Rapprocher la science et le développement

  • Les décideurs politiques doivent mieux comprendre la science

Un rapport ougandais affirme que l'intrt des dcideurs pour la science et la technologie s'accrot. .Mais ils ont besoin d'tre soutenus pour pouvoir transformer cet intrt en actes.

S'il existait une voie facile permettant un passage des rsultats scientifiques vers des dcisions politiques, la Confrence des Nations unies de la semaine dernire sur les changements climatiques (COP 17) Durban, en Afrique du sud, aurait certainement t le reflet d'un consensus scientifique et se serait solde par un accord international prcis sur les mesures immdiates prendre pour limiter les missions de carbone.

Mais, comme les dbats houleux l'ont montr, le monde rel ne fonctionne pas de cette faon. En effet, les scientifiques et les hommes politiques voluent dans des cadres pistmologiques diffrents. Cela signifie souvent que ce qui apparat comme une ligne de conduite imprative pour un groupe ne reprsente qu'une simple possibilit -- et dont la mise en uvre n'est pas ncessairement souhaitable -- pour l'autre.

Dans le monde dvelopp, des facteurs tels que l'intrt politique ou conomique personnel peut gnralement tre tenu pour responsable du foss entre les rsultats scientifiques et les dcisions politiques. Dans le cas du rchauffement de la plante, par exemple, la plupart de ceux qui continuent de contester les preuves scientifiques vivent dans des pays (comme les Etats-Unis) qui ont le plus perdre des rductions des missions de carbone.

Dans le monde en dveloppement, par contre, la non prise en compte des preuves scientifiques dans les dbats politiques rsulterait plutt d'un manque de connaissance de la mthode scientifique, ou de son importance et de ses limites.

Les dcideurs politiques de ces pays doivent non seulement tre informs de l'tat des connaissances scientifiques pour pouvoir prendre les dcisions auxquelles ils sont confrontes, mais ils doivent galement pouvoir comparer ces connaissances et leurs limites celles, provenant d'autres sources -- comme les anecdotes des collgues ou les ralits politiques dcrites dans les mdias.

Des leons venant d'Ouganda

Ces questions sont mises en vidence dans un rapport, publi rcemment par le Parlement ougandais et l'Acadmie nationales des sciences de l'Ouganda en collaboration avec l'Office parlementaire britannique de la Science et la Technologie (POST), sur la faon dont le Parlement traite des questions relatives la science, la technologie et l'innovation.

Les entretiens avec des membres du Parlement et leur personnel, associs une tude des dbats et des sances d'information parlementaires permettent de dresser un tableau mitig.

Sur le plan positif, ces entrevues ont rvl l'enthousiasme gnralis pour la science et la technologie (ST) chez les parlementaires. Plus de 90 pour cent d'entre eux ont exprim un intrt pour ces domaines, et deux tiers voulaient non seulement davantage de dbats sur les questions scientifiques, mais souhaitaient que ces dbats soient fonds sur des preuves.

En tant que prsident du comit permanent du Parlement ougandais sur la ST, Obua Denis Hamsom a dclar la chose suivante au cours d'une runion au Parlement britannique Londres la semaine dernire (08 novembre): nous apprenons tous que les dcisions politiques fondes sur des preuves sont la voie suivre au cours de ce millnaire.

Travail restant faire

Mais si les aspirations sont importantes, les ralisations le sont moins. Le rapport constate, en effet, que les questions scientifiques ont reu peu d'attention dans les dbats parlementaires, avec un taux de participation faible, et peu de parlementaires estimaient alors que la science et la technologie taient utiles dans la vie de leurs lecteurs.

Ce rapport a galement mis en vidence que le nombre d'informations pertinentes accessibles tait limit, notamment pour le personnel des bibliothques parlementaires, que ce soit pour des sources d'information scientifique internes qu'externes. Et dans certains cas, les parlementaires avaient des problmes distinguer les preuves scientifiques dignes de foi de celles non fiables.

Tout aussi proccupante est l'analyse des dbats parlementaires qui, selon un responsable du POST qui a particip l'tude, a rvl que dans les faits un certain nombre de dclarations inexactes n'avaient pas t rcuses, comme il n'y a aucune preuve que le DDT provoque des effets toxiques et 80 pour cent des femmes ougandaises souffrent d'uncancer du col de l'utrus.

Certains documents d'information parlementaires taient bien rdigs, mais d'autres l'taient moins. Ils taient mal rfrencs, soumis des prjugs personnels et ne faisaient pas tat des principales sources de preuves produites par des institutions internationales faisant autorit, telles que l'OMS et le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'volution du climat.

Combler le foss

Les leons tires du rapport sont importantes, pas uniquement pour l'Ouganda. Il y a de bonnes nouvelles: les parlementaires semblent avoir pris en compte le fait que la science et la technologie peuvent grandement contribuer au dveloppement. Une conclusion qui se reflte ailleurs dans le monde en dveloppement.

Mais il rvle le foss existant entre leur enthousiasme pour la science et leur capacit la mettre en pratique. Cet tat de fait doit susciter une rflexion sur la faon dont ce foss peut tre combl. Cela ncessite non seulement d'avoir une bonne connaissance des travaux scientifiques, mais aussi une prise de conscience critique la fois de son pouvoir et de ses limites.

Certaines de ces limites ont t clairement exposes Durban au cours de ces deux dernires semaines. Les arguments en faveur de changements radicaux pour parvenir un monde durable ne peuvent se fonder uniquement sur le raisonnement scientifique. Cet objectif ne sera atteint que si une science solide est couple un agenda politique qui reconnait son importance.

Mais cela signifie que les parlementaires et d'autres dcideurs politiques doivent apprendre l'utiliser efficacement -- et cela ncessitera une meilleure connaissance du monde scientifique.

L'une des principales recommandations du rapport ougandais est que les dputs devraient recevoir une formation aussi bien en culture informationnelle qu'en mthode scientifique. Une autre est que la qualit de la recherche scientifique rellement utilise dans l'laboration des politiques devrait tre value parce que les bonnes politiques ne peuvent tre fondes que sur une bonne science.

Ces deux lments peuvent tre des objectifs ambitieux dans un monde o les connaissances scientifiques sont trop souvent considres comme tant le domaine rserv des experts scientifiques. Mais, comme le rapport ougandais l'indique, elles sont indispensables dans la contribution de la science au dveloppement durable.

David Dickson
Rdacteur en chef, SciDev.Net

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