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  • Une étude analyse l'adoption par les ménages des foyers améliorés

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[PESHAWAR/NEW DELHI] Des programmes dont l'objectif est d'équiper les ménages pakistanais avec des foyers dits améliorés n'ont connu qu'un succès mitigé, selon les conclusions d'une étude, à cause d'une sensibilisation insuffisante des communautés ciblées, et notamment les femmes qui font la cuisine.

L'affirmation intervient au moment où une autre étude soutient que certains modèles de foyers améliorés causent en réalité plus de pollution que les foyers traditionnels en terre.

Les foyers traditionnels utilisent les produits de la biomasse comme les déchets de cultures, les déjections animales et les débris de végétaux, et sont réputés causer la pollution de l'air. La pollution de l'air intérieure et extérieure a été identifiée par l'OMS comme étant responsable d'environ deux millions de décès chaque année.

Depuis les années 1970, de vigoureux efforts internationaux ont été déployés par les gouvernements et les organisations non gouvernementales en vue de construire et distribuer ce que l'on appelle couramment des 'foyers améliorés,' plus efficaces et émettant moins de fumée.

Mais selon Inayatullah Jan de l'Université agricole Khyber Pakhtunkhwa de Peshawar, au Pakistan, ces foyers n'ont pas été adoptés aussi rapidement que prévu.

Après une étude dans le Nord-ouest rural du Pakistan, Jan a constaté qu'un seul ménage sur cinq avait recours au foyer amélioré.

Dans un entretien accordé à SciDev.Net, Jan estime que cette faible adoption est due à des facteurs variés, notamment la méconnaissance des risques sanitaires et de l'impact des foyers traditionnels sur l'environnement ; le faible niveau d'instruction de la population, surtout des femmes ; le fait que les femmes n'ont pas le pouvoir de décision sur le type de foyer à utiliser ; et la faiblesse des revenus.

Cette étude publiée dans l'édition de Renewable and Sustainable Energy Review de février 2012 relève également l'absence de financement pour les programmes de foyers améliorés, et le mauvais suivi à long terme de leur utilisation.

Mukhtiar Zaman Afridi, chef du département de pneumologie à l'hôpital universitaire Khyber de Peshawar affirme avoir été témoin de la montée de l'incidence des maladies pulmonaires comme l'asthme, surtout chez les femmes et les enfants issus des ménages où la même pièce sert de cuisine et de chambre à coucher.

Jan ajoute que l'adoption des foyers pourrait être favorisée par une campagne gouvernementale pour équiper les ménages en foyers améliorés grâce à des prix subventionnés, ou avec des démonstrations de son utilisation auprès des femmes.

Toutefois, dans l'Inde voisine, une étude réalisée dans le nord du pays montre que tous les foyers améliorés ne se valent pas.

Une étude publiée dans Environment Science and Technology en février 2012, compare cinq modèles de foyers améliorés vendus sur le marché aux foyers traditionnels en terre sèche, en mesurant les volumes de gaz et particules émis lors de leur utilisation par des cuisiniers volontaires recrutés dans les villages.

L'équipe de chercheurs dirigée par Abhishek Kar de l'Institut de l'énergie et des ressources de New Delhi, a ainsi conclu que les modèles de foyers améliorés munis d'un ventilateur alimenté par batterie émettaient moins de suie que ceux qui dépendent de la circulation naturelle de l'air.

Selon les auteurs de l'étude, les foyers améliorés dépendant de la circulation naturelle de l'air pouvaient parfois 'donner de pires résultats que les foyers traditionnels en terre'.

Les chercheurs estiment que ces résultats sont la preuve soulignent l'importance d'une plus grande prudence au sujet des hypothèses sur les foyers améliorés, et de développer une terminologie plus affinée pour établir des distinctions entre les différents modèles.

Au mois de février cette année, une réunion de haut niveau tenue à La Haye sur les foyers améliorés a élaboré un projet d'accord international recommandant l'adoption de protocoles internationaux de normalisation et de validation des foyers propres performants.

L'accord final devrait être publié par l'Organisation internationale de la normalisation (ISO) plus tard cette année.

Lien vers le résumé de l'étude dans Renewable and Sustainable Energy Review
Lien vers le résumé dans Environment Science and Technology

Références

Renewable and Sustainable Energy Review doi 10.1016/j.rser.2012.02.038 (2012)
Environ. Sci. Technol doi 10.1021/es203388g (2012)

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