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Energie et développement durable: la quadrature du cercle

Crédit image: Flickr/Idaho National Laboratory

Lecture rapide

  • Le solaire et l'éolien sont les sources d'énergie verte les plus avantageuses

  • Le problème est qu'il manque une volonté politique claire pour assurer la transition

  • L'Afrique doit intégrer le principe des crédits carbone dans les négociations de COP 21

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Les initiatives de développement de l'énergie renouvelable se révèlent timides sur le continent, nonobstant un contexte favorable.

L’électricité est un facteur essentiel au développement économique et l’augmentation de sa production est considérée comme un signe d'amélioration de la qualité de vie et de la production de richesses.

Or l’épuisement inéluctable des ressources fossiles et le réchauffement climatique obligent de plus en plus les différents acteurs à se tourner vers les énergies renouvelables, ce qui est un avantage certain pour l’Afrique, qui dispose d’énormes ressources en énergies renouvelables.
 
Dans l’état actuel des connaissances, "l’unanimité est établie sur le fait que les sources renouvelables sont les meilleurs pistes de solutions en tant qu’alternative pour une consommation énergétique au service du développement durable. A tel point que même des pays développés mais peu ensoleillés sont en train d’adopter une option claire pour le solaire et l’éolien par exemple", explique Souleymane Diallo, directeur exécutif du Centre Européen de Formation en Energie Renouvelable, basé à Dakar. 

C’est également un marché porteur, car d’ici à 2020, ce secteur va créer près de 50 000 emplois pour l’Afrique de l’ouest, selon les prévisions de la Banque mondiale.
 
Dans la panoplie des sources vertes, le solaire et l’éolien constituent un recours plus avantageux car la biomasse est sous forte pression en Afrique subsaharienne, où " quatre personnes sur cinq recourent à l'utilisation traditionnelle de la biomasse solide, principalement le bois de feu, pour la cuisine. Une demande qui va croitre de 40% d’ici à 2014 " selon le World Energy Outlook 2014.
 
Mais dans la plupart des pays d’Afrique de l’Ouest, les énergies fossiles dominent toujours largement la production électrique. C’est le cas en Côte d’Ivoire (75,5%) et au Sénégal (89,6%).
 
Ces pays s’efforcent, visiblement avec peu de succès pour l’heure, à montrer davantage d’engagement en faveur de l’énergie verte.
 
Mais qu’est ce qui bloque aujourd’hui cette transition dans les pays africains ?
 
Lamine Diop, ancien directeur des énergies renouvelables du Sénégal, estime qu’il n’y a aucun problème technologique, qu’il ne manque que la volonté politique, "une volonté politique claire qui va au-delà des discours pour mettre en place des législations adaptées avec des mécanismes de régulation, des modes de financement adaptés et de grands projets nationaux ou transnationaux."
 

“ Toutes les technologies sont disponibles. Il nous faut juste être rigoureux et pragmatiques pour faire de bons choix et les appliquer. La meilleure leçon nous est donnée par le Cap Vert, qui a fait un progrès impressionnant dans l’adoption des sources renouvelables avec des champs de plaques solaires à perte de vu.”

Lamine Diop, ancien directeur des énergies renouvelables, Sénégal












De son côté, Donatien Njomo, directeur du laboratoire d’analyse des technologies de l’énergie et de environnement et professeur à l’Université de Yaoundé 1 au Cameroun, se désole de constater que dans son pays, le Cameroun, les choix en matière d’énergies renouvelables ne sont pas toujours bien faits par les opérateurs.
 
"Ceux qui veulent investir ne montrent pas tout le sérieux nécessaire", déplore-t-il.

