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Burkina Faso : Le gouvernement ouvre les données numériques au public
  • Burkina Faso : Le gouvernement ouvre les données numériques au public

Crédit image: Flickr/ Infocux Technologies

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  • Le gouvernement burkinabè a décidé de rendre ses données numériques accessibles au grand public

  • La décision a un triple enjeu: retombées économiques, renforcement de la démocratie et modernisation de l'action publique

  • L'initiative, qui a été favorablement accueillie par les chercheurs, a été mûrie pendant deux ans, avec le soutien de la Banque Mondiale

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Chercheurs, citoyens, étudiants et journalistes y trouvent amplement de quoi nourrir leurs travaux. Les développeurs peuvent créer des services innovants en utilisant ces données et les entreprises peuvent fournir une valeur ajoutée à ces données et créer ainsi de l'emploi et de la richesse pour le pays.
 
Le maitre d'œuvre de cette initiative est l'Agence nationale de promotion des technologies de l'information et des télécommunications (ANPTIC), le bras opérationnel du gouvernement dans la mise en œuvre des projets liés aux TIC.
 
Pour le directeur général de cette agence, Alfred Sawadogo, "l'open data est une initiative qui encourage la mise à disposition des données non sensibles produites par les administrations, le privé et la société civile sur une même plateforme."
 
"L'information, a-t-il expliqué à SciDev.Net, est une ressource capitale pour les étudiants, les chercheurs, les administrations, le privé ou les partenaires au développement. Mais l'objectif de l'initiative open data n'est pas seulement de mettre les informations à la disposition des citoyens et des entreprises, mais surtout d'encourager leur réutilisation pour pouvoir créer des services à valeur ajoutée".
 
Mais pour le ministre du développement de l'économie numérique et des postes, Jean Koulidiati, le premier gain que le Burkina peut retirer de l'initiative open data, c'est d'abord une avancée démocratique.
 
"La population a souvent envie de savoir et il y a tellement de données qui sont produites par le gouvernement que certains croient secrètes et inaccessibles, alors qu'il n'en est rien. Ces données peuvent permettre aux investisseurs, aux opérateurs du privé, à la société civile, de pouvoir décider. Quand on va publier sur cette plateforme, le budget de l'Etat, chaque Burkinabè pourra savoir ce qu'il veut savoir. Donc c'est autant d'ouverture démocratique, autant d'apaisement du climat social, puisque ce qui semblait secret ne le sera plus, sauf pour les données à caractère sensible ou personnel. Mais ça, c'est normal dans tous les pays du monde", a-t-il notamment affirmé.
 
"Knowledge is power"
 
Le gain socio-économique est tout aussi considérable et a beaucoup motivé le soutien de la Banque mondiale à cette initiative du gouvernement burkinabè.
 
"Knowledge is power, dit-on en anglais. En français, cela signifie, le savoir, c'est le pouvoir. Le fait que le Burkina ait opte d'être parmi les premiers pays africains à mettre en œuvre cette initiative, a plu à la Banque mondiale et c'est pour cette raison que nous sommes à ses côtés.

Open data va permettre au gouvernement d'être beaucoup plus efficace, ça va permettre aux chercheurs d'accéder aux données, ça va permettre aux entrepreneurs de créer des emplois, ça va accélérer le développement économique et social du Burkina Faso. Tout cela justifie le fait que la Banque mondiale en tant qu'institution de développement accompagne le Burkina qui est le premier pays de la sous-région à engager cette initiative", affirme Mercy Tembon, représentante résidente de la Banque mondiale au Burkina Faso.
 
De fait, le gouvernement burkinabè a résolument opté pour une meilleure appropriation des TIC, et a engagé pour cela, outre le Burkina open data initiative, un certain nombre d'autres projets novateurs.
 
Sont de ceux-là le backbone national, le point d'atterrissement virtuel, l'e-conseil des ministres, le cloud privé de l'administration ou G-Cloud.
 
Pour ce dernier projet, le Burkina qui est le deuxième pays après l'Afrique du Sud à l’expérimenter en Afrique, a déjà lancé un appel d'offres et une entreprise internationale a été sélectionnée pour la mise en œuvre de ce G-Cloud. Cette plateforme va constituer un outil précieux dans la formation continue et le renforcement des capacités des agents de l'Etat.
 
Au nombre des innovations majeures, on peut également citer le Datacenter, le Call Center et le Technopole qui sera un incubateur d'entreprises au profit de la jeunesse en quête d'emplois.
 
