Rapprocher la science et le développement

  • L'Afrique 'a besoin de conseils pratiques de la part des climatologues'

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[ADDIS ABEBA] Les scientifiques ne jouent pas leur rôle dans les efforts africains d'adaptation au changement climatique, déclaration faite cette semaine au cours d'une conférence.

Selon Anthony Nyong, chef de la Division conformité et sauvegarde de la BAD, ils consacrent trop de temps à la collecte de données et aux conférences, et pas suffisamment à la recherche de solutions pratiques applicables par les populations locales.

Par exemple, le Centre africain pour les Applications de la Météorologique au Développement, basé au Niger, collecte régulièrement des données sur la sécheresse. Cependant, ce dont les populations dont les moyens de survie ont été dévastés par les sécheresses ont le plus besoin, ce sont des connaissances sur les stratégies d'adaptation, pense-t-il.

Les gouvernements et les bailleurs de fonds sont également coupables pour n'avoir pas intégré les plans d'adaptation climatique dans les programmes de développement ou pris en compte les connaissances locales. Ils gaspillent également d'énormes ressources financières aux conférences au lieu de les dépenser sur le terrain, a-t-il regretté le lundi (11 octobre) lors de la réunion du Programme PNUE-Institut de Stokholm pour l'Environnement de Collaboration à l'adaptation au changement climatique.   

Nyong a exhorté les scientifiques à réorienter certains de leurs efforts de la collecte et la production de données vers la transformation de ces données en savoir susceptible d'aider les populations africaines à s'adapter.

« 85 pour cent des fonds investis en Afrique pour l'adaptation sont consacrés au ' [réunions de] renforcement des capacités dans les hôtels – personne n'a cependant jamais renforcé des capacités dans un hôtel», a-t-il fait remarquer lors de cette réunion qui a précédé le septième Forum africain de développement avec pour thème « Agir face aux changements climatiques pour promouvoir un développement durable en Afrique », organisée cette semaine par la Commission économique des Nations Unies pour l'Afrique (du 12 au 15 octobre).

« Si l'Afrique veut s'adapter, elle doit changer sa façon de faire les choses », a-t-il déclaré. « Quand les pays africains vont-ils faire un vrai travail d'adaptation au lieu de se limiter à des projets pilotes menés par des scientifiques », a-t-il demandé, en soutenant que de telles activités sont menées depuis dix ans avec peu de résultats.

Pour Nyong, il existe un gros volume de connaissances locales sur l'adaptation et l'atténuation que les scientifiques peuvent exploiter. Les ressources et les connaissances doivent être orientées vers l'adaptation et l'atténuation au niveau des ménages, à travers le financement des approches telles que le captage des eaux de pluie, les sources d'énergie peu onéreuses, a-t-il suggéré.

D'après Nyong, les activités d'adaptation au changement climatique comme les Programmes d'Action nationaux d'Adaptation (PANA), qui ont été conçus pour les pays les moins avancés en vue d'accorder la priorité à l'adaptation au changement climatique, ne sont pas efficaces parce qu'ils ne sont pas intégrés aux plans de développement plus larges. 

Amadou Cham, Directeur de la planification au Ministère gambien de la planification, estime que les PANA n'ont jamais été élaborés à partir des perspectives des communautés nationales et locales. « Si ces programmes ne sont pas élaborés en concertation avec les personnes affectées et intégrés à la planification nationale, les efforts visant leur appropriation par les populations ne réussiront jamais », a-t-il conclu.

Mais, pour Dickson Nyariki de l'Université de Nairobi, la collecte de données est essentielle parce qu'elle est nécessaire à la compréhension de phénomènes particuliers et, de ce point de vue, le changement climatique ne constitue pas une exception.

Il a également défendu les projets pilotes, en soutenant qu'ils contribuent à mieux comprendre les problèmes. « Les projets pilotes sont essentiels dans les domaines où il n'existe pas de procédures claires et où les données sont indisponibles», a-t-il précisé.

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