Rapprocher la science et le développement

  • Pretoria doit pousser plus de femmes à poursuivre des études scientfiques

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Si une politique visant à encourager les femmes diplômées en Afrique du Sud a fait ses preuves, il faut désormais soutenir les femmes scientifiques, selon la ministre des sciences, Naledi Pandor.

La politique sud-africaine consistant à encourager l'accès aux établissements d'enseignement supérieur a réussi à attirer la première génération d'étudiantes noires. En un peu plus d'une décennie, elle a conduit à une remarquable inversion des sexes : en 1995 il y avait plus de diplômés hommes que femmes ; en 2008, les femmes étaient plus nombreuses.

Pourtant, les femmes ont tendance à étudier les sciences sociales, les lettres, les sciences humaines et les arts. Pour rétablir cet équilibre, quand j'étais ministre de l'éducation entre 2004 et 2009, nous avons affecté des fonds au financement des universités dans le but d'encourager les femmes à s'inscrire dans les filières des sciences physiques et naturelles, en particulier l'ingénierie.

Aujourd'hui, le nombre de femmes médecins est bien supérieur à celui de femmes ingénieures. L'Afrique du Sud compte quelque 35.000 ingénieurs, dont seulement 3.000 sont des femmes. Sur les 32.000 médecins inscrits, 6.000 sont des femmes.

Pour parvenir à l'égalité entre les sexes dans le domaine des sciences, et pour aider les femmes à réaliser leur potentiel, nous devons d'abord comprendre pourquoi les femmes sont sous-représentées dans la plupart des disciplines scientifiques.

Les obstacles à l'égalité

Trois obstacles à l'égalité occupent une place importante en Afrique du Sud. D'abord, l'héritage de l'éducation de l'apartheid (dite 'éducation bantoue'), sous lequel on n'enseignait pas aux Noirs les mathématiques et les sciences nécessaires pour les études postscolaires.

Cette situation a changé à la fin des années 1990, mais aujourd'hui encore, les élèves sud-africains obtiennent de mauvaises notes en mathématiques et en sciences, selon le Programme international pour le suivi des acquis des élèves, de l'OCDE -- une indication des difficultés de surmonter l'héritage de l'éducation bantoue.

Deuxième obstacle : le fait que les mathématiques et la majorité des matières scientifiques sont considérées comme inappropriées pour les filles. L'exclusion des jeunes filles commence à l'école primaire, quand on montre aux écoliers des images qui perpétuent les stéréotypes selon le sexe et véhiculent le message selon lequel la science et la technologie ne sont pas faites pour les filles.

Les images utilisées comme matériel pédagogique représentent des femmes exécutant des tâches domestiques ou comme simples observatrices, alors que les hommes effectuent des tâches liées à la technologie, telles que la réparation des véhicules, le câblage, le remplacement des ampoules et ainsi de suite.

Quand les filles s'intéressent vraiment aux sciences, les enseignants et conseillers pédagogiques les découragent souvent activement d'étudier ces matières à l'école. Les chercheurs en éducation ont constaté que les conseillers font comprendre aux filles que les mathématiques et les sciences sont des matières difficiles, et que les arts et les lettres et sciences humaines, tels que la littérature et l'histoire, peuvent être de meilleurs choix.

Enfin, les études examinant la pédagogie enseignée dans les salles de classe d'écoles mixtes suggèrent que les enseignants font preuve de discrimination. Ils suggèrent que les enseignants encouragent les garçons à s'intéresser aux sciences en les autorisant à poser plus de questions, tout en ignorant les filles, en leur donnant des réponses inappropriées ou en leur reprochant de petites erreurs.

Ceci contraste avec les témoignages provenant des écoles de filles où ces dernières sont encouragées et ont de bien meilleurs résultats dans les matières scientifiques.

Encourager l'accès

L'implication limitée des filles dans les matières scientifiques à l'école signifie que peu de femmes poursuive des études scientifiques, technologiques ou d'ingénierie aux niveaux de l'enseignement supérieur.

Il est indispensable que l'Afrique du Sud, comme d'autres pays, fasse plus pour favoriser l'accès des femmes aux connaissances scientifiques. Les sciences et l'ingénierie sont essentielles pour l'innovation et la croissance économique, et pour relever les défis de développement auxquels sont confrontées bon nombre des communautés les plus vulnérables du monde.

Au cours de ces dix dernières années, les dirigeants dans l'enseignement supérieur ont commencé à jouer un rôle beaucoup plus proactif en encourageant les femmes à faire carrière dans les sciences.

Certaines interventions pratiques sont déjà effectuées en Afrique du Sud : la fourniture de subventions d'équipement et de financements spéciaux pour les conférences ; des ateliers dans les domaines de la publication et des aptitudes à écrire ; des subventions postdoctorales et des bourses de recherche pour les femmes; des concessions spéciales pour les congés d'études (y compris les remplacement pour les cours), et une communication institutionnelle active sur les possibilités de recherche pour les femmes.

Bon nombre de ces instruments de financement ont un quota pour les femmes scientifiques. Mais attirer et retenir les étudiants demeure une tâche difficile lorsque les niveaux de financement soutiennent mal la comparaison avec les salaires offerts dans le secteur privé.

Célébrer les succès

Le fait de mettre l'accent sur les succès des femmes scientifiques est une autre façon d'encourager et d'inciter les jeunes femmes à embrasser des carrières dans les sciences physiques et naturelles.

Chaque année, je suis heureuse de prendre la parole lors des réunions de  South African Women in Engineering (Femmes d'Afrique du Sud en génierie ou SAWomEng), Women in IT (Femmes dans les TI), HERS-SA (un réseau consacré à la promotion des femmes dans l'enseignement supérieur), National Science and Technology Forum Awards (Prix du Forum national scientifique et technologique) et Women in Science Awards (Prix Femmes dans les Sciences).

Ces prix mettent en valeur les femmes scientifiques qui ont excellé dans leurs domaines. D'autres initiatives du secteur privé encouragent également les jeunes filles à se lancer dans une carrière scientifique. Le 'Take a Girl Child to Work Day' (Journée pour montrer son travail à une enfant) de la société de téléphonie mobile Cell C est un bon exemple, un événement annuel à l'occasion duquel les jeunes filles peuvent se renseigner sur les entreprises participant au projet.

La parité numérique prendra de nombreuses années pour se concrétiser. Mais, pour citer Tebello Nyokong, chercheur sur le cancer à l'Université de Rhodes, en Afrique du Sud, "chaque petite chose réalisee étant un progrès par rapport à ce avec quoi vous avez commencé, chaque réalisation se doit d'être célébrée".

Cet article fait partie d'un nouveau Dossier spécial sur Stratégies pour surmonter les barrières de genre en science.

Naledi Pandor est la ministre sud-africaine de la science et de la technologie.

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