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  • Analyse africaine : Impulser la collecte de fonds par les universités

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D'après Linda Nordling, le succès éblouissant d'une opération de collecte des fonds à l'Université de Stellenbosch constitue un modèle pour d'autres universités africaines, et montre à quel point le leadership a un rôle crucial à jouer.

L'université de Stellenbosch en Afrique du Sud vient de réussir un exploit propre à modifier la perception que les universités africaines ont de leurs difficultés financières.

Le mois dernier, elle a annoncé avoir attiré des investissements record auprès de sources extérieures et ce dans un contexte de récession économique mondiale, donnant ainsi la mesure de ce qui peut être réalisé grâce à un projet et un leadership appropriés.

D'autres universités africaines devraient examiner de près l'exemple de Stellenbosch. L'essor de la philanthropie scientifique, couplée à une solide croissance économique dans plusieurs pays du continent, met effectivement à disposition des ressources financières dont les institutions entreprenantes peuvent tirer profit.

Afin d'emboîter le pas de Stellenbosch, les universités africaines devront accomplir une certaine évolution. Elles doivent recruter des leaders confirmés dans les domaines académique et de la collecte des fonds. Et elles doivent élaborer des projets pour orienter les investissements au sein de leurs institutions.

Champion de la collecte des fonds en Afrique

Le 11 avril dernier, Russel Botman, recteur de l'université de Stellenbosch annonce que son institution vient de collecter pas moins de 2 milliards de rands (US$ 260 millions) dans le cadre d'une opération quinquennale de collecte des fonds relevant du projet HOPE, axé sur les priorités africaines. [1]

Le soutien accordé par des donateurs individuels est particulièrement remarquable, 14 personnes ayant chacune fait un don de plus de 1 million de rands, un record pour cette université. Autre record pour Stellenbosch : au cours des deux dernières années, on a ainsi enregistré 2.464 donateurs individuels. Selon Botman, c'est à ce jour la plus grande campagne africaine de collecte des fonds dans l'enseignement supérieur.

Ces fonds seront orientés vers un programme de Stellenbosch, dont l'objectif est de poursuivre les efforts de l'université dans la prise de distance avec son passé en tant qu'ancienne enclave afrikaner réputée pour ses liens étroits avec le régime de l'apartheid d'Afrique du Sud, en accueillant la diversité et en relevant les défis auxquels l'Afrique est confrontée dans les domaines de l'enseignement et de la recherche.

Certains progrès ont d'ores et déjà été enregistrés. L'an dernier, les premiers médecins ont étés formés pour exercer en zones rurales par la nouvelle école clinique rurale de l'université. Des résultats ont été obtenus en recherche : des scientifiques ont récemment mis au point un filtre en forme d'un sachet de thé capable de purifier l'eau polluée.

L'université de Stellenbosch s'est inspirée des universités américaines capables de collecter d'énormes sommes auprès de leurs anciens étudiants et des philanthropes. Et en affichant grâce au projet HOPE comment les fonds seront dépensés, l'université de Stellenbosch a su attirer les contributions d'entreprises, de donateurs aisés, d'organismes philanthropiques internationaux ainsi que du gouvernement sud-africain.

L'université a également procédé à un recensement de son personnel académique et identifié les domaines d'excellence susceptibles de susciter l'enthousiasme de potentiels donateurs.

Les mécènes ne manquent pas

D'autres universités africaines peuvent-elles émuler le succès de Stellenbosch ? Peut-être. Mais à condition, pour beaucoup d'entre elles, de revoir leur culture institutionnelle.

Il leur faut changer leurs pratiques en matière de recrutement et de promotion afin de récompenser les chercheurs et les responsables aux compétences avérées dans la collecte de fonds. Il leur faut développer de bons projets pour convaincre les investisseurs à se délester de leur argent.

Ce ne sont pas les donateurs potentiels qui manquent. Plusieurs économies africaines connaissent aujourd'hui une phase de croissance, et avec de plus en plus de ménages aisés, la philanthropie décolle, si l'on en croît un rapport sur les tendances de la philanthropie mondiale publié par le Conseil canadien pour la coopération internationale. [2]

A ce jour, la philanthropie africaine impacte peu les budgets des universités. Le plus gros obstacle reste probablement la rareté de recteurs et doyens entreprenants, capables de positionner leurs institutions pour puiser dans la cagnotte croissante de fonds.

Au delà des frontières de l'Afrique du Sud, hélas, peu d'universités africaines ont à leur tête les dirigeants qu'il leur faut.

Le sous-investissement dans l'enseignement supérieur, associé aux nominations souvent politiques dans les universités, font que peu de professeurs et d'autres hauts responsables savent collecter des fonds ou développer les compétences en matière de recherche dont les institutions ont besoin pour attirer des financements.

En outre, dans plusieurs pays la réglementation n'accorde trop peu de liberté aux universités pour collecter ou dépenser de l'argent ; de nombreux obstacles entravent ainsi la réussite d'opérations de collecte des fonds dans les institutions africaines.

Choisir des leaders compétents

Certains s'attèlent pourtant à faire évoluer la culture des nominations au sein des universités en Afrique.

Umar Bindir, diricteur de l'Office national d'acquisition et de promotion de la technologie (National Office for Technology Acquisition and Promotion) du Nigéria, a ainsi battu campagne pour le recrutement des enseignants et des recteurs sur la seule base de leurs capacités à collecter des fonds extérieurs.

Hassan Mshinda, Directeur de la Commission tanzanienne pour la science et la technologie (COSTECH), oeuvre pour que les promotions soient fondées sur le mérite académique dans les universités de son pays.

Ils se disent engagés dans une lutte de longue haleine pour changer des systèmes d'influence solidement ancrés ; ils jugent que le chemin à parcourir dans les deux pays est encore long.

Ce n'est guère surprenant que le processus de changer les règles de fonctionnement des universités et promouvoir leur autonomie financière prenne du temps.

Mais, tant que les universités n'auront pas à leur tête des dirigeants qui comprennent ce dont ces institutions ont besoin pour étendre et développer les centres d'excellence, elles ne disposeront jamais du genre de projet qui a permis à Stellenbosch de dépasser ses objectifs de collecte des fonds.

Les premières institutions à émuler l'approche de Stellenbosch prendront certainement une avance considérable sur les autres, non seulement en matière de collecte de dons auprès de riches africains, mais aussi dans l'accès aux fonds de recherche et le recrutement d'enseignants et de chercheurs de qualité.

Les ressources financières existent pour aider les universités africaines en proie à des difficultés pécuniaires ; mais pour y accéder, la plupart ont urgemment besoin de dirigeants plus compétents.

Références

[1] Makoni, M. Stellenbosch bags billions from donors (Research Africa, 16 April 2011)
[2] Plewes, B.
Global philanthropy and international cooperation: a guide to trends and issues 263kB(Canadian Council for International Co-operation, 2008)

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