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Q&R : La recette de l’AFD pour la crise énergétique en Afrique
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  • Q&R : La recette de l’AFD pour la crise énergétique en Afrique

Crédit image: SciDev.Net/Julien Chongwang

Lecture rapide

  • Le programme encourage les entreprises à diminuer leur consommation d’énergie

  • Une ligne de crédit de 19 milliards de FCFA est disponible pour la zone UEMOA

  • Les Etats gagneraient à unir leurs forces pour résorber le déficit énergétique.

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L’Agence française de Développement (AFD) a lancé le 14 avril 2015 à Dakar le programme SUNREF (Sustainable Use of Natural Ressources and Energy Finance).

Dénommé SUNREF Afrique de l’Ouest, ce programme est une ligne de crédit verte mise en place en partenariat avec l’Union européenne et le Fonds français pour l’Environnement mondial (FFEM).

Cette ligne d’un montant global de 30 millions d’euros (19,68 milliards de FCFA) est destinée au financement de projets d’efficacité énergétique et d’énergie renouvelable de la part des acteurs du secteur privé en particulier.

Deux banques locales sont mises à contribution pour la conduite de l’opération ; à savoir la Société générale de Banque au Sénégal (SGBS) et Orabank.

Ce programme qui fait suite à une première initiative similaire lancée en 2010, arrive dans un contexte de crise énergétique caractérisée par une insuffisance de l’offre par rapport à la demande dans la plupart des pays du continent.

Olivier Pezet, Directeur de l’AFD à Dakar au Sénégal, déroule les contours de ce programme et propose des solutions pour une sortie de la situation de crise énergétique que connaît l’Afrique.

 
Qu’est-ce qui a poussé l’AFD à créer cette ligne dédiée à l’énergie durable appelée SUNREF ?
 
La question de l’énergie durable, et plus précisément du développement durable, est évidemment un agenda global qui concerne particulièrement la trajectoire des pays en voie de développement.

Donc, avec en particulier la culture de l’AFD d’intervenir auprès des entreprises pour leur compétitivité et pour la compétitivité des économies et leur croissance, avec la culture financière et les outils correspondants, nous avons trouvé très naturel de donner un coup de pouce à l’Afrique de l’ouest.

Mais, nous l’avons aussi fait déjà en Afrique de l’est.

 
Dans ce programme, l’expression "efficacité énergétique" revient sans cesse. De quoi s’agit-il concrètement ?
 
C’est le cœur du sujet. Il s’agit, du côté de la consommation, de la demande, tout simplement de rendre plus efficace la consommation d’énergie.

Du côté de l’offre, il s’agit de développer une offre plus compatible avec les contraintes climatiques et environnementales.

Du côté des entreprises, l’efficacité énergétique consiste à être en mesure d’investir dans des équipements plus efficaces du point de vue de la consommation d’énergie.

D’ailleurs, une des règles de fonctionnement de SUNREF est de fixer un objectif au projet des entreprises ; un objectif qui permette d’économiser au moins 20% de leur consommation d’électricité.

Donc, nous parlons beaucoup d’efficacité énergétique parce que c’est le cœur du sujet et nous sommes convaincus que beaucoup peut être fait.

En réalité, les pénuries que l’on a connues par exemple au Sénégal et qui se présentent dans bien d’autres pays, ne tenaient pas en fait totalement à une insuffisance de la capacité nominale, mais au fait que les équipements n’avaient pas fait l’objet d’une maintenance appropriée.

Là aussi, c’est l’efficacité énergétique et il est certain que des équipements de production mieux maintenus ou plus efficaces contribuent à l’efficacité énergétique.

 
Pourquoi insistez-vous autant sur l’énergie durable alors que l’Afrique a besoin dans l’urgence d’énergie, quelle qu’en soit la source ?
 
En réalité, l’AFD est très active sur le financement des sociétés d’électricité dans la sous-région.

Effectivement, il faut produire davantage, et si possible, avec un mixte énergétique plus adapté à ses contraintes et à ses défis environnementaux.

Et puis, il faut progressivement agir sur la demande. On sait que de considérables économies d’énergie peuvent être réalisées encore une fois par l’efficacité énergétique du côté de la demande.

Donc, c’est un tout : un meilleur mixte énergétique et une meilleure culture de la consommation d’énergie.