Les applications qui pourraient entrainer de fortes valeurs ajoutées sur le plan socio-économique sont nombreuses. Les opérateurs de téléphonie mobile en exploitent déjà certaines par le biais des SMS.
 
"Certains opérateurs de téléphonie proposent actuellement des applications permettant de connaitre les pharmacies de garde. Ce sont des initiatives du même genre. Avec le renforcement de la connectivité au Burkina Faso par les projets de backbone et de point d'atterrissement virtuel qui vont bientôt commencer, nous pouvons développer des applications qui donnent de la cartographie avec les smartphones pour pouvoir, à l'échelle d'un secteur donné, avoir l'ensemble des écoles, des centres de santé, des pharmacies.

Ce sont autant d'applications qui sont encouragées et qui pourront être développées grâce à la disponibilité des données. Et cela va créer de la recherche pour les développeurs de ces applications et répondre aux besoins des populations", explique le directeur de l'ANPTIC.
 
A l'occasion du forum de lancement de l'initiative Open data, un projet pilote dénommé "Nos écoles, nos données", a été présenté par les techniciens en charge du projet. Pour le responsable technique du projet Open data, Malick Tapsoba, "le projet pilote Nos écoles, nos données est un exemple concret de réutilisation des données" que l'on peut consulter sur la plateforme open data.
 
"Sur une cartographie, on a listé l'ensemble des écoles d'une commune ou d'une ville. Sur cette carte, on a associé des informations essentielles sur les différents établissements scolaires de la localité. Notamment le nombre d'élèves, la situation géographique de l'école par rapport aux points d'eau ou aux centres de santé, les latrines, les cantines et les logements des enseignants. Un seul clic permet de découvrir toutes ces informations sur une école donnée. Je pense que cette plateforme pourrait même orienter le gouvernement dans sa politique en matière d'éducation, en intensifiant par exemple, les efforts dans les localités où il y a peu d'écoles", explique Malick Tapsoba.
 
Les producteurs de données sont donc invités à approcher les responsables du projet Open data pour contribuer à nourrir la plateforme.
 
Les premières expériences semblent indiquer que les ministères et autres institutions du public comme du privé, ainsi que la société civile, sont plutôt enclins à collaborer avec les responsables de la plateforme "data.gov.bf".
 
Vers un "gouvernement ouvert"
 
Selon la représentante résidente de la Banque mondiale au Burkina, "le pays possède déjà des premiers ensembles de données de qualité qui sont aujourd'hui accessibles pour les entrepreneurs, les chercheurs et autres développeurs qui peuvent utiliser ces fichiers pour générer de nouveaux produits et services, créer des entreprises et des emplois. L'amplification de cette démarche à l'ensemble des ministères pourrait également offrir d'énormes possibilités pour les applications e-gouvernement et ainsi améliorer la gouvernance et la reddition de comptes aux citoyens".
 
Quant aux utilisateurs éventuels des données ouvertes, le ministre du développement de l'économie numérique et des postes espère qu'ils s'approprieront la plateforme "data.gov.bf".
 
"En un clic sur votre ordinateur, vous pouvez tout savoir. Et ce que nous voulons c'est une meilleure introduction des citoyens dans l'appréciation de la gestion des affaires de l'Etat. Le gouvernement met les informations sur la plateforme mais ce sont les utilisateurs qui doivent aller les chercher", affirme-t-il.
 
Et pour s'assurer que l'adresse soit connue de tous, l'Agence nationale de promotion des TIC promet de communiquer.
 
"Nous allons beaucoup communiquer sur la plateforme data.gov.bf. Les citoyens pourront avoir accès à toutes les données disponibles qui seront organisées par thématiques. Nous pensons que cette plateforme va stimuler une saine concurrence entre les ministères. Cela peut paraitre étonnant mais ces données existent déjà et en quantité, mais dans les ordinateurs, dans les bureaux et souvent même à l'insu de tous les responsables des ministères", affirme le directeur général, Alfred Sawadogo.
 
Jean Koulidiati affirme la main sur le cœur que le gouvernement n'a rien à cacher.
 
"Le Burkina n'a pas peur de se lancer dans une telle initiative. Nos partenaires de la Banque mondiale eux-mêmes ont indiqué que nous sommes le seul pays d'Afrique francophone à nous lancer dans cette initiative open data et je crois que jusqu'à présent, seulement cinq pays d'Afrique anglophone l'ont fait. Nous sommes félicites pour notre ouverture d'esprit", indique-t-il.
 
Le souhait de la Banque mondiale est que l'engagement de la démarche d'ouverture de données du Burkina "amène les pays d'Afrique de l'Ouest francophone sur le chemin du gouvernement ouvert".


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