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L’Afrique perd 68 milliards de dollars par an à cause de la dégradation des sols
  • L’Afrique perd 68 milliards de dollars par an à cause de la dégradation des sols

Crédit image: Flickr/United Nations Photo

Lecture rapide

  • Le continent paie un lourd tribut à la dégradation des sols

  • La formation de pédologues et la qualité des engrais sont en cause

  • Les experts proposent des recommandations en dix points, pour assurer la pérennité des sols

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[DAKAR] L’information a été rendue publique lors du lancement du rapport "Conserver, restaurer, améliorer les sols en Afrique”, rédigé par le Panel de Montpellier, qui regroupe des spécialistes africains et européens de l'agriculture, du commerce, de l'écologie et du développement.
 
Le document rappelle que la dégradation des terres réduit la fertilité des sols, affaiblit les rendements et accroît les émissions de gaz à effet de serre.

En Afrique, 65% des terres arables, 30% des pâturages et 20% des forêts seraient d’ores et déjà touchés.
 
Les causes les plus fréquentes relèvent d’un usage limité des engrais et à de mauvaises pratiques en matière de gestion des terres.
 

“Beaucoup d’acteurs ne considèrent pas les sols comme une priorité.”

Gordon Conway, Président du Panel de Montpellier

Le président du Panel, Sir Gordon Conway, enseignant à l'Imperial College de Londres, a déclaré à SciDev.Net que "c’est un problème très grave ignoré par les bailleurs de fonds européens et les gouvernements africains."
 
Les experts rappellent que dans la mesure où le sol est la pierre angulaire de la sécurité alimentaire et du développement agricole, "prendre soin, restaurer, améliorer et conserver les sols devrait devenir une priorité mondiale majeure."
 
Restaurer les sols
 
Le panel a ainsi formulé une dizaine de recommandations pour renforcer l’appui politique et financier à une gestion durable des terres, initier une révolution du "Big Data" sur les sols, créer des incitations pour sécuriser les droits fonciers, renforcer les capacités en matière de sciences du sol en Afrique et adopter une gestion intégrée des sols.
 
Les spécialistes de divers horizons qui ont assisté au lancement du rapport, à Dakar, ont apprécié son contenu et proposé des amendements.
 
"Nous partageons le constat, car en Afrique, nous utilisons par exemple moins de 10 kg d’engrais par hectare, alors que dans certains pays développés, ils en sont à 100kg par hectare", affirme Omar Niangando, délégué pour l’Afrique de l’Ouest de la Fondation Syngenta pour une agriculture durable.
 
"Cela ne veut pas dire que les paysans ne connaissent pas les engrais. Le problème, c’est qu'ils ne peuvent pas toujours y accéder”, poursuit-il, avant d'ajouter:
 
“Les engrais que nous recevons aujourd’hui ne sont pas de bonne qualité. Actuellement au Mali, il y a un grand débat sur l’importation de 40.000 tonnes d’engrais de mauvaise qualité. De l’engrais qui ne présente que 10% d’azote au lieu de 16% prévus par la commande. C’est vous dire que nous avons besoin d’expertise dans ce domaine."
 
Certains participants ont posé la question de savoir qui choisit les engrais dans les pays africains, sans obtenir une réponse claire.
 
Mais un constat s’est imposé à tous: la nécessité de former un plus grand nombre de spécialistes, pour venir en appui au processus de gestion intégrée des sols.
 
Formation
 
El Hadj Traoré, directeur scientifique de l’Institut sénégalais de recherche agricole (ISRA), déplore que les universités africaines forment de moins en moins de pédologues: "A titre d’exemple, à la faculté des sciences de Dakar, l’institut des sciences de la terre se focalise essentiellement sur des domaines comme la géologie et les mines”, estime-t-il, avant d’ajouter: "Bien sûr les minerais rapportent gros, mais sans l’agriculture, le continent ne s’en sortira pas”.
 
Pour sa part, Hamet Aly Sow, chargé de programme à l’Association Sénégalaise pour la Promotion du Développement à la base (Asprodeb), a regretté que les recommandations du Panel ne mettent pas l’accent sur le rôle clé que doit jouer l’acteur agricole.
 
"On doit investir sur les acteurs de la recherche, sur la maîtrise des circuits de financement, mais aussi sur l’acteur agricole, qu’il soit pasteur, agriculteur, pêcheur ou éleveur. Car c’est lui qui fait face à ces enjeux. C’est très important, surtout qu’il faut une synergie car les questions de dégradation de sols sont à un niveau transversal”, estime-t-il.
 
Le rapport du Panel de Montpellier intervient dans un contexte où l’année 2015 a été désignée année internationale des sols par les Nations Unies.

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