 
Quel est le bilan du premier programme de même nature que vous aviez lancé en 2010 avec le partenariat de la SGBS ?
 
D’abord, c’était une opération expérimentale qui a été une réussite. Elle a été réalisée avec un établissement financier local.

Et avec cet établissement, ce sont cinq projets importants d’entreprise qui ont pu être financés pour un montant total de cinq milliards de FCFA.

Par exemple, il y a un grand hôtel qui a complètement transformé son alimentation électrique à partir du solaire ; ou encore à Dakar, une société d’industrie plastique qui a renouvelé ses machines et ses systèmes de régulation électrique pour réaliser de considérables économies.

Donc, on en est très satisfait ! C’est d’ailleurs sur cette base que l’AFD a eu l’idée de développer le produit SUNREF.
 

“Il est clair que vu l’importance des investissements, il faut que les pays attirent des capitaux privés. Des capitaux nationaux qui peuvent investir dans des projets de petite capacité, notamment l’énergie renouvelable, ou des capitaux plus importants qu’on ne trouve évidemment qu’à l’étranger.”

Olivier Pezet, Directeur de l'Agence française de Développement (AFD), Dakar


Aviez-vous rencontré des difficultés particulières dans cette première opération ?
 
La difficulté a été de déclencher les choses, de communiquer, de sensibiliser les entreprises.

Donc, on peut considérer que ça a démarré lentement.

Et puis, les choses se sont accélérées quand les entreprises ont compris l’intérêt pour elles-mêmes, puisqu’il ne s’agit pas seulement d’investir pour l’environnement ; elles ont compris que c’était un investissement de compétitivité pour elles.

Et puis, nous avons eu le concours du programme de mise à niveau des entreprises du Sénégal qui se trouve être aussi un programme que nous soutenons séparément et avec lequel nous travaillons depuis presque une dizaine d’années pour, comme son nom l’indique, mettre à niveau les entreprises dans leur capacité à se projeter notamment sur le marché international.

C’est là qu’on voit toute la logique.

Dans cette mise à niveau de compétitivité, la dimension efficacité énergétique a été très souvent prise en compte.

 
Quels sont les critères qui vous permettront de sélectionner les projets qui bénéficieront de votre financement dans le cadre du programme SUNREF ?
 
Il y a plusieurs types de critères.

D’abord un critère géographique : SUNREF s’adresse à tous les porteurs de projet de la zone UEMOA (Union économique et monétaire ouest-africaine, NDLR).

Ensuite un critère technique qui porte sur les caractéristiques du projet.

Pour les projets d’efficacité énergétique, il faut, pour être éligible, que les investissements permettent de conduire à des réductions de consommation d’énergie d’au moins 20%.

Et pour les projets en termes d’énergie renouvelable, il faut que la capacité totale installée soit inférieure à 10 mégawatts.

Le dernier critère porte sur la nature des bénéficiaires qui peuvent être des entreprises industrielles, mais aussi des particuliers.

Par exemple, on peut financer à travers le programme SUNREF des projets d’installation de panneaux solaires pour des logements de particuliers.

 
Vous parlez de l’ensemble de la zone UEMOA ; pourtant, les documents indiquent que cinq pays seulement sont concernés, notamment le Bénin, le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire, le Togo et le Sénégal…
 
Pour l’instant effectivement, nous avons annoncé le démarrage dans cinq pays qui avaient été identifiés comme les pays porteurs de projets potentiels.

C’était sur la base d’une étude de marché qui a été faite au moment du montage du projet.

Mais, les banques partenaires peuvent nous proposer des projets dans tous les pays de la zone UEMOA sans exception ; c’est-à-dire au-delà des cinq pays qui ont été mentionnés.

 
Quels résultats espérez-vous au terme de ce programme ?
 
Le programme est prévu pour une durée de trois ans et nous comptons sur sa capacité à créer un environnement et une culture de gestion et de maîtrise de l’énergie au niveau de tous les acteurs susceptibles d’être impliqués dans ce domaine.

Il s’agit à la fois de développer un secteur du conseil sur ces sujets pour mieux accompagner les entreprises qui souhaitent investir dans l’efficacité énergétique ou les énergies renouvelable, créer aussi une culture au sein des banques, donc auprès des acteurs bancaires ; puisque le projet accompagne également les banques partenaires du projet en formation pour que les chargés de clientèle de ces banques puissent mieux évaluer les projets d’investissement dans le domaine de l’efficacité énergétique et des énergies renouvelables.

