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Q&R : Le point sur la fabrication du vaccin anti-Ebola
  • Q&R : Le point sur la fabrication du vaccin anti-Ebola

Crédit image: WHO

Lecture rapide

  • Le vaccin anti-Ebola attend les approbations nécessaires pour être fabriqué

  • Il ne sera utilisé à grande échelle qu’en cas d’une nouvelle épidémie

  • Il n’est pas exclu l’apparition de nouveaux cas de contaminations en Guinée

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L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a annoncé ce mardi, 29 décembre, 2015, la fin de l’épidémie de la maladie à virus Ebola en Guinée.
 
Les pays est maintenant dans une phase d’observation qui devra durer 90 jours au terme de laquelle l’éradication de la maladie sera confirmée si aucun nouveau cas n’est enregistré entre temps.
 
Car, une telle annonce au Libéria en mai, puis en septembre 2015 a chaque fois été suivie de l’apparition de nouveaux cas de maladie avant la fin des 90 jours d’observation. Quant à la Sierra Leone, elle est entrée depuis novembre dans la phase d’observation.
 
Ainsi, la Guinée d’où est partie l’épidémie en décembre 2013 était le dernier des trois pays à stopper la vague de contamination.
 
C’est aussi en Guinée que se sont effectués les tests sur le terrain du rVSV-Zebov, un vaccin qui s’est révéléefficace dans la prévention contre cette pathologie.
 
Dans cet entretien accordé à SciDev.Net, Tarik Jašarević, chargé de la communication de l’OMS, fait le point sur la préparation de ce vaccin et explique les enjeux de la fin de l’épidémie d’Ebola en Guinée.
  
Où en est-on avec la fabrication du vaccin anti-Ebola rVSV-Zebov dont les tests sur le terrain ont été concluants à 100 % ?
 
Pour le moment, il y a des possibilités de production. Mais, il faut d’abord que le vaccin soit approuvé et enregistré par les agences nationales comme c’est souvent le cas pour chaque médicament ou chaque vaccin. Pour le moment, il n’a pas encore été approuvé par les agences nationales de régulation. Ces agences vont décider comment utiliser le vaccin. Les travailleurs de la santé seront peut-être les premiers à bénéficier de cette protection préventive ; mais ce sont les autorités de chaque pays qui décideront de son usage. Pour le moment, il n’y a pas de besoin de procéder à une vaccination en masse parce qu’on a réussi à stopper la chaîne de transmission de la maladie en Guinée, en Sierra Leone et au Libéria. Evidemment, dans l’avenir, si l’épidémie d’Ebola réapparaît dans ces pays ou dans d’autres pays dans le monde, le vaccin sans doute, sera un instrument très important dans la lutte.

“Pour le moment, on pense que ce serait très compliqué et trop coûteux de vacciner tout le monde de manière préventive. Comme pour d’autres maladies, le vaccin est utilisé quand il y a des épidémies ; c’est le cas par exemple du vaccin contre le choléra, une maladie qui atteint beaucoup plus de gens qu’Ebola.”

Tarik Jašarević
Chargé de la communication - OMS

 
Mais, beaucoup de pays d’Afrique restent exposés au virus Ebola et l’on se serait attendu à ce que le vaccin soit administré actuellement pour éviter une prochaine épidémie…
 
Pour le moment, on pense que ce serait très compliqué et trop coûteux de vacciner tout le monde de manière préventive. Comme pour d’autres maladies, le vaccin est utilisé quand il y a des épidémies ; c’est le cas par exemple du vaccin contre le choléra, une maladie qui atteint beaucoup plus de gens qu’Ebola. C’est également le cas pour la fièvre jaune. Donc, pour le moment, ce n’est pas raisonnable de vacciner en masse, sachant qu’Ebola affecte quand même un nombre limité de personnes.
 
Cette maladie vient d’être déclarée pour la première fois stoppée en Guinée. Mais avant la Guinée, il y a eu la Sierra Leone et le Libéria. Sauf que dans ce dernier pays, elle a déjà réapparu deux fois. Les conditions sont-elles réunies pour que cette résurgence soit évitée en Guinée ?
 
On sait que le virus persiste dans certaines parties du corps des survivants ; par exemple dans le sperme, dans les yeux et dans certains organes neurologiques du corps. Et on a eu plusieurs cas où le virus a réapparu à partir des survivants. Donc, il y a des probabilités pour qu’il y ait de nouveaux cas. Mais, la différence cette fois-ci c’est que les pays sont vraiment prêts à agir vite. Ce qu’il s’est passé au Libéria, c’est qu’effectivement à partir d’un survivant, il y a quelques cas qui ont été enregistrés, mais le pays a réagi très vite en prenant les mesures nécessaires. Donc, pour répondre précisément à votre question, il n’y a pas de garantie. Il y a des possibilités pour qu’il y ait de nouveaux cas ; mais, les pays ont toutes les capacités nécessaires pour répondre vite à la résurgence du virus qui se trouve chez les survivants.
 
Pendant la phase des 90 jours d’observation qui courent désormais, à quoi vont être occupées les équipes médicales qui sont sur place en Guinée ?
 
Il est très important qu’elles soient vigilantes pour avoir les capacités en place. Elles vont aussi offrir des services aux survivants ; parce que beaucoup de survivants gardent des séquelles de la maladie sur leur santé. Aussi leur faut-il un soutien psychologique. Ces équipes vont aussi continuer à faire la recherche, par exemple des tests sur les survivants pour comprendre combien de temps le virus persiste-t-il chez les différents types de population. Elles vont aussi continuer le travail sur la recherche de diagnostic, de vaccins, de traitements. Donc, c’est un travail qui consistera à comprendre un peu mieux la maladie, mais surtout à rester vigilantes et prêtes à détecter de nouveaux cas et à y répondre.
 
Des trois principaux pays affectés par le virus Ebola, la Guinée est celui où la maladie persiste le plus. Comment expliquez-vous une telle situation ?
 
La Guinée est un pays plus grand que le Libéria et la Sierra Leone et le virus en Guinée est partie d’une région qui est difficile à atteindre (Guékédou, NDLR). C’est une région très éloignée. Mais, il faut beaucoup plus se focaliser sur le bon travail qui a été effectué par tout le monde. A commencer par les communautés qui ont appris comment faire pour se protéger, pour enterrer les morts ou pour s’assurer que les cas suspects sont signalés. Puis les travailleurs de la santé qui sont vraiment de vrais héros dans cette lutte. Il y a plus de 500 travailleurs de la santé qui sont morts dans les trois pays et ce sont eux qui ont fait le plus pour qu’on en arrive là. Donc, c’est un travail extraordinaire dans tous les trois pays, qui a permis à ce qu’on arrive aujourd’hui à arrêter cette chaîne de transmission.
 
Quel est le point sur la lutte contre la maladie dans les deux autres pays que sont la Sierra Leone et le Libéria ?
 
En Sierra Leone, on n’a pas eu de cas d’Ebola depuis quelques temps et l’épidémie a été déclarée finie le 7 novembre. Au Libéria, même si l’épidémie a été déclarée vaincue au mois de mai 2015, il y a des cas qui ont réapparu et actuellement, le pays a recommencé à compter les quarante-deux jours et s’il n’y a pas d’autre cas, le Libéria sera de nouveau déclaré sans Ebola vers le 14 janvier 2016. Mais, encore une fois, l’on peut s’attendre à ce qu’il y ait d’autres cas ici et là parce que le virus persiste chez les survivants.

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