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  • Analyse : remédier à l’absence de données climatiques, un premier pas

Les donnes africaines sur les changements climatiques sont en constante amlioration. Mais pour Linda Nordling, avant quelles ne soient utiles aux agriculteurs et ne contribuent la prvention des catastrophes, il faudra mieux les utiliser.

LAfrique se voit souvent accuse de fournir des donnes mtorologiques limites et peu fiables qui entravent les prdictions quant limpact des changements climatiques sur le continent.

Cest dans cette optique quont t lancs, au cours des annes, de nombreux appels pour une meilleure science des changements climatiques et une meilleure documentation; dernire en date, un communiqu publi par les acadmies africaines des sciences en novembre dernier.

Dans une dclaration intitule Changements climatiques en Afrique : Utiliser les sciences pour rduire les risques climatiques, les acadmies ont insist sur la ncessit de produire des informations plus prcises sur les changements climatiques en Afrique. Ils ont exhort les gouvernements africains dintensifier le soutien accord la recherche sur les changements climatiques et dintgrer, dans la formulation de politiques publiques, des conseils fonds sur des preuves.

Certes, des lacunes subsistent, freinant ainsi toute tentative dutiliser les ides ou les prvisions climatiques rcentes; pour autant, la quantit des donnes climatiques en Afrique a augment ces dernires annes.

De nombreux projets rcents ont contribu combler la relative absence de donnes climatiques en Afrique.

La collecte des donnes sest amliore grce des projets comme lInitiative Mto pour tous (en anglais, Weather Info for All ou WIFA), un partenariat entre le Forum humanitaire mondial (Global Humanitarian Forum), des oprateurs de tlphonie mobile et des mtorologues. Depuis sa cration en 2009, WIFA a mis en place des stations de surveillance mtorologique sans fil travers lAfrique, notamment au Kenya, en Ouganda et en Tanzanie.

Les scientifiques ont pu constituer par ailleurs des ensembles de donnes historiques, grce une astucieuse utilisation de la technologie. Un projet financ par Google en Ethiopie a ainsi reconstitu les donnes sur les prcipitations et les tempratures quotidiennes remontant plus de 30 ans, en combinant des observations satellitaires et au sol.

En collaboration avec le service mtorologique du Royaume-Uni (UK Met Office), qui dtenait quelques-unes des premires observations recueillies une poque o le pays tait une colonie britannique, lagence mtorologique du Ghana a, quant elle, russi produire des donnes pluviomtriques numriques pour Accra, la capitale, qui remontent jusquen 1888.

De tels ensembles de donnes de longue date sont extrmement prcieux et permettent aux chercheurs didentifier les tendances des changements climatiques et damliorer la modlisation mtorologique.

Davantage de recherche africaine

Les donnes bibliographiques issues de la collection darticles de revues scientifiques sur le portail Web of Science de Thomson Reuters montrent une amlioration sensible de la recherche africaine sur les changements climatiques.

Soixante-cinq articles scientifiques comprenant les mots climat, changement et Afrique dans leurs titres ont t publis entre 2000 et 2006. Entre 2007 et 2012, ce nombre a plus que tripl, pour atteindre 235 articles.

LAfrique du Sud prend la premire place dans le classement des nationalits des auteurs, avec ses scientifiques nationaux figurant dans la liste des auteurs pour plus du tiers des 300 articles publis entre 2000 et 2012. Pourtant, tous ces articles nont pas t rdigs par des Africains.

Cinq pays non-africains -- les tats-Unis, le Royaume-Uni, lAllemagne, la France et Pays-Bas -- se succdent dans le classement des nationalits, devant le prochain pays africain de la liste, le Kenya, dont les scientifiques ont contribu dix articles seulement.

Cette analyse a ses limites; elle ne retient pas les articles avec les noms des pays africains dans leurs titres plutt que le mot Afrique, par exemple. Pourtant, cela indique quel point la production de donnes scientifiques sur les changements climatiques en Afrique continue se faire principalement depuis les pays dvelopps.

Cela devient un problme quand il sagit de faire usage des donnes. Les tudes ralises localement peuvent tre plus faciles vendre aux dcideurs politiques africains, qui peuvent se mfier des informations venant de ltranger.

Ltape suivante consiste diffuser ces connaissances aux utilisateurs finaux comme les dcideurs ou les agriculteurs. Mais lAfrique jouit dune rputation douteuse sur ce plan.

En Afrique de lOuest, lamlioration des prdictions des conditions mtorologiques extrmes a sauv des vies et facilit la gestion de la catastrophe lors des inondations de 2008.

Des scientifiques ont galement pu prdire la scheresse catastrophique qui a frapp la Corne de lAfrique en 2011 longtemps avant quelle ne survienne, sans pour autant que les dcideurs ne tiennent compte de leur avertissement.

Dans leur dclaration de novembre dernier, les acadmies africaines des sciences ont invit les gouvernements collaborer plus troitement en proposant de leur fournir des conseils sur le climat. Cest-l une dmarche utile, condition que les acadmies aient accs aux plus rcentes informations scientifiques.

Atteindre la base

Le plus grand dfi relever pourrait tre la transmission des informations -- que ce soit les prdictions sur les conditions mtorologiques extrmes court terme, ou lvolution des situations mtorologiques long terme -- aux agriculteurs africains.

Les petites exploitations reprsentent plus de 90 pour cent de la production agricole de lAfrique. Comme la plupart de ces exploitations dpendent des prcipitations directes plutt que de lirrigation, les changements de conditions atmosphriques prsentent un risque considrable pour les moyens dexistence sur le continent.

De nombreux projets tudient les moyens de diffuser ces informations aux populations rurales, dont lutilisation dmissions de radio dans les langues locales afin datteindre un public plus large. Mais le manque de financement pourrait faire obstacle leur mise en oeuvre plus grande chelle.

A mesure que les donnes climatiques africaines sont de plus en plus disponibles, limportance de ces rseaux de diffusion ne doit pas tre oublie. Une approche collaborative, par laquelle les gouvernements africains sassocient pour discuter des meilleures mthodes de diffusion, permettrait de rduire la duplication du travail, tout en amliorant la coordination des politiques climatiques entre pays voisins.

Cet article a t produit par le bureau Afrique subsaharienne du Rseau Sciences et Dveloppement (SciDev.Net).

La journaliste Linda Nordling, qui travaille au Cap, en Afrique du Sud, est spcialiste de la politique africaine pour la science, lducation et le dveloppement. Elle a t rdactrice en chef deResearch Africaet collabore au Rseau Sciences et Dveloppement (SciDev.Net), Nature, etc.

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