Rapprocher la science et le développement

  • Biodiversité : de l'exigence d'une information sur des bases scientifiques

Lors de la réunion des Etats parties à la Convention sur la diversité biologique, les participants ont lancé un appel pour le respect du principe de précaution dans les domaines comme la biologie synthétique.

La promesse d’accroître l’appui financier à la réalisation des objectifs de diversité biologique dans les pays en développement est une bonne nouvelle, mais l’implication des communautés autochtones est tout aussi capitale.

La réunion de la onzième Conférence des Parties (CdP 11) à la Convention des Nations Unies sur la diversité biologique (CDB), qui s’est tenue ce mois-ci à Hyderabad, a constitué une sorte d’état des lieux de la capacité de la communauté internationale à tenir les promesses faites il y a quelques années à Nagoya, au Japon, sur la biodiversité.

Pendant cette réunion historique de Nagoya, les Etats s’étaient mis d’accord sur vingt objectifs mondiaux de biodiversité  pour la période 2010-2020 (baptisées Objectifs d’Aichi, du nom de la province où est située Nagoya). Ils avaient aussi établi un protocole sur l’accès et le partage des avantages pour garantir que les communautés locales tirent profit des bénéfices engrangés sur leurs ressources par les gouvernements ou les entreprises.

Mais l’ordre du jour de la réunion comportait un troisième point qui n’a pas été achevé et dont a hérité Hyderabad, à savoir la mobilisation des ressources financières pour atteindre les objectifs d’Aichi. L’Inde s’est efforcée de profiter de la réunion d’Hyderabad pour mettre l’accent sur les liens entre la biodiversité et les moyens de subsistance.

Mieux comprendre les liens entre biodiversité, pauvreté et moyens de subsistance

A l’opposé des conférences sur les changements climatiques qui ont eu lieu ces dernières années, les négociations de haut niveau sur la biodiversité ne se déroulent pas à huis clos. Il en résulte une contribution plus substantielle des organisations de la société civile (OSC) et des tensions moindres –même si quelques unes seulement des préoccupations des OSC y sont abordées.Les OSC et certaines délégations officielles, notamment celles de la Bolivie et des Philippines, ont par exemple appelé à l’instauration d’un moratoire sur les tests en biologie synthétique et en géo-ingénierie. Les scientifiques ont fait remarquer que cela ne permettra ni de combler les déficits de connaissances ni de prendre des décisions plus éclairées dans ces nouveaux domaines, qui sont sujets à controverse. La réunion a finalement appelé au respect du principe de précaution et à l’observation de preuves plus scientifiques avant de déployer à grande échelle ces technologies.

Il règnerait désormais une meilleure compréhension -et c’est ce qui a été constaté lors de la réunion- du caractère transversal de la question de la biodiversité et de la nécessité, pour les agences de l’ONU et les centres internationaux dont le travail est axé sur les plantes, les aliments, le poisson, le bétail et la santé, de se concerter.

Par exemple, les réunions de la Convention cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC) ont conçu le REDD+ en tant que mécanisme de réduction de la déforestation et de la dégradation des forêts dans les pays en développement, et de promotion de la croissance des forêts. Mais le REDD+ fait l’objet de critiques de la part des experts de la biodiversité parce qu’elle conduit à des monocultures commerciales d’espèces étrangères d’arbres exotiques à croissance rapide au lieu de restaurer la forêt naturelle.

La vitesse et le niveau des progrès accomplis varient dans chaque domaine transversal. En agriculture, une solution concrète a été trouvée grâce à la signature, par le Fonds des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture d’une part et la CDB d’autre part d’un protocole d’accord sur la collaboration pour promouvoir les partenariats dans les domaines de la recherche, des politiques et de la pratique.

Mais le débat sur la biodiversité et les changements climatiques s’est soldé sur une note assez tiède. Le document final ‘appelle’ les groupes de liaison des diverses conventions des Nations Unies[1] sur la diversité biologique à identifier les ateliers et activités sur les changements climatiques que l’on pourrait soumettre à la CDB pour ‘poursuivre les discussions’.

