Rapprocher la science et le développement

L’exemple qui vient du Nigeria en matière de sciences
  • L’exemple qui vient du Nigeria en matière de sciences

Crédit image: SciDev.Net

Lecture rapide

  • Le Nigeria veut rendre gratuites les études dans les filières science et technologie

  • Il est dans l’intérêt des autres pays du continent de suivre cet exemple

  • La recherche scientifique est la solution pour sortir l’Afrique du sous-développement

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Le chef de l’Etat nigérian, Muhammadu Buhari, a annoncé le 22 décembre dernier à l’occasion de son discours au parlement sur le budget 2016 que son gouvernement travaillait avec des partenaires en vue de la mise en place d’un programme devant conduire à la gratuité de la formation pour les étudiants inscrits dans les filières science, technologie et éducation de l’enseignement supérieur.
 
Sur le site internet du journal nigérian Vanguard, l’information a été abondamment commentée par les internautes nigérians. Chacun y allant de son analyse. Pour les uns, l’initiative est salutaire tandis que pour les autres, c’est une mesure discriminatoire qui risque d’entraîner beaucoup d’actes de corruption au moment de la sélection des étudiants admis à s’inscrire dans les filières concernées.
 
En revanche, cette information n’a pas fait grand bruit dans les pays francophones d’Afrique. Par exemple, sur les forums camerounais, un internaute dont les posts sont souvent abondamment commentés, partagés et "likés" a publié cet article et n’a recueilli à ce jour qu’un seul commentaire et moins de vingt (20) partages et "like" au total.
 
En outre, une recherche sur internet montre qu’il n’y a presque pas de journaux ou sites internet francophones qui aient repris une telle information ; bien que celle-ci mérite d’être largement diffusée pour servir d’exemple dans les autres pays du continent.
 
Qu’elle soit comprise ou non, et sous réserve de la manière dont seront sélectionnés les candidats à une inscription dans ces filières, la décision du gouvernement nigérian est on ne peut plus louable et doit sonner comme un appel à une prise de conscience sur tout le continent en faveur d’une révolution scientifique en vue de booster le développement de l’Afrique.

“Il importe que de plus en plus d’Africains soient formés dans les disciplines scientifiques pour constituer prochainement une masse critique à même d’inverser la tendance actuelle qui veut que les découvertes, inventions et innovations scientifiques viennent (presque) toujours d’ailleurs”

Julien Chongwang

 
Car, il faut le dire, les secteurs de la science, de la recherche et tes technologies continuent obstinément d’être les parents pauvres des programmes de développement  et des politiques publiques des pays d’Afrique, et en particulier ceux d’Afrique francophone.
 
Au Cameroun par exemple, la loi de finances 2016 qui vient d’entrer en vigueur ne consacre que 12,837 milliards de FCFA au ministère de la Recherche scientifique et de l’innovation. Non seulement cette enveloppe est en baisse de 7,29% par rapport à celle de l’exercice 2015, mais surtout, elle ne représente que 0,3% du budget total du pays pour l’année 2016. Et en entrant dans le détail de l’usage de ces fonds, l’on constate aisément qu’aucune ligne n’indique un quelconque appui aux institutions de recherche pour par exemple les rendre plus efficaces et plus compétitives.
 
Panacée

Au Bénin, les candidats à la prochaine élection présidentielle rivalisent actuellement d’arguments pour séduire les électeurs ; mais, aucun d’entre eux n’évoque le thème de la recherche scientifique. Il y a quelques semaines, l’on avait assisté au même scénario au Burkina Faso à l’occasion de l’élection présidentielle qui a sanctionné la fin de la transition, portant Roch Marc Christian Kaboré à la tête du pays. Pas d’allusion non plus à la question de la recherche scientifique.
 
Dans un tel contexte général en Afrique francophone, l'Ile Maurice dont la nouvelle présidente, le chercheur Ameenah Gurib-Fakim,  a promis, après son élection en 2015, de promouvoir la diplomatie scientifique, et Madagascar dont le président, Hery Rajaonarimampianina, avait promis, début 2015, d’attribuer au secteur de la recherche sa vraie place, font partie des Etats privilégiés sur un continent qui tarde à se rendre à l’évidence qu’elle a impérativement besoin de la recherche scientifique pour sortir ses populations de la pauvreté, de la faim et du sous-développement.
 
Seule la recherche scientifique permettra en effet de trouver de nouvelles variétés de semences ou de cultures pouvant produire abondamment de vivres pour nourrir la population croissante, nonobstant les rudes conditions qu’imposent désormais les changements climatiques.
 
Seule la recherche scientifique permettra de mettre au point des remèdes ou des vaccins contre les multiples maladies qui déciment les populations du continent africain, le privant ainsi d'une bonne partie de sa force de travail et de production.
 
Seule la recherche scientifique permettra aux Africains de construire des machines pouvant aider à l’exploitation et à la transformation des énormes potentialités de leur continent.
 
Bref, la recherche scientifique se pose aujourd’hui comme la panacée pour un continent où, manifestement, tout reste à faire ; tant du point de vue de l’industrialisation et des infrastructures que de celui de la formation des citoyens et de celui de la lutte contre les fléaux tels que la faim et les maladies.
 
Il importe dès lors que de plus en plus d’Africains soient formés dans les disciplines scientifiques pour constituer prochainement une masse critique à même d’inverser la tendance actuelle qui veut que les découvertes, inventions et innovations scientifiques viennent (presque) toujours d’ailleurs ; avec souvent une nette difficulté d’adaptation aux réalités africaines.
 
Il est donc vivement attendu que l’intention exprimée par le chef de l’Etat nigérian finisse par se matérialiser concrètement et  qu’elle ait un effet d’entraînement sur tous les pays du continent qui marginalisent encore la science dans leurs politiques publiques.


Julien Chongwang est journaliste, rédacteur en chef adjoint de l'édition française pour l'Afrique subsaharienne de SciDev.Net.
 
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