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  • L’eau et les nanotechnologies : l'appropriation des communautés requise

Pour Thembela Hillie et Mbhuti Hlophe, la contribution des nanotechnologies à l’accès à l’eau potable ne pourra se faire sans la participation et l’échange.

L'accès à l'eau potable, essentiel pour la santé des populations, est l’un des droits fondamentaux de l'homme. Les nanotechnologies offrent aux pays du Sud l'opportunité de développer des solutions afin de résoudre leurs problèmes d'accès à l’eau – que ce soit par eux-mêmes ou en partenariat avec d'autres acteurs du Sud ou du Nord.


Mais pour toute initiative dans ce domaine, un transfert des technologies sera nécessaire. C’est un exercice qui nécessite la conclusion de partenariats solides entre les scientifiques responsables du développement de solutions technologiques et les communautés qui y ont recours, cela afin de garantir la pertinence des travaux de recherche. Un engagement ferme à susciter et soutenir ce type de collaborations est tout aussi nécessaire de la part des institutions publiques et privées.

Trop souvent, nos tentatives humanitaires pour fournir l'eau potable ne tiennent pas compte des besoins et priorités des communautés. Cela a pour conséquence une appropriation limitée sur le terrain (voir
'Transfert des technologies : Leçons d’Afrique du Sud'). Ainsi, une station de traitement d’eau par nanomembrane d'osmose inverse construite par des chercheurs à Zava, village dans la province sud-africaine du Limpopo, produisait de l'eau potable aux normes nationales ; mais la maintenance se retrouvant délaissée après le départ des chercheurs, le projet a échoué parce que la communauté ne se l'était pas approprié.

Le transfert des technologies ne réussit que si les utilisateurs finals se les approprient, en adoptant et en adaptant les technologies à leurs besoins. Par conséquent, toute proposition de solution, notamment celles basées sur les nanotechnologies, doivent être conçues en fonction des réalités locales et tenir compte des besoins de la communauté bénéficiaire et des ses capacités à utiliser les technologie ainsi transférées. Dans de nombreuses situations, cela nécessite le développement des infrastructures locales et du capital humain.

Tenir compte des besoins de la communauté

A Madibogo, village situé dans une région reculée et aride de la province sud-africaine du Nord-Ouest, une station pilote pour le traitement de l'eau grâce à des membranes nanostructurées est un exemple de bonne pratique.

Souvent, les scientifiques supposent à tort que les communautés rurales bénéficiant d'une offre en eau limitée ne se fixent pas un ordre de priorité dans leur utilisation de cette ressource. En réalité, toutes les activités de la communauté - jusqu’à sa survie même - dépendant de l'eau, il existe généralement des structures clairement définies qui régulent son utilisation. Par conséquent, toute proposition fondée sur les nanotechnologies de traitement de l'eau doit être menée en adéquation avec ces structures.

Les chercheurs de l’Université du Nord-Ouest en Afrique du Sud, en installant la station de Madibogo, ont reconnu cette nécessité. Ils ont ainsi sensibilisé la communauté en menant des actions éducatives,  formant les villageois sur la qualité, la quantité et le traitement de l’eau, et organisant des ateliers de discussion sur les rôles et les responsabilités de chacun des acteurs afin d’initier la communauté à la préservation de l’eau et l’entretien de la station.

En outre, des journées portes ouvertes ont été organisées pour mieux faire passer ces messages et souligner l’objectif poursuivi par le projet nanotechnologique.

Prévoir les infrastructures d’appui…

Pour garantir le succès d’un projet de transfert des technologies de traitement de l’eau, ainsi que leur mise en œuvre, la disponibilité des infrastructures d’appui sera un facteur crucial. Les exigences peuvent varier en fonction de l’endroit où la technologie est recherchée. Les nanotechnologies ont des niveaux de complexité et de sophistication différentes. Avant de choisir quelle nanotechnologie sera mise en œuvre, le niveau des infrastructures et de l’expertise technique locale devra être regardée de près. Pour les zones reculées du monde en développement, les conditions préalables pourront inclure, entre autres, des choses aussi rudimentaires que l’électricité et l’accessibilité.

Les partenariats sont essentiels pour le développement et l’acquisition des infrastructures nécessaires. Le secteur privé peut contribuer, dans la mise au point et le développement des technologies elles-mêmes. Ainsi, la station pilote de traitement de l’eau par nanomembrane de Madibogo a été offerte par une entreprise de la province du Western Cape en Afrique du Sud. Mais, le secteur public peut également participer, en construisant des routes ou en fournissant de l’électricité là où c’est nécessaire.

…et un appui technique institutionnel

Tout aussi important, un transfert des technologies a besoin d’un appui technique pour réussir. La capacité d’une communauté à adopter et à adapter une technologie dépend étroitement du savoir-faire de ceux chargés de son entretien, ce qui implique parfois le recours à des scientifiques ou universitaires.

Le personnel technique, notamment les chercheurs principaux et les techniciens d'ingénierie, doivent s'assurer que les connaissances appropriées sont transférées aux membres de la communauté. A Madibogo, le personnel d'encadrement a formé des étudiants de niveau postuniversitaire, qui ont séjourné dans le village pour à leur tour transmettre leur savoir aux membres de la communauté.

Les techniciens ont également besoin de garder le contact avec le fabricant, et d’avoir accès aux services après-vente en cas de problème. A Madibogo, des chercheurs de l'Université du Nord-Ouest ont discuté des possibles problèmes mécaniques avec les fabricants de la station, une firme nommée Malutsa (PTY) Ltd.

Développer les compétences locales

Si un personnel qualifié est essentiel pour l'installation et l'entretien de la technologie, ces gens vivent en général loin des projets, l'utilisation de leurs services étant donc plus onéreuse. Par conséquent, il est essentiel de développer les capacités techniques locales.

Le développement des compétences locales a également un rôle vital à jouer dans les opérations quotidiennes et la maintenance de projets ayant recours aux nanotechnologies, ainsi que dans leur probable extension. Pour preuve, un étudiant de niveau postuniversitaire à Madibogo envisageait la construction d'une station similaire pour le traitement des eaux saumâtres dans son propre village. Par ailleurs, le développement des capacités locales encourage le sentiment d’appropriation par les communautés, et contribue ainsi à réduire les risques de vandalisme et de négligence.

Les nanotechnologies sont prometteuses pour l’amélioration de l'accès à l'eau potable. Mais leur recours nécessite un cadre bien structuré, participatif et éclairé pour le transfert des technologies, et non des dons, afin d’assurer la réussite dans la durée de tels projets.

Thembela Hillie est chercheur principal au Centre national des Matériaux Nanostructurés du CSIR en Afrique du Sud et professeur agrégé affilié à l'Université de l'Etat libre en Afrique du Sud.

Mbhuti Hlophe est le chef du département de chimie de l'Université du Nord-Ouest en Afrique du Sud.


Les points de vue exprimés sont ceux des auteurs et ne reflètent pas nécessairement ceux de leurs institutions.

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