Pour ce qui est de REDD+, la décision ‘demande’ aux pays de rassembler, dans les activités concernées par ce mécanisme, les données sur les applications du programme pour sauvegarder la biodiversité.

Aider les communautés à atteindre les objectifs

En dépit d’un certain degré de concertation, le fossé persiste entre les pays développés et les pays en développement.

La plupart des pays dotés d’une riche biodiversité sont économiquement pauvres et les projets de conservation nécessitent des moyens financiers et de l’expertise technique pour les diverses activités et l’évaluation des données. Par conséquent, il leur faut un soutien financier et technique pour atteindre les objectifs d’Aichi.

En outre, les pays développés – dont plusieurs sont aux prises avec des crises financières – ont le sentiment que la liste des sollicitations dont ils sont l’objet ne cesse de s’étendre, ce qui rend tout progrès difficile. A la dernière minute, l’Inde a profité de sa position de présidente de la CdP pour arracher un compromis qui prévoit le doublement des contributions actuelles des pays développés à la conservation de la biodiversité. Les pays en développement quant à eux, vont s’efforcer d’atteindre au moins 75 pour cent des objectifs d’Aichi. 

Mais, ces mesures ne permettent pas de répondre aux besoins estimés. Selon les calculs d’un groupe de haut niveau financé par l’Inde et le Royaume-Uni, la réalisation des objectifs d’Aichi nécessite entre 150et 430 milliards de dollars chaque année. On estime qu’il faudra entre 74 et 191milliards de dollars sur ce montant pour que les pays en développement atteignent ces objectifs entre 2014 et 2018. [2]

Traditions et pratiques

Ces engagements financiers sont un début. Le 18 octobre, le Programme des Nations Unies pour le développement a aussi annoncé la création d’un cadre pour la biodiversité doté de 1,5 milliards de dollars ainsi qu’un cofinancement à hauteur de 3,5 milliards de dollars avec les partenaires pour mettre en œuvre les objectifs d’Aichi.

Mais finaliser le programme d’aide et la mise en œuvre des objectifs en matière de biodiversité sans marginaliser davantage les pauvres nécessitera de mieux comprendre, pour les scientifiques, les décideurs politiques, les donateurs et les pays développés, les liens étroits entre biodiversité, pauvreté et moyens de subsistance.

Au fil des siècles, les communautés en Afrique, en Asie et en Amérique du Sud ont élaboré des méthodes traditionnelles d’utilisation des ressources naturelles sans rompre l’équilibre entre leurs besoins et l’environnement. Mais ces savoirs traditionnels disparaissent à mesure que les pays qui aspirent au développement se livrent à une surexploitation de leurs ressources.

Lors de la réunion d’Hyderabad, les discussions sur l’article 8 (j) de la CDB, qui traite des savoirs traditionnels et des utilisations coutumières dans la conservation et l’exploitation durable de la diversité biologique, ont été marquées par des tensions autour de la question de la mobilisation des financements.

La décision finale relève « l’absence apparente de soutien financier » aux communautés autochtones et locales dans leurs efforts de développement de programmes communautaires. Elleinvite les donateurs à soutenir les communautés autochtones dans leur effort de documentation, de cartographie et d’enregistrement des aires protégées. [1]

Elle souligne également la contribution potentielle de l’International Indigenous Peoples and Local Communities Land and Sea Managers Network (Réseau international des peuples autochtones et communautés locales gestionnaires des terres et mers), dont la création a été annoncée lors de Rio+20 au mois de juin, et qui pourrait permettre d’établir un lien entre les technologies modernes et l’expertise locale.

Les scientifiques doivent accorder autant de valeur aux savoirs traditionnels des communautés pauvres, qui peuvent ne pas être documentés ou publiés dans les revues ayant un comité de lecture. De la même manière, les décideurs politiques doivent tenir compte des préoccupations des communautés défavorisées. Atteindre la ‘fin’ que constituent les objectifs d’Aichi ne saurait justifier le ‘moyen’ consistant à déplacer les communautés locales.

T.V. Padma

Coordonatrice régionale de SciDev.Net pour l’Asie du Sud

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