Rapprocher la science et le développement

  • La science comme droit de l’homme au développement

L'accs la science, ainsi qu' une part quitable de ses bienfaits, est un droit de l'homme universel, aussi inalinable que le droit l'eau, la justice ou mme la vie.

Au moins, tel est le statut accord la science par le Pacte international relatif aux droits conomiques, sociaux et culturels (PIDESC) des Nations unies de 1966, qui nonce les droits dont tous les tres humains devraient jouir. Protger juridiquement l'accs la science est une ide formidable, en particulier lorsque cela sapplique au dveloppement, sur lequel de nombreux domaines -- dont l'agriculture, les soins de sant, les technologies de l'information et de la communication (TIC) -- s'appuient fortement pour la mise en application des progrs scientifiques.

La science peut aussi servir protger d'autres droits de lhomme fondamentaux, comme le monitoring et les tentatives dempcher les atteintes aux droits de lhomme dans les conflits.

Mais comment ce droit est-il mis en uvre travers le monde, et qui promeut l'agenda sappuyant sur les droits pour l'accs la science? Pourquoi les dcideurs nationaux narrivent-ils pas mettre en place des politiques fondes sur ces droits et qui obligeraient la science se mettre a la disposition de leurs populations?

Un effort international

La base fournie par le PIDESC pourrait aider formuler des politiques de dveloppement, fondes sur les droits de l'homme, qui luttent contre les obstacles l'accs la science. Par exemple, les cots et le brevetage des revues peuvent valuer les informations que des socits plus pauvres ne peuvent souvent pas se procurer.

Mais, meme si la possibilit de mettre en place de nouvelles pratiques se fondant sur une approche intgrant les droits de lhomme existait, leur dfinition reste vague et de nombreux gouvernements ne sont toujours pas convaincus de la faon dont lutilisation dune approche des droits de lhomme peut rellement amliorer l'accs la science -- ni mme qu'elle soit politiquement ralisable.

Afin de rpondre ces proccupations et dlaborer des principes concrets destins orienter la politique, les gouvernements et les organismes scientifiques explorent ce que le droit la science signifie dans la pratique. L'ONU et ses agences, en particulier l'UNESCO [lOrganisation des Nations unies pour l'ducation, la science et la culture], sont fortement impliques dans ce domaine -- et tentent d'laborer un cadre juridique acceptable pour la communaut internationale.

La science, du moment quelle est convenablement structure par un cadre thique, peut apporter une contribution positive indispensable aux besoins, auxintrts et la valeur humains, dclare John Crowley de la Division de l'thique et du changement global de lUNESCO. Une approche de laccs lascience sous langle des droits de l'homme nous donne exactement ce cadre.

A travers deux organes consultatifs, composs d'experts indpendants travaillant en parallle, l'UNESCO tudie la faon dont le droit la science devrait s'inscrire dans les politiques nationales et internationales.

Ces organismes le Comit international de biothique (CIB) et la Commission mondiale d'thique des connaissances scientifiques et des technologies (COMEST) - conseillent les gouvernements des Etats membres par le biais du Conseil excutif et de l'Assemble gnrale de l'UNESCO, ainsi que diverses organisations intergouvernementales qui utilisent l'UNESCO comme forum de discussion.

Le CIB soccupe des questions qui se posent dans le domaine des soins de sant, comme l'accs aux mdicaments, et largit son champ pour examiner le potentiel de marginalisation et de discrimination qui pourraient rsulter dapplications des technologies biomdicales mergentes. La COMEST couvre les questions souleves par les TIC, les nanotechnologies et les proccupations thiques des problmes environnementaux tels que les changements climatiques.

Sa mise en pratique

Une approche de l'accs la science sous langle des droits de lhomme est dj utilise dans certains projets.

Les changements climatiques dpendent fortement de la science, pour la description du phnomne mais aussi la recherche de solutions. Mais ce domaine est tellement complexe que seule une poigne de centres de recherche dispose de moyens suffisants pour les tudier correctement, laisse entendre Crowley, qui est galement secrtaire de la COMEST.

De nombreuses rgions en dveloppement telles que l'Afrique occidentale ayant des ressources insuffisantes, elles sont essentiellement prives du droit la fois d'accder l'information scientifique et de la produire, dit-il.

En examinant la question, la COMEST a conclu que l'accs l'information scientifique tant un droit de lhomme, les pays dvelopps taient tenus, dun point de vue \thique, damliorer la disponibilit de ces donnes, et d'accrotre la capacit des pays plus pauvres affects par les changements climatiques a mener leurs propres recherches.

Pour faire suite au rapport 2010 de la COMEST intitul 'Les implications thiques des changements climatiques', qui a officialis l'obligation thique d'aider les pays en dveloppement faire face auxchangements climatiques, l'UNESCO a lanc une srie d'initiatives visant renforcer la coopration rgionale en Afrique de l'Ouest. L'une d'elles, le projet 'Adaptation aux changements climatiques et ctiers en Afrique de l'Ouest' (ACCC), runit des dlgus du Cap-Vert, de la Gambie, de la Guine Bissau, de la Mauritanie et du Sngal pour discuter des solutions aux problmes dcoulant des changements climatiques tels que llvation du niveau des mers et l'rosion des zones ctires.

L'UNESCO participe galement un processus, conduit par l'Organisation mtorologique mondiale, qui a pour objectif de connecter les utilisateurs dans les pays en dveloppement des services dinformations mtorologiques et climatiques long terme et relatifs aux changements climatiques.

