Crédit image: Flickr/Oxfam International

Lecture rapide

  • L’étude cartographie les carences en fer, en zinc et en vitamines chez les enfants dans 149 pays

  • Les pays d'Afrique sub-saharienne en particulier sont sérieusement affectés

  • Les chercheurs ont également estimé les années perdues à cause d’une mauvaise nutrition, une mesure de l'impact économique

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Une étude a conclu que l’absence de micronutriments essentiels dans l’alimentation des enfants - des déficiences répandues dans la majeure partie de l'Afrique sub-saharienne et partiellement en Asie - est étroitement liée à de faibles niveaux de développement économique et a un impact majeur sur la productivité.

Le fardeau de cette 'faim cachée', définie comme l’absence de fer, de zinc, de vitamine A et d’autres éléments nutritifs, représente plus d'un dixième de la perte de productivité due aux maladies, à l'incapacité ou au décès prématuré dans les pays les plus gravement touchés, d’après l’article, écrit comme outil de plaidoyer et publié dans PLOS ONE début juin. 

Les auteurs ont cartographié la prévalence de l'anémie et du retard de croissance, qui sont des mesures indirectes de la carence en fer et en zinc, respectivement -- et de la carence en vitamine A (CVA) - chez des enfants d'âge préscolaire à travers 149 pays. Les auteurs notent que tous les 20 pays ayant les niveaux les plus élevés de faim cachée se trouvent en Afrique sub-saharienne, en dehors de l'Inde et de l'Afghanistan.

“Tous les pays ne prennent pas les carences en micronutriments suffisamment au sérieux.”

Klaus Kraemer, directeur de Sight and Life (cellule de réflexion sur la nutrition)


La majorité des enfants d'âge préscolaire dans ces pays sont affectés par des taux d’anémie, de retard de croissance et de CVA supérieurs à 30, 40 et 50 pour cent respectivement.

Il y a également un lien étroit entre le taux croissant de la faim cachée et la baisse des niveaux de développement. 

Cette relation souligne l'importance des micronutriments pour l’amélioration de la santé et de l'éducation, tout en réduisant la malnutrition, affirment les auteurs. 

Dans une seconde partie de l'étude, les chercheurs estiment l'impact de la faim cachée sur les populations dans 136 pays, en fonction des années de vie corrigées de l’incapacité (AVCI) - la mesure utilisée par l’OMS pour mesurer la charge de morbidité en tenant compte des années perdues pour cause de maladie, d'invalidité ou de décès prématuré.

La Sierra Leone, le pays le plus gravement touché, compte 5 870 AVCI pour 100 000 personnes, tandis que 12,3 pour cent des AVCI de la Côte d'Ivoire sont attribuées à des carences en fer, en zinc et en vitamine A. 

"Tous les pays ne prennent pas les carences en micronutriments suffisamment au sérieux", déclare Klaus Kraemer, co-auteur de l'étude et directeur de Sight and Life, une cellule de réflexion sur la nutrition.

"Nous devons tenir les décideurs pour responsables des mesures à prendre par rapport à cette terrible situation qui maintient des millions de personnes dans la pauvreté". 

Les résultats de l'étude, selon Kraemer, soulignent le fait qu’en mettant principalement l’accent sur la fourniture de calories pour lutter contre la faim chez une population – tel qu’encouragé par les Objectifs du millénaire pour le développement –, on passe à côté de l’objectif, dans son ensemble. 

L'accent doit être mis sur la qualité de l’alimentation, plutôt que simplement sur la quantité, pour assurer une bonne santé et ainsi promouvoir le développement, précise-t-il. Kraemer ajoute que l'étude a trouvé dans les données de grosses lacunes qui doivent être vite corrigées. 

La plupart de ces données sont soit périmées, soit incomplètes, et peuvent ne pas refléter le véritable fardeau de la faim cachée, soutient-il.

Venkatesh Mannar, président de l'Initiative pour les micronutriments, est d'accord pour la nécessité d'améliorer les données, mais se félicite des efforts pour fournir aux décideurs des informations claires, visuelles sur un sujet que beaucoup continuent à ne pas trouver important. 

Monika Blössner, responsable technique du Département Nutrition pour la santé et le développement (NSD) à l'OMS, laisse entendre que bien que les cartes mondiales soient un excellent outil de plaidoyer pour sensibiliser, elles ne représentent que des moyennes. 

En fin de compte, pour que des avancées réelles soient perceptibles en matière de lutte contre les carences en micronutriments, les données locales doivent être rendues beaucoup plus accessibles, estime-t-elle.

"La voie à suivre consiste à désagréger les données dont nous disposons un peu plus vers le bas, aux différents niveaux de l'administration, de sorte que les gens puissent se concentrer sur des domaines spécifiques".

Références

Lien vers l’article complet dans PLOS ONE
 
[REFERENCES]
 
PLOS ONE doi:10.1371/journal.pone.0067860(2013)
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