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Des données ouvertes révèlent l'ampleur de l'accaparement des terres
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  • Des données ouvertes révèlent l'ampleur de l'accaparement des terres

Crédit image: Flickr/Oxfam Italia

Lecture rapide

  • Les investisseurs étrangers contrôlent à l’heure actuelle 32,8 millions d'hectares au niveau mondial

  • Des données en ligne provenant des parties prenantes montrent que la plupart des transactions ont eu lieu en Afrique sub-saharienne

  • Malgré de probables défauts, l'ensemble des données a été déclaré comme étant le premier dans le monde sur l'accaparement des terres

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La superficie totale des terres contrôlées par des investisseurs étrangers dans le monde est semblable à la taille de la Pologne, d’après les estimations les plus récentes figurant dans une base de données en ligne dont l’objectif est de documenter les acquisitions de terres ou 'accaparement des terres' à grande échelle.

Cette base de données appelée l'Observatoire mondial, révèle que les investisseurs ont acquis 32,8 millions d'hectares depuis l’an 2000 - par rapport à ses estimations de 26,2 millions d'hectares, en 2012. Les accaparements de terres ne sont pas souvent menés ouvertement, ce qui les a rendus difficiles à contrôler.

Cependant, l'outil amélioré en ligne, révélé ce mois (10 juin), prévoit l’approvisionnement par la foule et la visualisation des données, ainsi que la vérification des sources de ces données, en vue de promouvoir la transparence et la responsabilité dans les décisions relatives aux terres et aux investissements.

La majeure partie de ces terres ont été acquises en Afrique sub-saharienne, les trois premiers pays investisseurs étant les Etats-Unis, la Malaisie et les Émirats arabes unis.

L'accaparement des terres est passé récemment au premier plan dans l'agenda du développement international. 

“Cette quantité d'informations, aussi imparfaite qu’elle puisse être, est toujours largement préférable à des données totalement absentes ou peu fiables, car il y avait d’énormes variations des estimations avant l’avènement de cette base de données.”

Ruth Meinzen-Dick

A la suite de la hausse mondiale des prix des denrées alimentaires, en 2008, des investisseurs et certains gouvernements étrangers ont acheté des terres dans les pays du Sud - souvent des parcelles s’étendant sur des milliers d'hectares - pour tenter de tirer profit des produits agricoles et sécuriser l’approvisionnement de produits alimentaires.

Les groupes de plaidoyer ont soutenu que ces accords dépossédaient les utilisateurs traditionnels des terres, souvent de petits agriculteurs ou éleveurs qui dépendaient de la terre pour assurer leur subsistance.

Les critiques ont également souligné que les promesses des investisseurs d’accroître les activités économiques par le développement de projets agricoles ou de biocarburants connexes à grande échelle ne se sont pas souvent réalisées.

Et une étude récente a montré que d'importantes quantités d'eau douce sont également en train d’être accaparées en même temps que les terres.

Le consortium d'institutions de recherche derrière la Land Matrix (matrice des transactions foncières), une initiative de surveillance mondiale des terres qui a développé l'Observatoire mondial, espère que la disposition de données fiables sur les transactions accroitra la responsabilité.

"L’objectif de la Land Matrix est de créer davantage de transparence sur cette question en mettant l’accent sur les faits", déclare Markus Giger, chef du Groupe Changement Planétaire, à l'Université de Berne, en Suisse, qui travaille sur la base de données.

Alors que les derniers chiffres provenant de l'Observatoire mondial montrent une augmentation des acquisitions foncières, Giger affirme que cela reflète davantage les nouvelles méthodologies et la vérification des données de la base de données que des changements véritables dans le monde. Giger admet que les estimations peuvent ne pas être tout à fait exactes, étant donné qu’elles s’appuient sur des informations venant des parties prenantes elles-mêmes.

"Il est assez difficile d’avoir des informations factuelles et précises sur chaque transaction foncière", laisse-t-il entendre. Il ajoute: "Nous faisons de notre mieux pour fournir des informations correctes, mais il y a toujours un degré d'incertitude".

Néanmoins, ces chiffres représentent les premières véritables données publiées sur l'accaparement des terres à l'échelle mondiale, selon Ruth Meinzen-Dick, chercheuse principale à l'Institut international de recherche sur les politiques alimentaires, aux États-Unis. "Cette quantité d'informations, aussi imparfaite soit-elle, est toujours largement préférable à des données totalement absentes ou peu fiables, parce qu’il y avait d’énormes variations des estimations avant cette base de données", déclare-t-elle. "Maintenant, il y a au moins quelque chose d'un peu plus rationnel à étudier".




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