Rapprocher la science et le développement

  • Les USA doivent promouvoir la coopération internationale

Pour Rodney W. Nichols, l'Office pour la Science et la Technologie de la Maison Blanche doit relancer la coopération internationale en matière scientifique et technologique, dans plusieurs domaines.

Donner aux stratégies internationales développées par la Maison Blanche un solide fondement scientifique signifie deux choses. D'une part, réexaminer le rôle joué par le Bureau  pour la Science et la Technologie (OSTP) dans la mise en valeur de la science et la technologie (S&T) dans la détermination de la politique étrangère américaine. D'autre part,  effectuer une restructuration de l'USAID, l'Agence américaine pour le Développement international.

L'OSTP, dirigé par le conseiller scientifique du président, a la lourde tâche de superviser  – sans en exercer le contrôle direct – près de US$ 145 milliards du budget 2008, tout en scrutant l'horizon afin d'évaluer le contexte mondial dans lequel s'inscrivent les efforts du pays.

Satisfaire les besoins des pays en développement – en matière de cultures génétiquement modifiées ou de défense contre le terrorisme par exemple – présente de nombreux défis pour les Etats-Unis et requiert un savoir-faire technologique, tant sur le plan de la politique que de la pratique.

En novembre 2008, le Centre Woodrow Wilson à Washington DC a précisé dans un rapport (OSTP 2.0) quelles seraient les meilleures pratiques quant aux responsabilités mondiales incombant à l'OSTP : d'abord, diriger la politique et les activités internationales en matière scientifique et technologique dans des organisations telles que le G8, la Banque mondiale, et toutes les principales initiatives scientifiques et technologiques bilatérales et multilatérales ; ensuite, oeuvrer avec le Département d'Etat et l'USAID, ainsi que d'autres structures du gouvernement américain, afin d'inscrire la science et la technologie au cœur des stratégies de développement

Promouvoir la coopération internationale 

Pour accomplir de telles tâches, on ne peut pas lésiner sur les moyens. Qu'est-ce qui doit être fait ? Le premier obstacle à franchir consiste à se débarrasser une quantité d'idées fausses. Aux Etats-Unis, comme dans la majorité des pays développés, les budgets scientifiques, déjà limités, sont soumis à des tests de plus en plus rigoureux où de leur contribution à la richesse ou à la productivité nationale doit être justifiée.  C'est une attitude qui encourage la perception de la coopération internationale comme un 'luxe humanitaire' se limitant à un 'don des connaissances américaines profitant aux autres'.

Un tel scepticisme est injustifié. En effet, une vague montante de coopération internationale en matière de recherche – par exemple pour développer une énergie nucléaire sûre et fiable – contribuera au décollage économique de tous les pays. Le protectionnisme et l'hyper nationalisme sont les ennemis des progrès scientifiques dans le monde. Pratiquement toutes les sociétés privées – de General Electric à Microsoft, d'Intel à Pfizer – réalisent que la coopération transnationale en matière de recherche,  de développement, de fabrication, de commercialisation et de distribution est indispensable. Il est grand temps que le gouvernement le comprenne aussi.

Ainsi, parmi les premières mesures à prendre par l'OSTP, figure la nécessité de promouvoir une compréhension de l'importance de la participation américaine aux projets internationaux et aux débats sur les priorités des pays en développement. La recherche-développement (R&D) moderne orientée vers des objectifs socio-économiques exige absolument des liens à l'échelle planétaire, une nécessité qui devient de plus en plus incontournable chaque jour.

La science et la technologie doivent donc se trouver au centre de la politique étrangère des Etats-Unis, non seulement dans le domaine de la sécurité mais également dans ceux de la diplomatie et du développement. L'engagement du gouvernement doit passer outre les querelles des partis et les luttes mesquines, comme celles qui ont suscité la réduction considérable des fonds précédemment alloués à la science et la technologie en décembre 2007, par l'annulation brutale de US$ 150 millions destinés au réacteur thermonucléaire expérimental international – une décision de ne pas respecter une promesse faite de manière solennelle, décevant les physiciens du monde entier.

Inscrire la science dans les activités de l'USAID

La deuxième grosse tâche du gouvernement consiste à réformer l'ensemble de l'aide étrangère américaine, qui s'élève pratiquement à US$ 25 milliards, dans le but d'infuser la science et la technologie dans toutes les activités visant à améliorer la vie des populations dans le monde en développement.

Avant toute chose, réformer l'USAID est une question urgente. L'agence disposant d'un budget d'environ US$ 15 milliards constitue une parfaite illustration des distorsions dues au triomphe des actions politiques et bureaucratiques à court terme sur les priorités rationnelles. Ainsi, la priorité est trop souvent accordée à des programmes de courte durée, politiquement séduisants, par rapport aux initiatives majeures durables qui sont le fondement même du développement à long terme.

L'USAID possède très peu de hauts cadres scientifiques et du génie, une estimation récente faisant état de six ingénieurs et 16 experts agricoles – un nombre en baisse significative depuis une génération. L'agence entretient des liens médiocres avec la communauté d'acteurs américains engagés dans la recherche-développement, l'éloignant ainsi des derniers progrès technologiques.

Cet isolement entrave énormément l'efficacité de l'USAID sur le terrain. L'insistance du Congrès de financer des consultants de 'think tanks' (centres de recherche, de pensée) et autres donneurs d'aide traditionnels a aussi un effet néfaste. Il faut davantage de concurrence, entre de nouveaux acteurs explorant de nouvelles approches, en privilégiant les 'do tanks' (centre d'actions) à l'instar de la Fondation civile américaine pour la recherche et le développement ou les centres académiques orientés vers l'action, avec leurs réseaux bien établis dans les pays en développement. 

Le Congrès devrait donner son aval à la nomination de Nina Fedoroff, conseillère en matière de science et de technologie. L'USAID devrait lui assigner la tâche de mettre sur pied un nouveau fonds annuel de recherche-développement de US$ 100 millions, et de mettre l'accent sur les efforts conjoints pour satisfaire les besoins du monde en développement.

Ceci passera par le financement d'une solide recherche-développement dans des domaines ciblés tels que les ressources en eau, et par l'élaboration de stratégies débouchant, objectif connexe, sur le renforcement des capacités humaines à l'étranger. Cela signifiera recruter un personnel scientifique et technique hautement qualifié, soutenir uniquement des projets irreprochables, ouvrir la concurrence à tous et évaluer rigoureusement les résultats obtenus.  

Ce modèle a déjà été utilisé dans les programmes de recherche-développement par le Département de la Défense. Il permit alors le développement de matériels de pointe, de l'Internet et de la miniaturisation électronique. Il pourrait ainsi permettre d'atteindre des objectifs de développement.

La Commission bipartite d'aide a déjà proposé d'utiliser ce modèle pour s'attaquer aux problèmes à long terme -- tels que la reforestation ou le développement d'infrastructures. Le nouveau fonds, qui va octroyer subventions et contrats sur une base compétitive, serait administré par un nouveau Bureau pour la Science et la Technologie de l'USAID et gouverné par un comité indépendant d'examinateurs externes. Ce comité pourrait également conseiller l'USAID et le Département d'Etat sur des choix techniques variés  

Le nouveau Président et le nouveau Congrès devraient suivre cette initiative. Elle contribuerait largement à faire rentrer l'USAID 'dans le monde du vingt unième siècle'.

Rodney W. Nichols est Président et directeur exécutif émérite de l'Académie des Sciences de New York, Etats-Unis.