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Le projet sud-africain de pile à combustible en danger
  • Le projet sud-africain de pile à combustible en danger

Crédit image: Flickr/Humboldt State University

Lecture rapide

  • L’Afrique du Sud a l’intention de créer un secteur d’activité lié au développement de piles à combustible afin de diversifier son économie et créer des emplois

  • Le pays peut utiliser ses importantes réserves de platine pour fabriquer des catalyseurs de piles à combustible

  • Mais cet ambitieux projet a besoin d’un appui politique coordonné de la part du gouvernement

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Pour Radhika Perrot, sans des mesures incitatives du gouvernement et un appui interministériel, l’ ambitieuse stratégie de production de piles à combustible destinées à l’exportation ne pourra réussir.

Le ministère sud-africain de la science et de la technologie (DST) fait pression, pour l’instant sans succès, pour développer la technologie de la pile à hydrogène grâce à une ambitieuse stratégie de recherche et développement (R&D) depuis 2005.

Les piles à combustible peuvent convertir l’énergie produite par une réaction chimique entre l’hydrogène et l’oxygène en énergie électrique


La stratégie est ambitieuse parce qu’elle vise à favoriser l’exportation de produits à grande valeur ajoutée vers les marchés internationaux de piles à hydrogène en expansion alors qu’il n’y a actuellement presque pas d’industrie ou de marché local.

L’objectif consistant à s’essayer à la technologie naissante et incertaine des piles à hydrogène fait douter un grand nombre de sceptiques. Cette technologie n’est pas encore commercialement viable, et les chances de voir les piles à hydrogène devenir une technologie d’avenir suscitent encore des doutes.

La poussée de la R&D sud-africaine était moins mûe par des préoccupations environnementales que par l’objectif national qui est de sortir de la dépendance économique de l’exploitation minière et de l’extraction des minerais. Il y a, en effet, un gain potentiel à investir dans la technologie des piles à combustible - mais cela n’est pas sans risque, et nécessitera des politiques coordonnées pour réussir.
 

Le Plan de croissance


Le gouvernement sud-africain a accordé la priorité à l’industrie minière comme trajectoire de croissance économique dans sa nouvelle voie de la croissance en 2010, une évolution qui, espère-t-il, génèrera des emplois hautement qualifiés et une solide base de connaissance grâce aux nouveautés dans les secteurs de l’industrie, des produits et des services.

La stratégie fixe pour objectif d’ensemble de créer cinq millions d’emplois d’ici 2020. Dans ce contexte le DST a mis en place des partenariats de recherche appelés pôles de compétences, qui sont tous axés sur le développement d’un savoir-faire technique et d’une base scientifique liés à la technologie des piles à hydrogène.

Le platine fait partie des minerais inclus dans la stratégie.

Il est utilisé dans les convertisseurs catalytiques installés pour réduire les émissions provenant des véhicules ayant un moteur à combustion interne.

L’Afrique du Sud abrite 75 pour cent des réserves mondiales connues de platine et cinq métaux semblables auxquels il est couramment associé, et répond à environ 59 pour cent de la demande mondiale de ces ‘métaux du groupe du platine’.

Ce pays dispose également d’une chaîne d’approvisionnement complexe de près de 50 fabricants qui représentent 14 pour cent des parts du marché mondial de l’industrie des convertisseurs catalytiques.

Pour le plus grand bien de l’Afrique du Sud, le platine est également utilisé comme un catalyseur dans les piles à hydrogène. Les catalyseurs au platine sont une composante essentielle des piles à combustible à membrane d’échange de protons (PEMFC), un type de pile à hydrogène largement utilisé pour alimenter les véhicules et les applications fixes telles que les feux et les tours de télécommunications.

Dans ce contexte, le DST s’est fixé pour objectif de satisfaire le quart de la demande mondiale des catalyseurs à base de platine pour les piles à combustible d’ici 2020.

