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Quelle place pour les sciences fondamentales en Afrique ?
  • Quelle place pour les sciences fondamentales en Afrique ?

Crédit image: SciDev.Net / Julien Chongwang

Lecture rapide

  • Il y a complémentarité entre recherche fondamentale et recherche appliquée

  • Pour les uns, il n’y a pas de préséance entre les deux branches qui ont chacune leur place

  • Pour d’autres, il faut privilégier la recherche appliquée qui résout des problèmes concrets

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A la faveur du Next Einstein Forum qui se tient depuis le mardi, 8 mars 2016 à Dakar (Sénégal), une session de discussions a porté sur la question de "la recherche fondamentale et ses développements en Afrique".
 
Les panelistes et les participants ont très rapidement montré leurs divergences sur la question de savoir s’il faut privilégier en Afrique la recherche fondamentale ou la recherche appliquée.
 
En guise de définition, le Sénégalais Adams Tidjani, enseignant de physique nucléaire et de physico-chimie des polymères à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (UCAD) au Sénégal, indique que "la recherche fondamentale est perçue comme la recherche pour la recherche ; et les populations pensent que ses résultats ne peuvent pas être appliquées ; par opposition à la recherche appliquée dont les résultats sont directement applicables" pour résoudre les problèmes du quotidien.
 
A ce propos, Hallowed Olaoluwa, maître de conférences à l’université de Lagos et chercheur postdoctoral à l’université de Harvard aux Etats-Unis, estime qu’"il ne faut pas penser qu’il y a une frontière entre les deux ; il faut plutôt un pont entre les deux".
 
Au passage, il attire l’attention sur le fait que "dans le passé, les mathématiciens étaient bien des philosophes"…

“A un moment donné, vous vous demandez quel est l’impact qu’ont vos recherches sur l’amélioration des conditions de vie des populations qui vous entourent. Et à ce moment-là, vous vous dites qu’il faudrait que les résultats de vos recherches soient transformés en innovations.”

Adams Tidjani
Université Cheikh Anta Diop, Dakar (Sénégal)

 
Cependant, "les chercheurs ne doivent pas nécessairement changer d’activité sous la pression sociale", conclut-il pour dire que les chercheurs qui se consacrent à la recherche fondamentale n’ont pas nécessairement besoin de passer à la recherche appliquée.
 
Adams Tidjani partage l’idée de la complémentarité des deux branches qui ressort du raisonnement de son vis-à-vis.
 
Et il renchérit en disant que "vous avez des résultats de la recherche fondamentale qui sont utilisés dans les applications".
 
Mais, pour le reste, il se démarque nettement de son vis-à-vis en soutenant l’idée qu’il faut accorder en Afrique une certaine priorité à la recherche appliquée.
 
"J’ai fait beaucoup de recherches fondamentales dans ma carrière. Mais, à un moment donné, vous vous demandez quel est l’impact qu’ont vos recherches sur l’amélioration des conditions de vie des populations qui vous entourent", explique-t-il.
 
"Et à ce moment-là, vous vous dites qu’il faudrait que les résultats de vos recherches soient transformés en innovations. Ce sont celles-ci qui permettent de créer des entreprises qui, à leur tour, permettent de créer des emplois", poursuit-il, prenant à témoin son expérience personnelle.
 
En effet, après avoir fait des études postdoctorales sur la biodégradation des plastiques en Belgique et sur la nanotechnologie aux Etats-Unis, il applique aujourd’hui les résultats de ces recherches dans des villages du Sénégal pour fabriquer du biocharbon.
 
Limitant ainsi le recours au bois pour la cuisson dans les ménages ; contribuant également à la lutte contre les changements climatiques tout en réduisant en même temps l’exposition des ménagères aux gaz toxiques émis par le charbon de bois.
 
Accentuer la formation

Face à ce débat la Nigériane Francisca Nneka Okeke et le Sénégalais Joseph Ben Geloun pensent qu’il va falloir couper la poire en deux.
 
La première qui enseigne la physique à l’université de Nsukka (Nigéria) invite tout le monde à ne pas perdre de vue le fait que "toutes les découvertes ont émergé à partir des recherches fondamentales".
 
Quant au second qui est chercheur à l’université de Postdam (Allemagne), il pense que ce débat a tendance à se poser en Afrique simplement parce qu’il n’y existe pas encore suffisamment de chercheurs de haut niveau.
 
"Il nous faut accentuer la formation afin d’avoir le maximum de chercheurs possible et laisser les choses aller d’elles-mêmes ; car, chacun a un rôle", dit-il.
 
Mais, Adams Tidjani reste convaincu que les chercheurs doivent "aller au-delà de leurs travaux académiques pour apporter des solutions concrètes aux problèmes des communautés dans lesquelles ils vivent".
 
Pascal Diouga Ndioye, un étudiant en physique qui a suivi ce débat n’est pas reparti bredouille ; et il a sa petite idée : " dans toutes les sciences, dit-il, la théorie ne peut pas aller sans les applications et les applications ne peuvent pas exister sans la théorie. Elles sont toutes liées. En physique par exemple, pour qu’une chose soit reconnue, il faut que l’expérience et la théorie aillent ensemble".
 
"Certes, nous avons beaucoup de problèmes dans les domaines de la santé, de l’énergie, etc. Mais, si nous négligeons la recherche pour résoudre ces problèmes, d’ici 20 ans, nous serons toujours en retard et il sera très difficile de rattraper ce retard", ajoute-t-il.
 
Et il conclut : "il faut cumuler les deux et laisser ceux qui veulent faire de la recherche fondamentale faire la recherche fondamentale, et laisser ceux qui veulent faire des applications les faire. Il y a de la place pour tout le monde et il faut juste donner une bonne éducation aux jeunes et les encourager dans les filières où ils se sentent le plus à l’aise."
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