Rapprocher la science et le développement

  • L'Ouganda doit revoir sa décision de renoncer aux financements de la BM

En Ouganda, lInitiative du Millnaire pour la Science a permis le lancement de projets dune diversit remarquable. Le gouvernement a tort dy mettre un terme.

Depuis cinq ans, un vent de changement souffle sur la science ougandaise. Financs principalement par un prt de US$ 30 millions vers par la Banque mondiale dans le cadre de lInitiative du Millnaire pour la Science (MSI), un grand nombre de projets sont venus renforcer les capacits du pays dans les technologies, lagriculture , et lindustrie pour rpondre ses besoins de dveloppement.

Ces projets sont dune diversit remarquable: de la recherche sur les mthodes dlevage de la perche du Nil la transformation de la banane (deux importantes sources de protines), du dveloppement dun vaccin contre le paludisme la rnovation des installations de recherche industrielle, du financement de groupes de recherche au sein des universits la prise en charge dtudiants de niveau doctoral et des enseignements de premier cycle.

Hls, cette nouvelle dynamique est aujourdhui menace. Selon le projet de budget 2012 propos par le gouvernement et adopt par le parlement au mois de juin dernier, lOuganda nentend pas demander des financements supplmentaires quand la phase actuelle du programme arrivera terme la fin de cette anne - et ce malgr les appels de la Banque mondiale.

Les raisons avances par le gouvernement pour expliquer cette dcision sont certes justifies. Il dit vouloir viter toute dpendance lgard des bailleurs de fonds internationaux pour le financement de projets relevant des responsabilits rgaliennes de lEtat.

Or, en labsence de signes concrets sur la disponibilit future dun financement interne, la communaut scientifique ougandaise craint que cette dcision ne soit le reflet dune nouvelle apathie de leur pays lgard de la science, et que les activits de recherche en cours ne perdent cette inestimable source de financement.

Un tel vnement serait dsastreux pour le pays un moment o plusieurs de ses voisins, comme le Rwanda et la Tanzanie, avancent dans le sens contraire, prts tirer les avantages conomiques et sociaux de lessor de lconomie du savoir.

Un rve devenu ralit

Lannonce en 2006 du prt de la Banque mondiale, auquel le gouvernement ougandais a ensuite ajout US$ 3,3 millions, a marqu le dbut dune nouvelle approche radicale de financement de la science travers le MSI.

Prcdemment, les prts du MSI, en particulier ceux accords au Chili et dautres pays dAmrique latine, avaient pour objectif de former un noyau de scientifiques principalement grce ltablissement de centres dexcellence en matire de recherches. Lobjectif tant de voir ces centres impacter plus largement sur dautres activits scientifiques, par exemple, en freinant la fuite des cerveaux.

Le prt MSI accord lOuganda adopte une approche diffrente. Il a t conu pour soutenir tous les aspects du systme national dinnovation, de la formation la recherche en passant par lappui aux mcanismes de ceommercialisation des rsultats de la recherche, en rnovant par exemple hauteur de US$ 4 millions lInstitut ougandais de recherche industrielle (UIRI).

Cette approche fut soutenue la fois au sein de la communaut ougandaise de la recherche et en dehors (bnficiant en outre, au moins dans sa phase initiale, de lappui du Prsident Museveni lui-mme). Parlant des effets du financement de la rnovation de lUIRI par les soins du MSI, son directeur excutif, Charles Kwesiga, la qualifi de rve devenu ralit. [1]

Consternation

Naturellement, la communaut scientifique ougandaise a exprim sa consternation suite la dcision du gouvernement de ne pas solliciter le renouvellement de ces financements.

Le Conseil national ougandais pour les sciences et la technologie (UNCST), lorgane public charg de la gestion de ces fonds, fait contre mauvaise fortune bon cur, en dclarant que cette dcision nest pas ncessairement le reflet dun choix de rduire le financement de la science mais simplement une dcision politique sur la provenance des fonds.

Dautres se sont montrs moins diplomates. Dans un article publi lan dernier dans le Daily Monitor, le plus grand quotidien ougandais, Thomas Egwang, directeur de Med Biotech Laboratories Kampala et bnficiaire de subventions du MSI pour son travail sur un potentiel vaccin contre le paludisme, a mis en garde les effets de cette dcision imminente.

Selon Egwang, lattitude du gouvernement envers la science est le reflet de lapathie du Ministre des finances, organisme qui exerce un contrle direct sur le budget scientifique en labsence dun ministre de la science.

Tout en appelant la cration dun ministre la science et de la technologie, il estime que la situation actuelle sonne glas de la science en Ouganda.

Un gaspillage tragique

Il serait certainement tragique pour le dveloppement du pays si lon assistait sans ragir lanantissement des progrs enregistrs depuis quelques annes grce au MSI.

Par le pass, certains projets financs par la Banque mondiale, comme les grands barrages, ont t critiqus pour leur impact sur les communauts locales et la destruction des habitats sans pour autant rpondre aux besoins locaux ni tenir leurs promesses.

Linitiative MSI en Ouganda est diffrente. Ds le dpart, ses concepteurs et les personnes charges de son excution ont tout fait pour sassurer que la satisfaction des besoins locaux soit inscrite au cur de toutes les activits finances. Les rapports intermdiaires dresss au cours des cinq dernires annes indiquent que le programme a atteint ses objectifs, un rythme certes un peu plus lent que prvu.

Parmi les projets ayant remport des succs, on compte une enqute sur les causes de la striure brune du manioc - dont lagent est un virus entranant la rouille des racines et engendrant des pertes denviron US$ 100 millions de dollars chaque anne en Afrique centrale, ainsi quun programme dappui aux rseaux communautaires sans fil bass dans les tlcentres des villes et des zones rurales.

Le MSI est galement la preuve du bien-fond dune stratgie globale de financement dappui la recherche et ses applications, par rapport une stratgie axe sur le financement de projets isols sans tenir compte de la ncessit de dvelopper les marchs pour la commercialisation de leurs rsultats.

Les personnes qui suivent les projets scientifiques en Afrique relvent que sur ce continent, il existe de nombreux exemples dinitiatives finances par les bailleurs de fonds qui ont chou cause de labsence dun financement rgulier une fois les fonds initiaux apports par les bailleurs de fonds puiss.

Dans le cas de linitiative MSI ougandaise, ce nest pas (pour une fois)largent qui pose problme, mais labsence de volont politique. Le gouvernement devrait revenir sur sa dcision, dans lintrt du pays et de son avenir, avant lpuisement des financements MSI la fin de cette anne.

David Dickson
Editorialiste, SciDev.Net

Références

[1] MSI: Uganda Industrial Research Institute (UIRI) (Science Initiative Group, 2010)

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