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Les petits cultivateurs recourent aux circuits informels pour les semences
  • Les petits cultivateurs recourent aux circuits informels pour les semences

Crédit image: Robin Hammond / Panos

Lecture rapide

  • L'étude montre la façon dont les petits exploitants se procurent les semences dans 6 pays

  • Les chercheurs ont noté que l’essentiel des semences provient des circuits informels

  • Les points de vente de produits pour l’agriculture sont loin des petits exploitants

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[NAIROBI] Les petits agriculteurs se procurent plus de 90 % de leurs semences à partir des circuits informels, selon une nouvelle étude.
 
L'étude en question a été menée pour aider à examiner dans quelle mesure le secteur informel continue de jouer un rôle central dans l'acquisition de semences, et à déterminer les interventions à préconiser pour stimuler la production agricole chez les petits exploitants.
 
Les chercheurs ont utilisé des données issues d'interviews de 2 592 ménages au total dans six pays (République démocratique du Congo, Kenya, Haïti, Malawi, Sud Soudan et Zimbabwe) et ce de 2009 à 2012, d’après l'étude publiée dans la revue  Food Security, le 18 janvier 20.
 
Louise Sperling est co-auteur de l'étude, et conseillère technique principale de Catholic Relief Services, aux États-Unis, pour les questions relatives aux systèmes de semences.
 
Elle déclare que l'étude a révélé une importante déconnexion entre les mécanismes formels d'approvisionnement et la façon dont la plupart des petits exploitants se procurent les semences.
 
Elle ajoute que les résultats représentent une excellente occasion pour améliorer l'accès des agriculteurs à de meilleures variétés de cultures ; ce qui est essentiel pour faire face aux défis liés aux changements climatiques, à la nutrition, et à d'autres problèmes de production dans une région où la  sécurité alimentaire demeure une préoccupation majeure.

Les agriculteurs plantent 55 % des semences qu'ils achètent principalement sur les marchés locaux ou à leurs amis et leurs collègues agriculteurs

Louise Sperling
Catholic Relief Services - Etats-Unis

 
"Cette étude montre que les petits exploitants dépensent de l'argent pour les semences et utilisent des réseaux qui leur sont accessibles et qui sont adaptés aux conditions changeantes", explique Louise Sperling.
 
Ces chercheurs ont analysé 9 660 transactions de semences portant sur 40 cultures et ont constaté que contrairement à ce que l’on a tendance à croire, la plupart des petits exploitants en Afrique – les principaux producteurs du continent qui cultivent environ un hectare de terre ou moins - ne dépendent pas des semences gardées d’année en année.
 
"Les agriculteurs plantent 55 % des semences qu'ils achètent principalement sur les marchés locaux, ou à leurs amis et leurs collègues agriculteurs", affirme Louise Sperling.
 
L'étude montre que les marchés locaux stockent plusieurs tonnes de légumineuses -- constituées principalement à 64 % de haricots et de doliques (ou niébés) qui sont une source essentielle de protéines et d’autres substances nutritives.
 
Pour Louise Sperling, “le problème tient au fait que la plupart de leurs achats passent par des canaux informels comme les marchés locaux en plein air, qui n’ont pas accès à un grand nombre de nouvelles variétés de cultures qui pourraient aider les agriculteurs à améliorer la nutrition et à s’adapter aux changements climatiques".
 
Joseph Opiyo est chercheur à l'Institut Tegemeo de politique et de développement agricoles, un groupe de réflexion en matière agricole et de politiques à mettre en œuvre à l'Université Egerton basée au Kenya.
 
Pour lui, il n’est plus courant que les petits exploitants d’Afrique gardent des semences d'année en année, en raison de la faible production et de l’apparition de ravageurs de denrées stockées que les agriculteurs n’arrivent pas à combattre à l'aide des méthodes traditionnelles ou même modernes de conservation des grains.
 
"Des pourcentages élevés de petits exploitants en Afrique utilisent le marché informel comme une importante source de semences de légumineuses parce qu'ils pratiquent davantage une agriculture de subsistance", explique Joseph Opiyo.
 
Charles Katabalwa, agriculteur et gestionnaire de programme de la Community enterprises development organisation, dans le district de Rakai, en Ouganda, laisse entendre que les agriculteurs préfèrent les semences d’origine locale à celles des points de vente de produits pour l’agriculture, qui sont situés loin d'eux.
 
"D'autres agriculteurs manquent de connaissances sur l’intérêt des semences améliorées par rapport aux semences locales, et les distributeurs, de leur côté, ont parfois des variétés de qualité médiocre", ajoute-t-il.

Références

Shawn McGuire and Louise Sperling Seed systems smallholder farmers use (Food Security, 19 January 2016)
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