On recherche aussi plus globalement une sensibilisation du secteur privé pour montrer par l’exemple les gains qui peuvent être espérés en termes de compétitivité, montrer qu’il y a un retour sur investissement dans ce type de projets ; que les investissements en matière énergétique peuvent aussi permettre à l’entreprise d’améliorer ses performances et de produire mieux et à des coûts moindres.

 
Au-delà du programme SUNREF, quelles solutions préconise l’AFD pour l’atteinte rapide d’un équilibre entre l’offre et la demande en énergie électrique en Afrique ?
 
Je ne suis pas certain qu’on ait toutes les solutions ; mais, nous travaillons beaucoup dans ce secteur depuis longtemps avec d’autres bailleurs de fonds.

Je crois qu’en premier lieu, il faut agir sur la qualité de la maintenance.

On s’aperçoit que certaines crises auraient pu être évitées si le parc installé était productif selon ses capacités nominales.

Deuxièmement, il faut investir dans de nouvelles capacités.

Il est clair que vu l’importance des investissements, il faut que les pays attirent des capitaux privés.

Des capitaux nationaux qui peuvent investir dans des projets de petite capacité, notamment l’énergie renouvelable, ou des capitaux plus importants qu’on ne trouve évidemment qu’à l’étranger.

Donc, il faut un cadre d’investissement qui mobilise autant les investisseurs nationaux qu’internationaux.

On croit aussi beaucoup à des approches régionales. D’abord sur la capacité, elles sont souvent beaucoup plus rationnelles.

Il s’agit, dans une zone géographique donnée, (et c’est très sensible dans le cas du Sénégal), de regarder où sont les meilleures sources d’énergie.

C’est peut-être chez le voisin ! Et c’est le cas ici, par exemple. Il y a du gaz en Mauritanie, il y a de grandes capacités hydrauliques en Guinée, un peu moins au Mali.

C’est ce que font ces pays et nous les encourageons beaucoup et nous participons au financement de ces opérations.

Il est d’un grand intérêt de développer des politiques régionales dans ce domaine d’autant plus qu’investir dans une nouvelle centrale électrique, c’est un investissement considérable.

A plusieurs pays, c’est plus facile que tout seul, et puis, ça crée des marches d’escalier pour lesquels un seul pays n’a pas tout de suite la consommation.

Donc, partager cette électricité à plusieurs est sans doute une bonne chose et ça veut dire aussi financer l’interconnexion électrique.

Là aussi, nous sommes actuellement investis auprès du Sénégal dans la construction d’une ligne d’interconnexion avec la Mauritanie et nous allons également financer cette année, via notre bailleur de fonds, l’interconnexion sur le réseau de l’Organisation pour la mise en valeur du fleuve Gambie (OMVG) auquel participent la Guinée, le Mali et le Sénégal.

 
Vous mettez aussi à disposition une autre ligne de crédit sur la dépollution de la baie de Hann. De quoi s’agit-il ?
 
La première ligne de crédit expérimentale dont on a parlé tout à l’heure couvrait l’énergie, la gestion des déchets et la dépollution.

Pour des raisons techniques, SUNREF se concentre sur l’efficacité énergétique.

Mais, nous avons aussi constaté qu’il y avait une demande pour la gestion des déchets et la dépollution ; et que là encore, l’on est dans une problématique d’importance pour laquelle il faut faciliter l’investissement des entreprises.

Donc, à côté de SUNREF, nous avons ajouté une autre facilité de 3,5 milliards de FCFA qui pourra continuer d’accueillir des projets d’investissements dans la gestion des déchets et la dépollution.

Sachant que nous finançons aussi à Dakar un ambitieux projet dit de la dépollution de la baie de Hann qui est à une quinzaine de kilomètres au sud du port de Dakar.

Elle est longée par une grande zone industrielle et est aujourd’hui très polluée alors qu’elle était autrefois une merveille balnéaire.

Donc, l’idée, c’est évidemment que cette ligne pour la dépollution s’adresse prioritairement aux industries de la baie de Hann pour accompagner cette opération de dépollution et d’assainissement.


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