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  • Les stocks africains de mollusques menacés par l'acidification des océans

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[ANTANANARIVO] Dʹaprès une étude, les pêcheurs haïtiens et dʹautres pays africains pourraient perdre leurs moyens de subsistance en raison du déclin de la population de mollusques causé par lʹacidification des océans.

Le dioxyde de carbone que dégagent les activités industrielles humaines se dissout dans lʹeau des océans, ce qui accroît leur acidité. Cela affecte les stocks de mollusques qui font vivre de nombreux pêcheurs en Gambie, à Haïti, à Madagascar, au Mozambique et au Sénégal.

Selon Sarah Cooley de lʹinstitut états-unien Woods Hole Oceanographic Institution (WHOI) et premier auteur de lʹétude, "des études réalisées en laboratoire ont montré que les animaux qui sécrètent une coquille dure dont le squelette est essentiellement constitué de carbonate de calcium, ont plus de difficultés à y parvenir lorsque la concentration en carbonate de lʹeau diminue à cause de son acidification".

Il existe un lien clair entre la hausse de lʹacidification des océans et la diminution de la production de carbonate destiné aux coquilles des mollusques tels que les palourdes, les coquilles Saint-Jacques et les conques.

"Ces animaux ont besoin de plus dʹénergie pour créer et entretenir leurs structures en carbonate de calcium, ils en ont donc moins à consacrer à dʹautres fonctions vitales telles que la reproduction, la croissance et la métamorphose", a-t-elle ajouté.

Selon cette étude, publiée le mois dernier (7 juillet) dans Fish and Fisheries, cʹest dans les pays pauvres qui sont déjà confrontés à des carences en protéines que lʹactivité de pêche des mollusques va décliner le plus.

La vulnérabilité des pays a été évaluée en examinant leur dépendance de lʹactivité de pêche des mollusques, leurs capacités dans le domaine de lʹaquaculture et les prévisions relatives à leur croissance démographique. Lʹaquaculture pourrait contribuer à contrôler des facteurs tels que les niveaux dʹacidité et aider ainsi les pays à sʹadapter.

Dʹaprès cette étude, dʹici 10 à 50 ans, plusieurs pays en développement enregistreront des cueillettes inférieures de mollusques et les pays ayant été mentionnés ci-dessus seront les plus touchés. Cela laisse peu de marge aux législateurs pour concevoir des stratégies qui permettraient aux pêcheurs de continuer à tirer profit de cette activité.

S. Cooley a indiqué que les mollusques sont une source de protéines de haute-qualité et que leur exportation constitue une source de revenus dans certains pays en développement. À Madagascar, par exemple, la pêche représente sept pour cent du produit intérieur brut (PIB) et elle génère près de 500 000 emplois, selon des chiffres datant de 2005.

Selon S. Cooley, la combinaison de facteurs nutritionnels, économiques et océanographiques tels que la perte de protéines, lʹérosion des revenus, les changements climatiques et lʹacidification des océans, rendent cependant ces pays particulièrement vulnérables.

À Madagascar, des expériences sont actuellement réalisées sur les effets de lʹacidification des océans et des changements climatiques, selon Jean Maharavo, Directeur intérimaire du domaine des sciences au ministère de lʹEnseignement supérieur et de la recherche scientifique.

"Les travaux que jʹai réalisés récemment montrent quʹil existe une corrélation étroite entre la baisse des cueillettes de coquillages et le déclin environnemental dans les parties situées au sud-ouest de lʹîle", a-t-il indiqué à SciDev.Net.

Il est nécessaire de prendre des mesures dʹurgence pour protéger les zones sous-marines et garantir la pérennité des stocks de mollusques, a-t-il déclaré en ajoutant quʹil faut trouver des alternatives à la pêche des mollusques.

S. Cooley a précisé que, pour réussir leur adaptation, les pays vulnérables doivent également inclure la pollution, la surpêche et les changements climatiques dans leurs projets.

Lien vers un résumé de lʹarticle dans Fish and Fisheries (en anglais)

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