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Déclin alarmant des populations d’éléphants du Gabon
  • Déclin alarmant des populations d’éléphants du Gabon

Crédit image: Zeeyolq Photography

Lecture rapide

  • Une étude montre une chute alarmante du nombre d’éléphants de forêt

  • La cause principale est liée au braconnage transfrontalier

  • Les chercheurs recommandent une meilleure coopération internationale

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Selon une étude parue dans la revue Current Biology (1), la population des éléphants de forêt d’Afrique centrale a connu un déclin de 81% entre 2004 et 2014, principalement dans le Parc National de Minkébé, au Gabon.
 
De précédentes évaluations avaient fait état d’une réduction de 65% de la population d’éléphants dans ce parc, situé à quelques encablures de la frontière camerounaise.
 
Mais selon les auteurs, le bilan est bien plus élevé : "En utilisant deux approches de modélisation indépendantes, nous avons estimé à 78-81% la baisse du nombre d'éléphants sur une période de dix ans", écrivent-ils.
 
Ceci correspond à 25 000 têtes d’éléphants.
 
Il est généralement admis que les grandes aires protégées préservent les éléphants de forêt, en soutenant de grandes populations contre la détérioration de l'habitat, ainsi que d’autres facteurs liés, entre autres, à l’activité humaine.
 
Avec une superficie de 7570 km2, le Parc National de Minkébé est la plus grande zone protégée du Gabon (avec une superficie supérieure de 34% à la moyenne régionale) et se trouve à 58 km de la plus grande route nationale du pays.
 
Toutefois, ce parc, censé être un sanctuaire pour les pachydermes, est en fait devenu leur mouroir, entre autres, à cause des activités des braconniers.
 

“Le Cameroun joue un rôle majeur dans le commerce de l'ivoire, la ville de Douala servant de point de sortie.”

Extrait de l'étude

Plus de 150 carcasses d'éléphants ont été enregistrées dans la région entre 2012 et 2015 et une grande partie de l'ivoire saisi sur le marché international proviendrait du triangle Cameroun-Gabon-Congo, qui comprend le Parc de Minkébé.
 
La route nationale du Cameroun se trouve à 6,1 km du Parc de Minkébé à son point le plus proche, ce qui rend l'accès au parc relativement facile.
 
De plus, le Cameroun joue un rôle majeur dans le commerce de l'ivoire, la ville de Douala servant de point de sortie important.
 
De fait, en plus du braconnage à l’intérieur-même du territoire gabonais, une autre forme de braconnage transfrontalier s’est donc développée au fil du temps, prenant pour cible principale le plus grand parc du pays.
Les experts estiment que 50% des éléphants de forêt d’Afrique centrale vivent au Gabon et soulignent qu’en l'absence d'une application rigoureuse de la loi, les concessions de bois à l'ouest et au sud du parc - accessibles par les routes forestières – sont devenues des aires de braconnage plus faciles d’accès que les forêts classiques.
 
En 2011 au Gabon, l'Agence Nationale des parcs nationaux (ANPN) a expulsé plus de 6 000 immigrants clandestins, pour la plupart camerounais, d'un camp illégal d'extraction d'or à l’intérieur du parc.
 
Le site était un important centre d'activités criminelles, notamment de braconnage, avec comme base arrière la ville camerounaise de Djoum.
 
Les chercheurs estiment que le gouvernement gabonais n'a pas été en mesure de détecter ou de freiner les activités de braconnage d’éléphants pendant la majeure partie de la décennie 2004-2014.
 
Avant 2011, les autorités avaient peu investi dans la gestion du parc : l'ANPN ne disposait que de ressources suffisantes, notent encore les chercheurs.
 
En raison de l'importante activité de braconnage, le gouvernement a dû élever le niveau de protection de l'éléphant de forêt, doubler le budget de l'ANPN et installer une unité de police à l'intérieur du parc.
 
De plus, pour combattre le trafic illicite d’ivoire, le Gabon est devenu en 2012 le premier pays d'Afrique centrale à brûler ses stocks d'ivoire.
 
Bien que louables, ces initiatives sont manifestement insuffisantes, déplorent les chercheurs, car le braconnage est un problème complexe qui se nourrit des aléas de marchés internationaux, notamment asiatiques, et du caractère transfrontalier de l’activité.
 
L’étude recommande une meilleure coopération entre les Etats, dans le sens de concevoir des zones multinationales protégées, en coordonnant l'application de la loi et en engageant des poursuites contre les auteurs de crimes, quelle que soit leur nationalité.

Références

(1) DOI: 10.1016/j.cub.2017.01.023: Poaching empties critical Central African wilderness of forest elephants.
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