Rapprocher la science et le développement

  • Journalisme scientifique et communication scientifique : un couple parfait

Crédit image: Flickr/European Union 2011 PE-EP/Pietro Naj-Oleari

Les communicateurs et les journalistes se complètent et devraient collaborer pour améliorer la compréhension des connaissances scientifiques par le grand public.

« Des journalistes qui donnent une conférence de presse à des journalistes sur le journalisme », c’est en ces termes que Pekka Isosomppi, attaché de presse de l’Ambassade de Finlande à Londres, a ouvert le mois dernier la conférence-débat sur l’avenir du journalisme scientifique. Des propos accueillis par des rires tonitruants de l’assistance, ce qui a détendu l’atmosphère dans la salle de réception de la résidence officielle de l’Ambassadeur de Finlande au Kensington Palace Gardens.

Mais son choix des mots, et particulièrement l’absence remarquée du mot « science » dans ses propos m’a poussé, et probablement d’autres personnes aussi, à m’interroger sur la huitième conférence mondiale des journalistes scientifiques que la Finlande accueillera à Helsinki le mois prochain (du 24 au 28 juin).

 

LECTURE RAPIDE

  • Certains perçoivent le journalisme scientifique et la communication scientifique comme deux activités concurrentielles
  • Mais les deux activités se définissent mieux par leur engagement envers la science
  • Et elles doivent collaborer pour le développement des connaissances
Est-il impossible de dissocier les journalistes scientifiques de leurs autres confrères journalistes ? A quel niveau la communication scientifique entre-t-elle en ligne de compte ?

 

Journalisme scientifique « en crise »

Dans son allocution à l’endroit du panel, Connie St Louis, présidente de l’Association des écrivains scientifiques britanniques, a dressé les grands traits d’une crise générale qui frappe le journalisme scientifique : perte des sources de financement et d’intérêt alors que dans le même temps, la communication scientifique attire de plus en plus l’attention.

Il faudrait relever que cette crise ne toucherait pas le monde en développement, si l’on en croit les résultats d’une enquête de SciDev.Net publiée en janvier dernier. Toutefois, si ce n’est pas une crise, quelque chose de grave semble se produire dans le journalisme scientifique à travers le monde.

Deux autres panélistes ont déclaré que le journalisme scientifique d’investigation fondé sur des sujets originaux est en déclin. Un rapport indépendant publié en 2011 sur l’exactitude et l’impartialité de la couverture de l’actualité scientifique par la BBC confirme ce point de vue en faisant remarquer qu’elle s’appuie par trop sur les communiqués de presse dans le traitement des sujets d’actualité de la recherche.[1]

St Louis perçoit une certaine tension entre ce qu’elle considère comme le vrai journalisme scientifique et la communication scientifique. Comme l’ont déclaré Pallab Ghosh, spécialiste des questions scientifiques à la BBC et un autre panéliste lors de cet événement, le travail des journalistes scientifiques consiste à poser des questions embarrassantes, et non à jouer les traducteurs ou les propagandistes de la science.  

Mais est-ce une stratégie efficace pour comprendre la relation entre ces deux activités ? Je dirais, qu’en réalité, elles sont complémentaires.

Comprendre la communication

Naturellement, l’objectif de la communication scientifique est de communiquer sur la science. Mais elle s’efforce aussi de mieux comprendre le processus de la  communication, à travers l’analyse et la critique de l’intégralité du processus, et l’identification du meilleur moyen d’informer des publics précis.

Parfois, certains estiment de façon implicite ou explicite qu’il s’agit d’une forme de propagande scientifique. Toutefois, ce point de vue n’est pas plus fondé que la perception du journalisme scientifique comme un journalisme à la recherche de sensations.

Les journalistes scientifiques peuvent être appâtés et séduits par l’attrait d’une histoire sensationnelle, cédant ainsi à la célébrité et à l’argent faciles, tout comme les communicateurs scientifiques peuvent être appâtés et séduits par l’attrait de l’argent facile des organismes de financement qui veulent voir certains sujets être traités ou certaines technologies adoptées. Malgré la probabilité de ces travers, ils ne sont pas le principal trait caractéristique de ces activités.

Je considère que les deux professions se caractérisent principalement par leur engagement en faveur de la science. Dans les notes du programme de mastère en communication scientifique que dirige Felicity Mellor à l’Imperial College, on peut lire ce qui suit : « le journalisme scientifique est d’abord et avant tout une forme de journalisme ».

Cette affirmation est-elle fondée?

Il faudrait ne pas perdre de vue que l’objectif du journalisme est d’écrire des articles qui seront lus. Les lecteurs sont réputés être attirés par le sensationnel : ils veulent être stupéfaits, voire choqués. Les comportements répréhensibles des gouvernements, des entreprises et des individus constituent un sujet privilégié par les journalistes. Mais les « faits » qu’ils révèlent au grand jour ne présentent pas toujours un intérêt pratique.

En outre, le journalisme scientifique se distingue normalement de la communication scientifique dont le rôle est de faire un état des lieux des connaissances dans une discipline scientifique donnée et à un moment précis. Comme la science elle-même, le journalisme scientifique est fondé sur le principe selon lequel il n’existe pas de faits définitifs, mais il reconnaît uniquement l’existence d’un processus permanent d’amélioration de la compréhension.

Lorsqu’en référence aux journalistes scientifiques d’investigation, Gosh a déclaré dans son allocation, « nous avons confiance en Dieu, mais toute autre personne est soumise à la vérification », il aurait pu tout simplement dire : « Nous vérifions toute autre chose ».

Un partenariat idéal

Le journalisme scientifique et la communication scientifique peuvent être considérés comme un couple dont l’union et les rôles complémentaires sont nécessaires à une meilleure compréhension de la science par le grand public. La question n’est pas de savoir laquelle des deux disciplines doit être financée ; elles sont toutes deux essentielles.

Un partenariat entre les deux activités est susceptible d’aider des millions de gens ordinaires à comprendre les contours et implications des nouveaux savoirs et des nouvelles technologies.

Une enquête réalisée en 2011 au Royaume-Uni a mis en évidence le fossé qui sépare l’homme de la rue et les connaissances scientifiques : il a permis de constater que 75 pour cent de la population ne comprend rien au processus d’évaluation par les pairs qui est pourtant l’une des pierres angulaires de la recherche scientifique. [2] Evidemment, quelque chose doit être fait sur cette question - à la fois par les journalistes scientifiques et les communicateurs scientifiques - afin d’informer le public à travers une collaboration avec la communauté scientifique, au sens large.

Pour pousser l’analogie généalogique un peu plus loin, le journalisme scientifique et la communication scientifique peuvent être considérés comme des enfants de l’activité scientifique elle-même. Ce qui fait de leur couple une union entre des cousins croisés : des descendants des mêmes ancêtres ressuscités. Ce qui devrait être une union heureuse et productive.

De bon augure pour des échanges fructueux lors de la conférence de Helsinki – à condition de considérer la science comme le lien qui unit la communication scientifique et le journalisme scientifique.

Kaz Janowski

Editorialiste, SciDev.Net

Références

[1] BBC Trust BBC Trust review of impartiality and accuracy of the BBC’s coverage of science (BBC, July 2011)

[2] Ipsos MORI Public Attitudes to Science 2011 (Ipsos MORI, May 2011)