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Des distributeurs d'énergie solaire pour l'approvisionnement en eau potable
  • Des distributeurs d'énergie solaire pour l'approvisionnement en eau potable

Crédit image: Flickr/World Bank Photo Collection

Lecture rapide

  • L'approvisionnement en eau potable à travers un réseau de tuyauteries coûte cher

  • Vendre l'eau purifiée sur place dans des kiosques installés dans les villages et gérés comme des franchises est une alternative pratique

  • Des distributeurs automatiques d'eau potable permettent d'approvisionner les couches sociales les plus défavorisées

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Pour l'entrepreneur Anand Shah, des distributeurs automatiques d'eau potable peuvent résoudre les problèmes d'accès à l'eau potable en Inde, à condition de redéfinir au préalable la notion de succès.

Malgré plusieurs décennies de réussite dans l'approvisionnement des pays développés en eau potable et salubre, nous avons échoué à garantir que la totalité de la population mondiale puisse bénéficier d'un droit fondamental dans notre société moderne : que l'eau consommée ne rende pas malade.

Mais avec les technologies actuelles et une attention portée à l'innovation, j'ai la conviction que nous pouvons, et devons, aujourd'hui résoudre ce 'problème de l'eau potable'. En tant que fondateur de l'entreprise indienne Sarvajal, qui signifie en sanskrit « De l'eau pour tous », j'ai consacré beaucoup de temps à réfléchir à la meilleure stratégie pour y arriver.
 

Oublier les réseaux de distribution


Dans un premier temps, il faut redéfinir la notion de succès. La conception politique en vigueur relative aux infrastructures hydrauliques est fondée sur une pratique établie dans les pays en développement : des réseaux de conduits d'eau alimentant les ménages en eau potable 24 heures sur 24.

Le coût de construction de ces réseaux hydrauliques est si élevé que même certains pays occidentaux n'ont pas les moyens de renouveler avant terme leurs propres canalisations vieillissantes. Et dans les pays en développement, les ressources financières et la disponibilité de l'eau sont tellement faibles que ces pays ne peuvent se permettre d'adopter ce modèle.

Plusieurs raisons militent en faveur d'une réflexion sur des méthodes d'approvisionnement en eau alternatives. Dans les pays en développement à forte croissance, des routes et des canalisations sont construites quasiment tous les jours pour lancer ou moderniser des infrastructures. Or, dans un système de réseau centralisé, un défaut de traitement ou une contamination peuvent affecter tout ce qui se situe en aval.

En outre, l'essentiel des besoins en eau ne concerne pas l'eau potable. Une solution pratique consisterait à distinguer l'eau potable de celle affectée à d'autres besoins. C'est précisément ce que font les ménages aisés quand ils installent des systèmes de filtration d'eau.

Sarvajal a été fondée en 2008 avec pour mission de permettre un accès durable à l'eau potable des plus pauvres. Deux autres défis se dressaient devant nous.

Il fallait, dans un premier temps, trouver un modèle d'entreprise  capable de se développer uniquement par le recours au financement privé. Nous avons alors pris la décision de vendre l'eau en tant que service, puis de démontrer que les recettes de la vente pouvaient financer durablement un système d'approvisionnement en eau potable. Ensuite, il a fallu maintenir le prix de l'eau à un niveau inférieur à celui qui aurait pu être obtenu par d'autres options..

Nous avons anticipé un certain nombre de difficultés sérieuses. Pour commencer, en Inde, les gens ne sont pas habitués à payer pour l'eau et, s'ils paient, il est compliqué de collecter l'argent dans des villages éloignés. Et quand bien même cet argent était collecté, l'idée qu'une entreprise non locale puisse vendre une ressource naturelle disponible localement est tout simplement inadmissible.

Mais les gens paient déjà pour l'eau et ils le savent. Les moyens d'accès à l'eau détermine leur emploi du temps journalier et crée des tensions entre les familles et les voisins. Et, d'après nos recherches, les dépenses induites par la consommation d'une eau insalubre peuvent être supérieures à 10 pour cent des dépenses annuelles d'une famille pauvre.

