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La riposte à l'Ebola a mobilisé toute la population des pays touchés
  • Le virus Ebola reste au moins 9 mois chez le patient guéri

La riposte à l'Ebola a mobilisé toute la population des pays touchés
Crédit image: Flickr/unicefguinea

Lecture rapide

  • La quantité de virus dans le sperme diminue constamment et disparaît après 12 mois

  • Cependant, le virus n’a pas été mis en évidence dans les sécrétions de la femme guérie

  • L’étude confirme aussi l’existence de séquelles ophtalmologiques et rhumatologiques

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Une nouvelle étude confirme la persistance du virus Ebola dans le sperme des hommes qui ont survécu à la maladie.
 
Menée en Guinée et publiée le 3 mai 2016 dans le New England Journal of Medecine, cette étude montre que le virus Ebola peut persister jusqu’à neuf mois après la guérison dans le sperme des patients survivants. "C'est-à-dire beaucoup plus longtemps que l’avaient montré les études antérieures", précisent les chercheurs ; faisant allusion à des informations datant de 2015 qui évoquaient déjà cette persistance du virus chez les patients guéris. 
 

“Cette persistance du matériel viral dans le sperme oblige à mettre en place des consultations médicales spécialisées, un suivi régulier des personnes guéries d'Ebola avec recherche active du virus dans leur sperme et autres fluides biologiques”

Jean-François Etard
Chercheur - IRD

 
L’étude a été effectuée par des chercheurs français de l’Institut de recherche pour le développement (IRD), de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (INSERM), de l’Institut Pasteur de France, en collaboration avec des institutions guinéennes ; en l’occurrence le Centre hospitalier universitaire de Donka, l’hôpital de Macenta, l’Institut national de santé publique et l’Université de Conakry.
 
A l’issue de différents tests cliniques et biologiques à intervalles réguliers effectués sur 68 survivants volontaires, les chercheurs ont détecté la présence du virus Ebola jusqu’à neuf mois après leur guérison.
 
Mais, ils ont constaté que cette persistance du virus dans le liquide séminal diminue avec le temps. En effet, le virus est présent dans 28,5 % des échantillons lors des prélèvements effectués entre le 1er et le 3ème mois, 16 %, entre le 4ème et le 6ème mois, 6,5 % entre le 7ème et le 9ème mois, 3,5 % entre le 10ème et le 12ème mois, et enfin 0 % après 12 mois.
 
Défenses immunitaires
 
Selon Jean-François Etard de l’IRD et membre de l’équipe de recherche, la longue persistance du virus dans le sperme est due au fait qu’il est à l'abri des défenses immunitaires dans certains organes comme les testicules et les yeux.
 
Il ajoute que "cette persistance du matériel viral dans le sperme oblige à mettre en place des consultations médicales spécialisées, un suivi régulier des personnes guéries d'Ebola avec recherche active du virus dans leur sperme et autres fluides biologiques".
 
Surtout qu’elle peut entraîner le retour de la maladie chez le sujet lui-même, voire la contamination d’une autre personne par voie sexuelle. Bien que cette probabilité reste faible du fait de la baisse progressive de la quantité de virus dans le sperme.
 
Prise en charge
 
Dès lors, pour le suivi des survivants en vue de limiter la résurgence de l’épidémie, Jean-François Etard propose d’offrir un lieu de prise en charge avec prélèvement du sperme proche des lieux de résidence, le remboursement des frais de transports aux patients, et la mise en place de laboratoires de référence capables de détecter la présence de virus.
 
Si les chercheurs n’ont pas mis en évidence la présence du virus dans les sécrétions sexuelles de la femme guérie, ils ont confirmé chez les sujets guéris "la grande fréquence de manifestations ophtalmologiques, rhumatologiques et psychologiques".
 
Pour l’heure, l’une des principales inconnues demeure le risque de passage du virus dans le lait maternel des survivantes allaitantes ; même si, disent les chercheurs, "à ce jour, tous les prélèvements sont négatifs".
 
L'épidémie d'Ebola qui a commencé en décembre 2013 en Afrique de l'Ouest a fait, selon l’OMS, plus de 11 200 morts après avoir contaminé plus de 25 000 personnes en Guinée, en Sierra Leone et au Liberia.

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