"Il y a de la volonté politique, mais on nous annonce des réalisations que nous ne voyons pas. C’est en partie un problème de compétence. Du côté de l’administration camerounaise, ceux qui devraient analyser et donner une appréciation sur les dossiers ne semblent pas à la hauteur. En face, ceux qui veulent investir sont trop pressés et y vont souvent sans faire d’étude suffisamment poussée et sérieuse de l’environnement ou du marché. Simplement parce qu’il y a un déficit énergétique, certains mettent sur pied des projets qu’ils annoncent comme révolutionnaires".
 
Le Cameroun a effectivement un énorme potentiel en matière d’hydraulique et des efforts sont faits pour installer plusieurs nouveaux barrages, ainsi que de nouvelles centrales.
 
Une exploitation rigoureuse de l’hydraulique pourrait dispenser même d’un recours au thermique; mais pour l'hydraulique, le temps de la mise en œuvre d’un projet est long.
 
"Pour calmer les populations qui sont pressées, les politiques courent vers le thermique. Le solaire est présenté comme une solution miracle par des opérateurs qui pensent qu’il suffit d’installer quelques panneaux solaires çà et là pour régler le problème, sans une étude de fond. C’est cela qui pose problème".
 

Au Sénégal aussi, les potentialités sont énormes, qu’il s’agisse de l’énergie solaire, avec 3000 heures d’ensoleillement par an ou de l’énergie éolienne, avec 4 à 6 m/s de vent, le long du littoral nord-est de Dakar, à Saint-Louis.
 
Alors que le pays est obligé de subventionner à hauteur de plus 60 milliards de Francs CFA la production et la distribution d’électricité à base de ressources fossiles, les énergies renouvelables représentent à peine 1% du mix énergétique.

 
Lobby

 
Pour Souleymane Diallo, directeur exécutif de Centre Européen de Formation en Energie Renouvelable, parmi les obstacles, "il faut citer le matériel, son coût et la maîtrise de son utilisation. En plus, il y a des lobbys qui sont derrière les compagnies d’électricité en Afrique et qui n’essayent pas de s’adapter, ni de trouver d’autres sources. Beaucoup de gens ne le disent pas mais le lobby du pétrole pèse trop sur le contexte africain pour défendre ses bénéfices à court terme".
 
En revanche, son compatriote Lamine Diop estime de manière catégorique que ce qui manque, c’est la rigueur et le pragmatisme.
 
« Toutes les technologies sont disponibles. Il nous faut juste être rigoureux et pragmatiques pour faire de bons choix et les appliquer. La meilleure leçon nous est donnée par le Cap Vert, qui a fait un progrès impressionnant dans l’adoption des sources renouvelables avec des champs de plaques solaires à perte de vue. Sur la base de cette expérience, je suis formel : ce qu’il faut, c’est juste de la rigueur et du pragmatisme ».
 
Une autre difficulté concerne la qualité du matériel utilisé, qui ne présente pas le plus souvent des garanties de qualité, faute de normes claires.
 
Au Togo, l’Association pour le Développement de l’Energie Solaire a constaté que le matériel solaire est importé majoritairement de l’Asie (Chine, Inde, Japon), d’Europe (Allemagne, Belgique, France) et d’Amérique.
 
Si les produits solaires européens sont contrôlés par l’Union Européenne en matière de qualité, le matériel asiatique présente pour une bonne partie de la mauvaise qualité, dans la mesure où le matériel est choisi juste en fonction du pouvoir d’achat des clients togolais.
 
Quant à Sanoussi Ouro-Djobo, enseignant chercheur au Laboratoire de l'Energie Solaire à l'Université de Lomé, il reconnait que par rapport à la fourniture et à l'installation de l'énergie solaire, il y a bien des travaux un peu partout dans le pays mais ce qui reste à faire est de définir une politique nationale d’énergie.
 
