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  • Le stockage du carbone grâce au charbon – une idée très critiquée

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[BONN] Des défenseurs de l'environnement viennent de lancer une campagne de protestation contre un procédé de gé-oingénierie qui, selon eux, gagne du terrain alors même qu’il n'ai pas été testé et qu’il risque d’avoir des répercussions sur la société et sur l’environnement.

Le biochar sous sa forme la plus amitieuse consiste à rassembler d’importantes quantités de biomasse, par exemple dans des plantations créées à cet effet, et de transformer du carbone issu de leur matière végétale en charbon. Ce charbon est ensuite enfouit dans le sol où l’on espère qu'il restera éternellement, améliorant ainsi la fertilité du sol.

L'utilisation du biochar figure sur le projet d'ordre du jour des négociations climatiques de Copenhague prévues en décembre prochain. Les défenseurs du biochar prétendent qu'il a le potentiel pour absorber entre 5,5 et 9,5 gigatonnes de carbone chaque année.

La Gambie, le Ghana, le Lesotho, le Mozambique, le Niger, le Sénégal, le Swaziland, la Tanzanie, l'Ouganda, la Zambie et le Zimbabwe ont tous défendu la méthode du stockage du carbone dans les sols, surtout par la technique du biochar, qui devrait devenir un produit du marché mondial des crédits carbone, qui est le mécanisme par lequel l'émission et l'absorption du carbone sont sanctionnées et récompensées financièrement. Ces pays sont convaincus qu'il s'agit d'un moyen de lutter contre les changements climatiques, assurer la sécurité alimentaire et énergétique regénérer les sols dégradés.

Cependant, une coalition composée de 150 organisations a lancé une campagne contre le biochar cette semaine (6 avril) lors des négociations climatiques de Bonn, tenues dans le cadre des préparatifs de la conférence de Copenhague. Ce groupe a fait un parallèle entre l'enthousiasme suscité par la production massive du biochar et la course aux biocarburants, dont le grand public n’a pris conscience des inconvénients que des années après.

Dans leur rapport intitulé 'Le biochar, une nouvelle menace pour les populations, les terres et les écosystèmes', l'atteinte des objectifs les plus ambitieux du biochar impliquerait l'utilisation de 500 millions d'hectares de plantations d'arbres et de cultures.

Ce groupe, constitué d'associations de petits agriculteurs, de groupes de protection de la forêt, de réseaux environnementaux et de défenseurs des droits de l'homme, a appelé les gouvernements à approfondir l'étude du biochar pour lever toute incertitude scientifique qui pèse à la fois sur sa capacité à absorber le carbone de l'atmosphère et les effets secondaires de son utilisation.

"Il faut que cette idée se fonde sur des bases scientifiques sérieuses. Si une controverse autour de l'aspect scientifique subsiste, il convient d’étudier plus profondément les raisons de cette controverse", estime Khamarunga Banda, chercheur issu de la société civile, basé à Pretoria, en Afrique du Sud.

Victoria Tauli-Corpuz, Présidente du Forum permanent des Nations Unies sur les Questions indigènes, pense que la campagne internationale pour la production du biochar peut déboucher sur une colonisation des terres agricoles des populations indigènes.

Mais d'après Xavier Mugumya, spécialiste de la gestion des forêts à l'Autorité nationale des Forêts de l'Ouganda, le gouvernement ougandais veut utiliser le biochar pour stopper la dégradation des sols, la désertification, et pour aider les petits agriculteurs à gagner de l'argent en produisant du charbon.

Par contre, Alexander Mueller, Directeur général adjoint du Fonds des Nations Unies pour l'Alimentation et l'Agriculture, estime que les institutions comme le Mécanisme pour un Développement propre (MDP) n'offre pas suffisamment de mesures pour inciter les agriculteurs à s’engager dans cette activité.

"Nous avons tous compris que l'agriculture a un énorme potentiel de stockage du carbone…Nous élaborons des méthodologies et ouvrons des portes pour le financement initial de tous ces projets."

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