Parmi les ménages indiens les plus aisés, 68 pour cent filtrent leur eau. [1]. Notre étude révèle qu'au bas de la pyramide sociale, ce pourcentage chute à seulement six pour cent. Tous ceux qui peuvent s'offrir un filtre en possèdent généralement un.
 

Une solution locale


Quelle solution choisir? Au lieu de vendre l'eau, ou transporter l'eau filtrée vers les communautés, Sarvajal propose de filtrer l'eau sur place pour la consommation locale.

Notre 'réseau' de distribution n'est pas souterrain : ce sont des échoppes dans les villages gérées par des entrepreneurs qui proposent de l'eau filtrée dans des bonbonnes de 20 litres, transparentes et réutilisables.

Le recours à des franchisés en fait une activité locale. Les villageois n'achètent pas chez Sarvajal mais auprès d'un membre connu de leur communauté. La plupart des recettes et des emplois générés restent su sein de la communauté.

Ce détail est essentiel pour le succès de cette activité. Au bout de quelques semaines, un quart des ménages s'approvisionnait chez Sarvajal, et les franchisés faisaient des bénéfices.

Cependant, ce succès rapide s'est accompagné d'une leçon amère : les gens ne reviennent pas vers leurs habitudes de consommation d'eau antérieures. L'eau devait être disponible selon les conditions que nous avions promises, et le service offert devait être quotidien et fiable.

On n'imagine pas la difficulté de garantir le fonctionnement de machines complexes dans des villages reculés, avec des opérateurs non qualifiés, une alimentation en énergie électrique erratique, un signal de téléphonie mobile intermittent et des franchisés prêts à vous faire porter la responsabilité de tous les dysfonctionnements.

Nous avons décidé de mettre en place un système de contrôle du fonctionnement de nos machines, y compris de la qualité de l'eau, par SMS et par téléphone mobile, relié à un serveur central et en temps réel. Un système qui nous aide à prévoir et à réduire les dysfonctionnements.
 

Le distributeur automatique d'eau potable


Nous avons cependant enregistré une déconvenue. Notre objectif était de fournir de l'eau à la couche la plus pauvre de la population, mais même dans le cas de nos petites usines standardisées, il faut une population d'au moins 4.000 habitants par village pour que le projet soit financièrement viable. Ce qui exclut les hameaux, où le problème d'eau se pose avec encore plus d'acuité.

Pour résoudre ce problème nous nous sommes inspirés d'une technologie qui permet 'de faire des opérations bancaires' 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 : le distributeur automatique. Nous avons donc conçu un distributeur automatique qui stocke l'eau en toute sécurité et peut être rempli par le franchisé le plus proche.

Ces distributeurs automatiques d'eau fonctionnent grâce à des cartes à puce que l'on peut recharger aussi simplement qu'un téléphone mobile , avec des cartes prépayées dans n'importe quel commerce local ou auprès d'un représentant ambulant.

Cette machine a permis l'éclosion d'une nouvelle stratégie, celle où des distributeurs automatiques d'eau placés à tous les coins de rue permettent aux villageois et aux citadins de s'approvisionner en eau potable quand ils le souhaitent. Nous sommes convaincus que notre expérience pourrait inspirer dessolutions similaires à travers le monde.

La clé de toute solution consiste à ramener le problème à une taille gérable, en s'imposant des contraintes et en innovant jusqu'à ce que la solution devienne efficace. La technologie n'est qu'un catalyseur, mais la vraie sagesse consiste à concevoir un système d'approvisionnement garantissant un accès durable de ce service aux couches les plus défavorisées de la population.

Anand Shah est le fondateur de Sarvajal. Il a été le fondateur et le premier Directeur général de la fondation Piramal, co-fondateur d'Indicorps et membre de la première initiative de leadership de l'Institut Aspen, en Inde. Vous pouvez lui écrire à l'adresse suivante : [email protected].

Références

[1] McKenzie, D. and Ray, I. Household Water Delivery Options in Urban and Rural India (Stanford Center for International Development, updated December 2005)

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