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Un éleveur africain en train de traire une vache
  • Elevage : une variété de fourrage pour produire plus de lait

Un éleveur africain en train de traire une vache
Crédit image: CIAT

Lecture rapide

  • Le bétail, nourri à l’herbe brachiaria, a une production de lait accrue de 40 %

  • Cette herbe, originaire d’Afrique est déjà largement utilisée en Amérique latine

  • Son utilisation sur le continent peut augmenter les revenus des petits exploitants

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Des chercheurs du Centre international pour l’agriculture tropicale (CIAT) viennent de publier les résultats d’une étude qui montre que l’utilisation d’une variété améliorée de brachiaria comme fourrage peut permettre aux bêtes de produire plus de lait, générant ainsi davantage de revenus pour les éleveurs d’Afrique de l’est.
 
Selon An Notenbaert, experte du CIAT, basée à Nairobi, la brachiaria est une herbe de pâturage originaire d'Afrique, mais qui est actuellement peu utilisée du fait d’une absence de sensibilisation.
 
L’étude, publiée ce mercredi, 2 novembre 2016, a été réalisée dans six pays d’Afrique, à savoir le Kenya, la Tanzanie, l’Ethiopie, l’Ouganda, le Rwanda, et le Burundi.

“Une meilleure herbe de pâturage peut faire passer nos producteurs laitiers d'une situation de perdant-perdant à une situation de gagnant-gagnant; et d’une production médiocre avec des émissions élevées à une production forte avec des émissions faibles”

Solomon Mwendia
Chercheur au CIAT, Nairobi (Kenya)

 
 Ses résultats indiquent que cette variété améliorée de brachiaria se distingue par son haut rendement, son caractère plus nutritif et sa digestion plus facile pour les bêtes, qui, dès lors, émettent beaucoup moins de gaz à effet de serre par litre de lait produit.
 
"La beauté de ces nouvelles graminées de brachiaria est qu'elles permettent aux éleveurs d'augmenter leur production de viande et de lait tout en réduisant les émissions de méthane qui contribuent au réchauffement climatique", déclare Solomon Mwendia, spécialiste du fourrage au CIAT à Nairobi (Kenya) et co-auteur de l’étude.
 
Au total, les chercheurs estiment que l’utilisation de cette herbe comme fourrage peut entrainer une augmentation de la production de lait chez les vaches de l’ordre de 40% et générer par ricochet plusieurs millions de dollars de revenus supplémentaires.
 
En outre, ses racines profondes permettent de lutter contre l’érosion tout en aidant à capturer le carbone et à le stocker dans le sol, précise le communiqué de presse produit par le CIAT à l’occasion de la publication des résultats de cette étude.
 
Ainsi, relève Steven Prager, l’un des auteurs de l’étude, "notre recherche montre que les graminées de brachiaria pourraient être la pierre angulaire de systèmes d'élevage plus productifs et résilients à même de fournir rapidement plus de lait et d'argent pour les petits producteurs laitiers".
 
Cette étude vient ainsi apporter une réponse aux conditions difficiles dans lesquelles opèrent actuellement les petits éleveurs d’Afrique en général.
 
Défi
 
An Notenbaert a remarqué en effet que pour les producteurs d’Afrique de l’est en par exemple, "disposer d’aliments et de fourrage toute l’année reste un défi, en particulier durant les mois secs"
 
"Dans de nombreux domaines, ajoute-t-elle, nous constatons une réduction de la taille des exploitations agricoles et de moins en moins de pâturages communaux".
 
A l’en croire, les petits exploitants de ces pays élèvent entre 1 à 5 vaches et cultivent habituellement un demi-hectare (ha) au Kenya et au Rwanda, 0,7 ha en Ouganda et 0,9 ha en Tanzanie.
 
"Il est donc nécessaire que les agriculteurs augmentent leur production. Parallèlement, il existe une demande importante et croissante pour les produits d'élevage, y compris les produits laitiers. Ces facteurs poussent les éleveurs à planter des fourrages de haute qualité pour leurs animaux", conclut-elle.
 
D’où la conclusion de Solomon Mwendia qui pense que "une meilleure herbe de pâturage peut faire passer nos producteurs laitiers d'une situation de perdant-perdant à une situation de gagnant-gagnant; et d’une production médiocre avec des émissions élevées à une production forte avec des émissions faibles".
 
Compte tenu de ces conditions, An Notenbaert est convaincue que la brachiaria représente une alternative à l’herbe de Napier sue les agriculteurs utilisent actuellement ; mais qui est sensible à plusieurs maladies.
 
Brachiaria 3
 
 
Et Steven Prager ne doute pas que les agriculteurs africains adopteront bientôt cette nouvelle variété de brachiaria dans leur élevage.
 
"Les agriculteurs ont tendance à être objectifs ; et étant donné les preuves suffisantes concernant le potentiel de retour sur investissement d'une nouvelle graine ou d'une nouvelle pratique, beaucoup sont prêts à les essayer", rassure-t-il, s’appuyant sur le fait que la brachiaria est actuellement le fourrage le plus largement utilisé dans le monde, avec des semences déjà commercialisées dans des pays comme le Brésil.
 
Mais, il reconnaît au passage que " les décisions concernant l'adoption d’une technologie peuvent varier selon la région, le sexe de l'agriculteur, la taille du système, ce que font les autres dans la région, etc."
 
Au passage, tous ces chercheurs minimisent les éventuels conflits qui peuvent exister entre la brachiaria et les autres cultures.
 
"Les problèmes qui viendraient avec brachiaria sont plus ou moins équivalents à ceux qui viendraient avec d'autres cultures. Dans certains cas, brachiaria peut être un meilleur pari", indique Steven Prager.
 
"Les graminées de brachiaria sont indigènes en Afrique ; donc aucun dommage n'est attendu aux cultures en soi. Elles pourraient être une mauvaise herbe si elles ne sont pas bien gérées ; mais cela s'applique à beaucoup de plantes", ajoute An Notenbaert.
 
Ravageurs
  
Pour cette dernière, " si la brachiaria est semée comme compagnon des cultures comme le maïs ou le sorgho, elle pourrait attirer certains ravageurs qui auraient autrement utilisé la culture comme alimentation".
 
Quant à lui, Debisi Araba, directeur régional du CIAT pour l’Afrique, analyse les résultats de l’étude d’une façon plus réaliste : "la plupart des agriculteurs ont peu de ressources ; il est compréhensible qu'ils fassent constamment des compromis sur ce qui leur apportera le plus de revenus dans leur ferme", dit-il.
 
"Mais, poursuit-il, il existe des façons de cultiver les graminées de pâturage sans déplacer la production végétale, et l'investissement dans les fourrages peut mettre beaucoup plus d'argent dans leurs poches".
 
Les travaux réalisés par le CIAT rejoignent dans une certaine mesure le GLEAM-i, cet outil développé par l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et mis à la disposition du public en août 2016 pour évaluer l’emprunte carbone du bétail tout en améliorant les rendements des unités d’élevage.

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