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Les accords sur le climat doivent récompenser la gestion globale des forêts
  • Les accords sur le climat doivent récompenser la gestion globale des forêts

Crédit image: Flickr/CIFOR

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Pour N. H. Ravindranath et Shamama Afreen, il faut récompenser les pays d'Asie du Sud pour leurs efforts de boisement, de reboisement et d'accroissement des stocks de carbone.

Au cours de la conférence de la Convention des Nations Unies sur les Changements climatiques tenue en 2007 à Bali en Indonésie, les gouvernements des pays développés et des pays en développement ont adopté une 'feuille de route' destinée à accélérer les efforts de lutte entrepris contre les changements climatiques.

Cette feuille de route prévoyait entre autres mesures l’adoption et l’application de politiques et de mesures d’incitations a réduire les émissions de gaz liées à la déforestation et à la dégradation des forêts (REDD).

Ces mesures devraient être arrêtées lors des négociations climatiques de Copenhague dans le cadre de la CCNUCC à la fin de cette année.

Les stratégies du REDD ont fait l'objet d'un grand débat et il apparaît clairement que certains pays en développement vont bénéficier des mécanismes proposés.

D’autres en revanche, en particulier ceux ayant une faible couverture forestière et de faibles taux de déforestation, y ont très peu à gagner à moins que les négociateurs ne prennent également en compte l'importance que représentent la conservation et la gestion durable des forêts.

 

Les gagnants du REDD



Selon le Groupe d'Experts intergouvernemental sur les Changements climatiques (GIEC), le secteur forestier est responsable de 17 pour cent des émissions mondiales de gaz à effet de serre, ce qui en fait la deuxième source des émissions juste derrière l'industrie énergétique.

D'après les estimations, les émissions dues à la déforestation au cours des années 90 se sont élevées à 5,8 gigatonnes de dioxyde de carbone par an.

La déforestation représente certainement la plus grande source des émissions dans plusieurs pays en développement, et d'après les chercheurs, 12,9 millions d'hectares de forêt tropicale ont été perdues chaque année entre 2000 et 2005, principalement à travers leur transformation en terres agricoles, mais également à cause de l'extension des habitats humains et des projets d'infrastructure.

Le Brésil, l'Indonésie, la Birmanie, la République démocratique du Congo et la Zambie ont été les cinq premiers au classement entre 1990 et 2005, avec la destruction chaque année entre un dem-million d'hectares en Zambie et trois millions hectares au Brésil.

Et si rien n'est fait, le rythme de déforestation restera probablement élevé dans les régions tropicales au cours des années et décennies à venir.

C'est pourquoi la réduction de la destruction des forêts tropicales est considérée comme une stratégie prioritaire pour atténuer les éventuels effets des changements climatiques.

Et dans son quatrième Rapport d'évaluation paru en 2007, le GIEC a conclu que la mise en oeuvre de cette stratégie serait moins coûteuse.

La vision de la CCNUCC pour le REDD consiste à proposer aux pays en développement des incitations financières pour qu'ils acceptent de réduire les taux de déforestation à l’échelle nationale et les émissions de carbone associées en-dessous d'un seuil (fondé soit sur un scénario de référence historique soit sur des projections des émissions futures).

Ce faisant, le REDD devrait contribuer à atténuer les effets du changement climatique et à l’adapter.

 

Récompenser les efforts de conservation



Mais le nombre de pays qui peuvent participer aux mécanismes proposés dans le cadre du REDD et en tirer profit dépend des taux actuels et futurs de déforestation et de dégradation.

D'autres, surtout ceux ayant une faible couverture forestière, n'ont rien à gagner à moins que les futures négociations de Copenhague ne prennent en compte les dispositions plus larges de la feuille de route de Bali, surtout « le rôle de la conservation, de la gestion durable des forêts et de l’augmentation des stocks de carbone des forêts dans les pays en développement ».

Ainsi, de manière générale,, l'Asie du Sud possède une couverture forestière inférieure à 0 pour cent et un faible taux de déforestation (moins de 2 pour cent par an), et a donc peu de chances de tirer directement profit des mécanismes proposés actuellement dans le cadre du REDD.

Au cours des deux dernières décennies, l'Inde a pu réduire le rythme de destruction de ses forêts et stabiliser leur superficie autour de 23 pour cent du territoire.

Sa Greening Mission, qui fait partie du Plan d'action national sur les changements climatiques, vise à accroître la couverture forestière du pays, et ce faisant, sa capacité de stockage du carbone, d'environ 20 pour cent à 33 pour cent, à travers des programmes de boisement, de reboisement, d'agroforesterie et de plantation protectionnistes à grande échelle.

Le programme indien de boisement à lui seul, qui représente plus de 1,3 millions d'hectares de plantations neuves chaque année, permet déjà d'accroître les stocks de carbone et mettra en place un puits net de carbone pour les 25 prochaines années.

Le Bhoutan a également accru la superficie de ses forêts entre 2000 et 2005, au rythme de 0,3 pour cent par an, à travers un programme efficace de conservation des forêts et de reboisement.

Les pays d'Asie du Sud méritent d'être récompensés pour leurs efforts de boisement, de reboisement et d'accroissement des capacités de stockage de carbone.

Dans sa proposition à la CCNUCC, l'Inde a suggéré que soit mis en place un cadre de 'compensation de conservation', en demandant que les pays qui préservent ou augmentent leur couverture forestière à travers des politiques et mesures existantes de conservation soient récompensés pour leurs efforts .

L'Institut des Stratégies environnementales mondiales (IGES) basé au Japon a également proposé que les pays ayant un faible taux de déforestation, puissent bénéficier d'un appui technique et financier supplémentaire dans le domaine de la gestion des forêts de la part des organisations régionales et internationales, ainsi que des mécanismes tels que le Fonds des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture ou l'Organisation internationale des Bois tropicaux, ou des stratégies du REDD et des marchés de carbone.

La préservation du domaine forestier en Inde et dans les autres pays où le taux de déforestation est faible n'est possible qu'au prix d'un renoncement à d'autres affectations bénéfiques des terres ou de l'exploitation des produits forestiers.

Récompenser les pays qui préservent et accroissent leurs stocks de carbone serait une mesure d'incitation forte pour les pays en développement à conserver leurs forêts actuelles.


N. H. Ravindranath and Shamama Afreen sont chercheurs à l'Institut indien de la Science à Bangalore en Inde.

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