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Le Nigéria doit poursuivre son travail sur les cultures GM
  • Le Nigéria doit poursuivre son travail sur les cultures GM

Crédit image: Flickr/CIAT International Center for Tropical Agriculture

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Ademola A. Adenle exhorte le Nigéria à se doter d'une loi sur la biosécurité pour que les agriculteurs puissent tirer profit des biotechnologies.

La modification génétique (GM) est utilisée dans la fabrication de produits pharmaceutiques, la médecine expérimentale et l'agriculture depuis plus de 15 ans.

Les cultures GM offrent des rendements accrus, des revenus plus élevés, une plus grande résistance aux maladies et aux ravageurs, des variétés améliorées et des avantages environnementaux - tout en améliorant la qualité de vie des agriculteurs pauvres dans les pays en développement.

En 1996, lorsque les cultures GM ont été officiellement commercialisées pour la première fois, six pays ont en planté, pout un total de 1,7 millions d'hectares. En 2010, cette superficie atteint 148 millions d'hectares dans 29 pays, dont 19 dans le monde en développement.

Cette multiplication par 87 fait de la modification génétique la technologie de culture la plus rapidement adoptée dans l'histoire de l'agriculture moderne.

Pourtant, seuls quelques pays africains, dont le Burkina Faso, l'Egypte et l'Afrique du Sud, disposent de lois fonctionnelles sur la biosécurité – or c'est là une exigence principale avant que les agriculteurs ne puissent produire des cultures GM à but commercial.

Si le Kenya est sur le point de produire des cultures GM à l'échelle commerciale après avoir adopté une loi sur la biosécurité en 2009 et peaufiné récemment son règlement de biosécurité, le Nigeria, pays le plus peuplé du continent, ne figure pas dans le groupe de pays ayant adopté cette technologie. Mais pour quelles raisons ?
 

La capacité du Nigeria en matière d'OGM


La technologie des OGM suscite la critique, en particulier des organisations non gouvernementales (ONG), en raison des risques potentiels. Pourtant, peu de preuves scientifiques viennent appuyer ces critiques. Des conséquences nocives sur la santé humaine ou des problèmes environnementaux provoqués par les produits GM n'ont à ce jour pas été rapportés.

En tant que l'un des principaux pays africains dans le domaine du développement des techniques biotechnologiques de base, en particulier l'amélioration des plantes, le Nigeria est bien placé pour utiliser les cultures GM.

L'Institut international d'Agriculture tropicale (IITA), qui est basé au Nigeria, dispose de l'expertise et des infrastructures nécessaires. Et des institutions telles que le National Root Crops Research Institute (L'Institut national de Recherche sur les Cultures à Racine ou NRCRI), à Umudike, et l'Institut de Recherche agricole (IAR), à l'Université Ahmadu Bello, à Zaria, travaillent aux côtés de l'IITA sur les essais expérimentaux confinés du manioc et du niébé génétiquement modifiés.

Cela démontre que le Nigeria a déjà fait les premiers pas vers l'adoption de la technologie OGM. Le pays se doit néanmoins de mieux coordonner ses efforts – et d'adopter une loi sur la biosécurité avant que les produits génétiquement modifiés ne puissent être mis en vente.
 

Des progrès lents


Le Nigeria est signataire du Protocole de Cartagena sur la biosécurité relatif à la Convention sur la diversité biologique, qui rend la production des cultures GM à des fins commerciales conditionnelle à l'adoption de lois sur la biosécurité.

L'objectif est d'assurer que les pays disposent à la fois d'un cadre réglementaire et de la capacité (en termes de personnes, d'expertise et de technologies) pour entreprendre une pleine évaluation des risques par rapport à l'utilisation d'organismes génétiquement modifiés.

Pour Bamidele Solomon, directeur de l'Agence nationale de Développement des Biotechnologies (NABDA), organe responsable de la coordination et de la promotion du programme de biotechnologie du Nigeria, la NABDA et d'autres parties prenantes ont fait tout ce qui est en leur pouvoir pour faire adopter une loi sur la biosécurité -- tout est désormais entre les mains des législateurs.

Le président du Comité parlementaire sur l'agriculture sous la précédente administration, Gbenga Makanjuola, explique que la loi sur la biosécurité a été adoptée par la Chambre des représentants (la chambre basse du Parlement), mais doit encore être débattue au Sénat (la chambre haute) avant d'être approuvée par le président.

Si les raisons de ce retard sont peu claires, il se peut qu'il soit dû à du lobbying, au changement d'administration, et au fait que cette question ne constitue pas une grande priorité. A titre personnel, je m'attends à ce que le nouveau gouvernement récemment élu accorde une grande considération à la loi sur la biosécurité.
 

Moderniser l'agriculture


La majeure partie de la population du Nigéria travaille dans le secteur agricole ; les législateurs devraient donc accorder une priorité absolue à toutes les questions qui se rapportent au développement agricole de ce pays.

La technologie GM a le potentiel d'accroître la productivité agricole et d'améliorer la qualité de vie des agriculteurs du Nigeria. Elle peut stimuler les rendements des cultures comme le manioc, la pomme de terre, l'igname et le maïs, apporter la résistance aux ravageurs et aux maladies, améliorer le contenu nutritionnel des cultures et prolonger leur durée de conservation.

Ainsi, le rendement moyen du maïs au Nigeria est inférieur à 1,7 tonne par hectare, contre une moyenne de 10-15 tonnes par hectare dans les pays développés. Les revenus sont donc faibles, ce contribuant à la pauvreté chez les agriculteurs.

Le secteur agricole nigérian, autrefois florissant, a souffert des années de mauvaise gestion, d'une absence de recherche et développement, et d'infrastructures non adéquates.

Il faut le moderniser, dans le but de réduire la faim et la pauvreté, de permettre au Nigeria de rivaliser avec les marchés internationaux, et de créer des possibilités d'emploi pour soutenir l'économie.

L'adoption d'une biotechnologie agricole moderne, en particulier la technologie des OGM, est la clé pour résoudre certains des problèmes agricoles du Nigeria.

Le pays va devoir investir dans la recherche et développement, et mettre en place une politique appropriée et un cadre juridique pour protéger les pratiques agricoles traditionnelles, les variétés végétales locales étant une partie intégrante du système agricole nigérian.

Le Nigeria doit adopter une approche réglementaire prudente, et s'adapter lorsque davantage de connaissances seront disponibles. Le gouvernement doit également éduquer le public, les agriculteurs et les institutions gouvernementales, y compris les médias et le secteur privé, dans le but d'améliorer la compréhension de la technologie GM.

Ademola A. Adenle est chercheur postdoctoral à l'Université des Nations Unies-Institut des Hautes Etudes (UNU-IAS) et chercheur auprès du National Graduate Institute for Policy Studies (GRIPS), au Japon.

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