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Madagascar centralise ses données sur un portail ouvert au public
  • Madagascar centralise ses données sur un portail ouvert au public

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  • Madagascar a lancé un portail numérique centralisant ses informations statistiques

  • Cet outil, conçu selon l’esprit de l’open data, regroupe des données multisectorielles

  • Des professionnels émettent des réserves quant à la fonctionnalité du système

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[ANTANANARIVO] Madagascar dispose désormais de la plateforme CountryStat conçue selon les principes de l’open data sous l’impulsion de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) en collaboration avec la Southern African Development Community (COMESA) et l’Union européenne.
 
Il s’agit d’un système d’informations statistiques en ligne réunissant en un seul endroit des bases de données multisectorielles à la disposition de tous, faciles à explorer et consultables sur divers types d’appareils mobiles aussi.
 
"Puisque nous sommes tous des décideurs, nous gérons le futur à notre niveau. La statistique ne sert pas à gérer le présent. Elle est essentielle pour l’anticipation. Il faut avoir des données de qualité pour ne pas se tromper", souligne le ministre auprès de la présidence en charge de l’Agriculture et de l’Elevage, Rivo Rakotovao, lors du lancement officiel de la plateforme le 23 janvier. 
 

“La statistique ne sert pas à gérer le présent. Elle est essentielle pour l’anticipation. Il faut avoir des données de qualité pour ne pas se tromper”

Rivo Rakotovao
Ministre de l’Agriculture et de l’élevage, Madagascar

 
Pour l’instant, les données disponibles sur le portail numérique concernent l’agriculture, le commerce, la démographie, les prix sur le marché, l’emploi, l’eau, l’élevage, le compte national, les pêches, les forêts, etc.
 
Toutes les institutions sans exception sont ainsi invitées à contribuer à l’alimentation du site web. Ce point à lui seul condense les soucis exprimés par des experts nationaux en la matière.
 
"Nous avons réalisé un recensement agricole en 2004-2005 sans que le résultat soit officiellement publié jusqu’ici. On doit répéter cette opération et, chaque année, on doit réaliser des enquêtes pour mettre à jour et réalimenter le système", insiste Harison Randriarimanana, expert en développement, ancien ministre et aujourd’hui conseiller spécial du président Hery Rajaonarimampianina.
 
Pour sa part, Nirivololona Raholijao, une climatologue malgache, membre du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), trouve derrière l’initiative une occasion en or pour pouvoir surpasser l’obstacle rencontré par son département.
 
"C’est une opportunité pour nous de mettre en lien le système Maproom en vue de le faire connaître au public", confie la scientifique.
 
Par manque de vulgarisation, très peu de gens sont, selon elle, au courant de cet outil d’analyse climatique locale offrant des bases de données de haute résolution à même de renseigner sur l’évolution des conditions météorologiques de n’importe quel point géographique sur l’Île depuis 1983.
 
Blocage technique
 
Exprimant sa satisfaction quant au caractère opportun de la plateforme, le général Charles Rambolarson, adjoint du secrétaire exécutif du Bureau national de la gestion des risques et catastrophes (BNGRC), espère qu’elle va bientôt changer les vieilles habitudes à Madagascar.
 
Car, dit-il, "certaines entités se montrent jusqu’ici peu coopératives en faisant leur la politique du non-partage. Alors que les données sont produites pour être exploitées".
 
Pourtant, Nirisson Randriamoria, économiste retraité spécialiste de la statistique agricole à qui le siège de la FAO à Rome a confié le diagnostic du domaine pour le compte de la CountryStat Madagascar, redoute un possible blocage d’ordre technique et matériel.
 
"La probable difficulté réside dans le fait que tout est en ligne. En revanche, nos institutions ont une connexion à très faible débit".
 
Et d’ajouter : "le système doit fonctionner normalement ; la motivation générale existe bel et bien. Mais il reste aussi à savoir si le gouvernement a les moyens adéquats de collecter à temps les données à publier".
 
Ces réserves existent aussi chez Rakotondramanana, directeur exécutif du Groupe semis direct de Madagascar (GSDM), une organisation-apôtre de l’agriculture de conservation.
 
"Cet outil nous est sûrement d’une aide précieuse dans l’exercice de notre métier bien que nous n’ayons pas encore eu l’occasion de nous en servir. Mais mon premier constat est qu’il souffre encore de quelques dérangements fonctionnels", observe-t-il.
 
En tout cas, une équipe nationale en tandem avec l’Institut national de la Statistique (INSTAT) est en place pour veiller au bon fonctionnement du système pour le développement du pays.

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