Paralllement, le CIB a rebondi sur une demande de mise en place de normes internationales en matire de biothique en jouant un rle central dans l'laboration de la Dclaration universelle sur la biothique et les droits de l'homme de 2005.

La dclaration incarne l'esprit de la convention du PIDESC et prconise laccs universel aux progrs en soins de sant, la technologie dans le domaine du diagnostic et de la thrapeutique et l'information scientifique et constitue un impratif destin encourager les gouvernements examiner la science comme un droit de lhomme.

L'UNESCO a depuis oeuvre pour que cette ide prvale en crant des comits nationaux de biothique et des rseaux rgionaux dans de nombreux pays en dveloppement, qui utilisent la dclaration de 2005 comme documentdinformation.

La science quil faut

Mais si l'accs la science peut potentiellement amliorer les conditions de vie, il peut aussi etre nuisible sil n'est pas gr de manire responsable.

Les gens doivent tre protgs contre le ct obscur des nouveaux dveloppements, dit le prsident du CIB, Stefano Semplici. Crowley tient galement souligner que le but n'est pas simplement d'amliorer l'accs la science, mais d'amliorer l'accs la bonne science.

Par exemple, sinterroge-t-il, lintroduction de la filtration de l'eau laide de la nanotechnologie, qui est une procdure onreuse, un village rural en Afrique est-elle une mesure positive, alors que la technologie traditionnelle pourrait avoir un impact plus important?

Faire intervenir une approche fonde sur les droits de l'homme peut constituer un facteur de motivation important pour que les populations se battent pour leur droit la science, a dclar Bhanu Neupane, un spcialiste des programmes la Division des socits du savoir (KSD) de l'UNESCO SciDev.Net.

Tout en travaillant amliorer l'accs des populations la science, il a vu qu force de parler de la science comme dun droit de lhomme le sentiment du droit juste avait fait son apparition. Les gens prsentprennent des mesures pour lutter pour leur droit.

Obstacles la mise en uvre

Neupane reconnat que les considrations relatives aux droits de l'homme sont aujourdhui au cur des activits de l'ONU, mais il croit que la COMEST et le CIB doivent rendre l'ide daccs la science plus visible et plus influente.

Ils [la COMEST et le CIB] se sont limits travailler un niveau trs lev -- en servant de forum intellectuel et politique. Ce travail doit maintenant se rpercuter au niveau de la mise en uvre, dit-il.

Stephen Rudgard, du Bureau de l'change des connaissances, de la recherche et de la vulgarisation de l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture, qui travaille avec l'UNESCO, reconnait l absence d'un cadre politique pour mettre l'ide excution.

Il n'est pas le seul.

Ce sentiment tait partag par la plupart des participants d'une rcente runion de la Coalition pour la science et les droits de lhomme (16-17 juillet) de l'Association amricaine pour l'avancement des sciences (AAAS), qui a t loccasion pour eux de montrer leur agacement ce quils considrent comme une absence de leadership gouvernemental sur ce sujet, explique Jessica Wyndham, directrice associe du Programme responsabilit scientifique, droits de l'homme et loi de l'AAAS.

Nous n'avons pas vu un seul texte porte universelle solide dont lobjectif serait de s'assurer que les gouvernements respectent leurs obligations en ce qui concerne ce droit [ l'accs la science], dclare-t-elle.

Wyndham est, cependant, optimiste quant l'avenir, et souligne limmense impact que des associations telles que l'AAAS, qui ont une grande influence au sein de la communaut scientifique, peuvent avoir, mme en labsence de politique concrte.

Le programme de l'AAAS vise influencer le dialogue avec les scientifiques et spcialistes du dveloppement qui mettent en uvre des projet. Ce dialogue a dj commenc, avec une srie de groupes de discussion et des projets pour une tude porte universelle.

Lors de la runion de lAAAS, tous les participants nont cependant pas t convaincus par la valeur pratique d'une approche des droits de lhomme.

S'exprimant l'issue de la confrence, Bob Freling, le directeur excutif de Solar Electric Light Fund, a dclar SciDev.Net que les droits ont une valeur symbolique qui pourrait aider sassurer du soutien des gouvernements pour s'attaquer aux questions cls concernant l'accs la science et au dveloppement.

Mais, sagissant dapporter des solutions au dveloppement, les gouvernements et les organismes d'aide sont bien plus influencs par des exemples concrets de l'impact de l'accs la science, a-t-il ajout.

Wyndham concde que ce point de vue est courant chez les spcialistes du dveloppement sur le terrain. Le 'droit au dialogue scientifique' est encore nouveau et na pas encore t adopt par des petites organisations axes sur des solutions pratiques, dclare-t-elle.

Crowley pense, cependant, que l'approche fonde sur les droits est une base solide pour une action pratique, semblant indiquer qu'il est possible de progresser avec les principes dj existants.

Pourtant, si cette approche est dvelopper, au niveau politique l'UNESCO jouera un rle central, dit Crowley. Bien que les organismes scientifiques tels que l'AAAS fassent un travail admirable, il leur manque le poids ncessaire pour influencer de manire significative la politique en dehors des cercles qui regroupent leurs membres, soutient-il.

Il est trs difficile de parvenir un consensus politique, mais une fois quon y parvient, il a un grand effet de levier, affirme-t-il.

Si nous ne le faisons pas, personne dautre ne le fera.

Le prsent article fait partie d'un Dossier sur La Science et les droits de l'homme [ confirmer].

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