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Les antennes-relais potentiellement utiles pour la météo et la médecine
  • Les antennes-relais potentiellement utiles pour la météo et la médecine

Crédit image: Flickr/imtfi

Lecture rapide

  • Les antennes-relais de la téléphonie mobile peuvent mesurer la pluviométrie dans les régions ne disposant pas de pluviomètres

  • Mais l'on craint que la pollution et la diversité des technologies des antennes-relais ne conduisent à réduire la précision des mesures

  • Une autre initiative propose d'utiliser l'énergie électrique des antennes pour réfrigérer les vaccins

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Des experts affirment qu'en Afrique, les pylônes de téléphonie mobile pourraient être mis à contribution pour d'autres activités de développement, comme combler les lacunes sur les données pluviométriques et fournir de l'électricité pour la réfrigération des vaccins.

Selon une étude publiée ce mois-ci (4 février) dans Proceedings of the National Academy of Sciences, ces pylônes pourraient par exemple servir à mesurer les précipitations dans les régions ne disposant pas de pluviomètres.

Le manque généralisé de pluviomètres à en
Afrique nuit à la capacité des pays à surveiller les ressources en eau et améliorer les systèmes d'alerte rapide susceptibles de sauver des vies et limiter les dégâts en cas d'inondations.


Dans cette étude parue dans la revue PNAS, les chercheurs ont évalué l'intensité moyenne des précipitations à partir des données du réseau de télécommunications des Pays-Bas en s'appuyant sur le fait que les précipitations sont à l'origine d'un affaiblissement du signal relayé à travers les pylônes de la téléphonie mobile. Ensuite, ils ont comparé ces estimations avec celles produites grâce à des radars et des pluviomètres.

« On a pu relever une parfaite concordance entre les cartes pluviométriques établies à partir des données de la téléphonie mobile et celles fondées sur les données enregistrées par les radars et les pluviomètres », révèle Aart Overeem, auteur principal de l'étude et hydrologue à l'Université de Wageningen, aux Pays-Bas, et à l'Institut Royal de météorologie des Pays-Bas.

Les chercheurs affirment que leurs conclusions pourraient mises en pratique en Afrique et dans d'autres régions qui ne disposent pas d'un réseau fiable de pluviomètres.

Ils espèrent que leur étude convaincra les entreprises de téléphonie mobile de fournir gratuitement leurs données si précieuses pour qu'elles soient utilisées dans la recherche et la mesure de la pluviométrie.

Mais Overeem relève que cette technique de mesure de la pluviométrie doit être davantage étudiée à la fois sur une période plus longue et dans des régions tropicales où les pylônes de téléphonie mobile fonctionnent souvent à des radiofréquences moins élevées. A de telles fréquences, le lien complexe entre les précipitations et l'affaiblissement du signal peut affecter la précision des cartes pluviométriques.

D'après Harvey Rubin, professeur de médecine à l'Université de Pennsylvanie, aux Etats-Unis, on pourrait aussi utiliser une partie de l'électricité qui alimente les pylônes pour réfrigérer les vaccins. M. Rubin est aussi l'un des responsables de Energize the Chain (EtC), une organisation dont l'objectif est d'assurer cette chaîne de réfrigération à partir de l'énergie des pylônes de téléphonie mobile.

L'électricité qui alimente les pylônes est produite par des groupes électrogènes, les compagnies d'électricité ou des sources d'énergie renouvelable comme le vent, et payée par les opérateurs des pylônes.

Dans le cadre d'un projet d'EtC au Zimbabwe, l'entreprise de télécommunications Econet Wireless Zimbabwe a fourni des vaccins conservés dans des réfrigérateurs alimentés par l'électricité des pylônes sur plus de 100 sites, affirme Rubin, qui ajoute que son organisation va se concentrer prochainement sur l'Inde et le Kenya.

« Grâce à cette initiative d'EtC, le fonctionnement des réfrigérateurs de vaccins homologués par l'OMS dans les villages reculés n'a coûté que 60 cents de dollars américains par jour », indique-t-elle.

Judah Levine, un des adminsitrateurs d'EtC et Directeur général de HIP Consult, entreprise basée aux Etats-Unis et spécialisée dans les marchés africains des télécommunications, indique que dans les pays comme le Ghana et la Zambie, les pylônes sont la propriété d'autres entreprises qui les gèrent pour le compte des sociétés de télécommunications, d'où la nécessité d'impliquer à la fois les opérateurs des pylônes et les sociétés de télécommunications.

Mais, selon Amekugee Eugene Gameli, chef de projet à Helios Towers Ghana, spécialisé dans la gestion des pylônes, si l'utilisation des pylônes pour la conservation des vaccins représente une innovation, les directives sur leur positionnement risquent d'être un obstacle au développement de cette pratique. Au Ghana, poursuit-il, les pylônes de téléphonie mobile doivent être situés à au moins 400 mètres des hôpitaux, ce qui les rend inadaptés au stockage des vaccins.

Sur la capacité des pylônes à contribuer à la cartographie des précipitations, Gameli prévient que leur utilisation dans les zones urbaines peut se révéler hasadeuse dans la mesure où la pollution peut provoquer l'affaiblissement du signal entre les pylônes et amener à une confusion avec les précipitations.

Lien vers l'article dans la revue PNAS

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