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Les publications scientifiques africaines devraient consacrer leurs ressources à un journalisme de qualité et à une rémunération adéquate des journalistes.
  • La culture du plagiat porte préjudice aux journalistes africains

Les publications scientifiques africaines devraient consacrer leurs ressources à un journalisme de qualité et à une rémunération adéquate des journalistes.
Crédit image: Flickr/Africa Center for Strategic Studies

Lecture rapide

  • Le plagiat s'associe à la rareté des financements dédiés au journalisme pour créer un cercle vicieux

  • Les plagiaires ignorent souvent la législation du droit d'auteur ou les conditions d'utilisation des ressources en ligne

  • S'attaquer au plagiat permettrait d'améliorer la qualité du journalisme scientifique africain

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Dans le premier article d'une série consacrée à la promotion du journalisme scientifique africain en ligne, Linda Nordling, la rédactrice en chef de Research Africa, s'attaque au plagiat.

Ces dernières années, l'Afrique a joui d'une croissance dans le nombre de journalistes compétents et intéressés par le journalisme scientifique. Dans la plupart des cas, pourtant, les journalistes africains sont sous-payés et peu sollicités. Convaincre les rédacteurs en chef d'accepter des articles sur la science reste une gageure dans la plupart des pays africains.

Les emplois stables dans le journalisme scientifique étant rares, de nombreux journalistes sont contraints à exercer en indépendants et à vivre au jour le jour sur de maigres revenus.


Les articles commandés auprès des journalistes indépendants sont récompensés, le plus souvent, par des honoraires dérisoires. Un sondage a ainsi révélé que le tarif pour les articles scientifiques sur le continent peut chuter jusqu'à 8 centimes de dollar par mot, soit US$40 pour un article de 500 mots. Le taux minimal recommandé par l'Association de journalistes indépendants d'Afrique du Sud est de 2,6 rands sud-africains (soit environ 28 centimes de dollar) le mot.

Les difficultés financières auxquelles les publications scientifiques africaines font face limitent leur capacité à améliorer ces faibles tarifs. La rareté des fonds sous-tend par ailleurs une pratique qui mine la qualité du journalisme scientifique sur le continent : le plagiat.
 

Une pratique qui fait problème


Republier des contenus sans autorisation ou sans rien verser au titulaire des droits d'auteur est une pratique malheureusement répandue dans le paysage médiatique africain au sens large.

L'omniprésence du plagiat et ses effets sur le journalisme africain ont fait l'objet d'un examen éclairé par Simon Allison, dans un article publié récemment par Good Governance Africa, une organisation de recherche et de plaidoyer. [1]

C'est une pratique perceptible dans les quelques publications scientifiques africaines en herbe, qui nuit à la qualité d'un journalisme original et constitue l'un des facteurs de la rareté persistante des financements dont souffre le journalisme scientifique africain.
 

Un copié collé gratuit et simple


Je peux en témoigner de par ma propre expérience en tant que rédactrice en chef de Research Africa, un bulletin d'information hebdomadaire en ligne basé au Cap qui suit l'évolution du financement de la recherche sur le continent.

Chose assez atypique parmi les publications scientifiques africaines, Research Africa se finance sur la base d'abonnements. Chaque mois, seuls quelques articles sont accessibles 'gratuitement' sur Internet, le reste étant payant.

Grâce aux recherches et aux alertes sur Google, je peux suivre l'évolution des articles en accès gratuit après leur publication. Leur parcours laisse pantois. On les retrouve fréquemment copiés collés sur d'autres sites Internet. Parfois, Research Africa est cité comme source, parfois non ; certains sites Internet s'autorisent même à remplacer le nom du journaliste par l'un des leurs.

Lorsqu'un cas se présente, je contacte les responsables de l'organisation en question (quand c'est possible) et je leur demande de retirer l'article, en leur expliquant qu'il s'agit là d'une violation de la législation sur le droit d'auteur. Le plus souvent, ils me présentent leurs excuses et s'exécutent immédiatement.