Pour atteindre cet objectif, il faudra construire des usines de fabrication de piles à hydrogène. Le département ministériel est actuellement à la recherche d’un partenaire étranger pour lui proposer une collaboration.
 

Les investissements étrangers


Pourquoi des entreprises étrangères voudraient-elles fabriquer des piles à hydrogène en Afrique du Sud? Ce pays n’a encore fait aucune percée dans cette technologie.

Le marché national est faible, tandis que les règlements et les politiques visant à stimuler l’offre ou la demande -- qui ont alimenté la croissance de l’industrie des convertisseurs catalytiques du pays -- sont insuffisants.

Un autre inconvénient pour l’Afrique du Sud, et notamment pour la technologie des PEMFC, est l’absence d’un constructeur automobile local qui, bien que non essentiel, aurait offert des avantages tels que la réduction du temps nécessaire pour développer des produits commerciaux.

En outre, les firmes sud-africaines qui fabriquent des convertisseurs catalytiques perdent progressivement des parts de marché au profit de celles qui sont plus proches des constructeurs automobiles européens.

Les raisons de ce recul -- comme la baisse du soutien du gouvernement et de la confiance des investisseurs -- s’appliquent également à l’industrie des piles à hydrogène.

Face à ces réalités de terrain difficiles, c’est un pari risqué pour les industriels et les décideurs de rester optimistes quant à l’avenir de l’Afrique du Sud dans l’industrie automobile mondiale.

Mais rater le pari sur les piles à combustible signifierait laisser passer l’occasion d’un autre succès industriel -- et abandonner la perspective de nouvelles connaissances et de la création d’ emplois hautement qualifiés.
 

Le soutien du gouvernement


Les décideurs sud-africains doivent apporter un large soutien politique et des subventions aux investisseurs sur les piles à hydrogène et à leurs fabricants, et devraient veiller au développement de programmes technologiques spécifiques qui aideront à mettre sur le marché les technologies des piles à combustible produites localement ou même sous licence.

Ils doivent également créer des marchés pour ces nouvelles technologies énergétiques par le biais de règlements et de mesures incitatives ciblant à la fois les consommateurs d’énergie résidentiels et industriels, tels que les opérateurs de téléphonie mobile.

Une politique potentielle pourrait consister à soutenir les petites entreprises commerciales locales dans toute la chaîne d’approvisionnement des piles à combustible à travers des avantages fiscaux et des prêts à faible taux d’intérêt.

Le DST encourage les entreprises de R&D locales à travailler avec les instituts de recherche sud-africains et étrangers afin d’échanger leurs savoir-faire techniques sur les catalyseurs des piles à hydrogène et leurs composants.

De tels partenariats entre l’industrie et l’université pourraient accélérer le temps entre la fabrication et la commercialisation, créant de nouvelles possibilités de retombées et d’emplois.

De plus, l’énergie à base d’hydrogène ne fait pas partie du récent plan énergétique sur 20 ans du ministère de l’énergie (DOE). Le projet du DST se concentre sur la R&D et ne peut guère aborder les questions relatives à la mise en œuvre de cette nouvelle technologie.

Cela signifie que le ministère de l’énergie et celui du commerce et de l’industrie, dont le rôle est d’encourager les industries compétitives à travers la réglementation, doivent être également impliqués pour faciliter son assimilation.

Les différents ministères doivent trouver un accord pour le choix et la voie à suivre de la nouvelle technologie énergétique, de la R&D à la commercialisation.

Radhika Perrot est chercheur principal à la faculté d’économie du savoir et de l’avancement de la science, à l’Institut de réflexion stratégique de Mapungubwe (MISTRA), à Johannesburg, en Afrique du Sud. Le MISTRA facilite le dialogue entre les décideurs politiques et les ministères pour la consommation des piles à hydrogène en Afrique du Sud. Radhika peut être contactée à radhikap@mistra.org.za

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