"Si nous devrions adopter des normes, explique Lamine Diop, ce serait des normes européennes, parce que nous les connaissons bien et elles ont montré leur avantage par rapport aux exigences de qualité. Maintenant, il ne faut pas considérer que ce sont les produits asiatiques, chinois notamment, qui ne sont pas de qualité. J’ai eu l’occasion à plusieurs reprises d’aller dans des pays européens où il y a également du matériel chinois. Mais dans ce cas, ce sont pour la plupart des produits de qualité. Cela veut dire que la Chine produit toute la gamme possible, c’est à nous de rechercher la qualité, c’est à nous-mêmes de ne pas opter coûte que coûte pour le moins cher des produits".

 
Intégration

 
Dans le cadre de cette crise énergétique qui touche l’Afrique, les organisations sous-régionales aussi ont reconnu le besoin d’intégrer les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique aux politiques nationales.
 
La plupart des pays ont convenu que pour accélérer ce processus, la coopération et l’intégration à l’échelle régionale devaient être plus importantes.
 
C’est ainsi que la Communauté économiques des Etats de l'Afrique de l'Ouest) Cedeao a adopté en 2013 une politique en matière d'énergies renouvelables qui vise à assurer qu’une part croissante et substantielle de l’approvisionnement des États membres est couverte par des sources d’énergie renouvelables.
 
L’objectif est de parvenir à un accès universel à l’électricité d’ici à 2030, avec un approvisionnement plus sûr et plus durable en énergie domestique de cuisson.
 
De même, l’Union économique et monétaire ouest-africaine (Uemoa) a mis en place l’Initiative Régionale pour l’Energie Durable, qui s’illustre par divers projets qui doivent notamment permettre de générer des crédits carbone.
 
Il s’agit, entre autres, de l’installation de lampadaires solaires photovoltaïques, de la diffusion de kits solaires et de l’introduction de lampes basse consommation dans les Etats membres sur une période de cinq ans (2013-2017).
 
Plusieurs milliers de lampadaires éclairent déjà les routes de plusieurs pays tels que le Togo, le Bénin, le Niger et le Sénégal.
 
Mais Lamine Diop fait remarquer qu’au Sénégal, "beaucoup de ces lampadaires commencent à tomber en panne et dans la plupart des cas, les autorités n’ont même pas prévu de périodes d’entretien avec ce que cela nécessite comme ressources; ce qui nous renvoie encore une fois à la rigueur dans la gestion de la technologie disponible".
 
Ce recours aux énergies renouvelables est une bonne voie pour le développement dans le respect de l’environnement. Il est même un argument de poids pour les pays africains dans la mouvance des négociations autour de la COP 21, car il cadre parfaitement avec le principe des crédits carbone, l’une des pistes de solutions en cours d’étude.
 
Beaucoup d’activistes de l’environnement défendent ce principe des crédits carbone, qui constitue, selon eux, la manifestation d’une certaine préoccupation vis-à-vis du changement climatique.
 
C’est pourquoi le changement rendu nécessaire par la dégradation environnementale doit être considéré comme une opportunité pour éviter les investissements dans les énergies fossiles.
 
C’est une occasion pour les pays africains de booster leur développement.
 
Pour l’Ong Enda Energie, les crédits carbone peuvent aider à lutter contre l’émission de gaz à effet de serre, quand il est appliqué de manière concertée dans des conditions équitables, transparentes et durables.
 
Secou Sarr, directeur d’Enda Energie, précise qu’il faut toutefois ajouter à cela des compensations.
 
" Les pays qui ont la responsabilité historique d’avoir le plus contribué à cette pollution, doivent verser aux pays sous-développés et financer les surcoûts des compensations selon des formes et des modalités à définir. Comment imaginer une sécurité alimentaire si tu n’a pas la sécurité énergétique? Or quand on parle de secteurs d’atténuation, on touche directement à l’agriculture considéré comme pilier de transformation économique de l’Afrique. Comment peut-on améliorer l’agriculture sans énergie ? Les négociations autour de la COP21 à Paris doivent être une occasion de porter ces plaidoyers sur les énergies renouvelables dans tous les aspects ".
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