Dès lors, je suis convaincue qu'il n'y a aucune intention de nuire. Le problème est dû à un manque de connaissances en matière de propriété intellectuelle et à une maîtrise approximative des conditions d'utilisation des ressources en ligne.

Certains pourraient faire valoir que l'information payante protégée par le droit d'auteur relève désormais du passé. Toutefois, je m'insurge contre une défense au nom de 'l'accès libre à l'information'. Partout dans le monde, les journalistes voient leur charge de travail s'accroître tandis que leurs honoraires payés par article sont rattrapés par l'inflation.

Le mouvement de l'accès libre à l'information fait émerger de nouveaux modèles de publication et de financement pour soutenir le journalisme. Quels que soient ces modèles, ils n'échapperont pas à la nécessite d'un journalisme de qualité. Et c'est cette qualité que la culture du plagiat ne cesse de détruire en Afrique.
 

L'impact financier


Peu importe les motivations exactes, le plagiat a des conséquences néfastes pour toute publication qui essaie de survivre dans les conditions impitoyables actuelles du marché de la presse.

Pour Research Africa, les articles gratuits sont un investissement de marketing. Ces articles sont faits pour être partagés, mais de manière à attirer les lecteurs vers notre site Internet, où sont présentées des informations sur l'abonnement donnant accès à l'ensemble des services que nous proposons.

Les publications dont la survie dépend de la publicité doivent aussi protéger leur trafic Internet, puisque le nombre de consultations conditionne les tarifs publicitaires. Si les articles sont reproduits ailleurs, le trafic baisse, menaçant les honoraires que la rédaction peut verser aux journalistes.

Même les organes financés par les bailleurs de fonds, comme SciDev.Net, qui encouragent leurs lecteurs à partager et republier leurs articles dans le cadre d'une licence Creative Commons, souhaitent maintenir le nombre de consultations de leur site à des niveaux élevés et surveiller la façon dont leur contenu est utilisé par d'autres, car ils ont besoin de convaincre leurs sponsors qu'ils méritent toujours leur soutien.
 

La qualité avant tout


Il est certes réconfortant de constater que l'Afrique compte désormais un plus grand nombre de journalistes scientifiques africains compétents. Mais ils méritent d'être rémunérés décemment. Chose qui restera impossible tant que les rédacteurs en chef ne respecteront pas la législation en matière de droits d'auteur.

Sur le continent, de nombreuses publications scientifiques, et notamment les publications en ligne, agissent plutôt comme agrégateurs de contenu, que comme des producteurs de contenu. Cela ne pose aucun problème de principe, hormis la nécessité de travailler dans le respect de la législation et des bonnes pratiques éditoriales. Un bref résumé d'un article disposant d'un lien vers l'URL d'origine est tout à fait acceptable pour un contenu protégé par la législation des droits d'auteur. Un copié collé, non.

Pour améliorer le niveau et la rémunération des journalistes scientifiques africains, il faudra placer l'accent sur la qualité et non la quantité. Davantage de publications scientifiques africaines devraient consacrer leurs ressources limitées à un journalisme solide, fondé sur des recherches et des investigations, ainsi qu'à une rémunération adéquate de leurs journalistes.

Les organes de presse devraient également parfaire les connaissances de leurs rédacteurs en chef dans le domaine de la législation des droits d'auteur et des bonnes pratiques éditoriales. La revente d'articles à d'autres diffuseurs pourrait représenter une importante source de revenus.

Ce n'est qu'une fois que le journalisme de qualité devient économiquement rentable que les journalistes scientifiques africains pourront bénéficier d'un meilleur tarif pour leurs articles. Stopper la culture néfaste du plagiat qui règne sur le continent est un pas incontournable pour atteindre un tel objectif.


La journaliste Linda Nordling, qui travaille au Cap, en Afrique du Sud, est spécialiste de la politique africaine pour la science, l'éducation et le développement. Elle a été rédactrice en chef de Research Africa et collabore au Réseau Sciences et Développement (SciDev.Net), Nature, etc.

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