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Ce que l’Afrique attend de l'accord global sur le climat
  • Ce que l’Afrique attend de l'accord global sur le climat

Crédit image: Flickr / Oxfam International

Lecture rapide

  • L’Afrique souhaite que la COP21 débouche sur un accord contraignant et équitable

  • Les chefs d’Etats du continent demandent l’application du principe pollueur-payeur

  • Un transfert de technologie est aussi recommandé pour compenser les efforts du sud

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Comme leurs homologues étrangers, plusieurs chefs d’Etats africains se sont exprimés à l’occasion de la cérémonie d’ouverture de la 21ème Conférence de parties (COP 21) qui s’est ouverte ce lundi, 20 novembre, à Paris (France).
 
L’objectif de cette conférence est de limiter les effets du changement climatique en trouvant un accord global pour maintenir le réchauffement de la planète à un maximum de 2°C d’ici 2100.
 
La remarque qui se dégage des messages des présidents de l’Afrique francophone est que certaines préoccupations reviennent systématiquement.
 
A l’unanimité, ils appellent ainsi à un accord "contraignant" au terme de la conférence de Paris ; tout comme ils appellent les pays développés à accentuer leur soutien financier à l’endroit des pays du sud.
 
En outre, ils plaident pour une égale prise en compte des questions d’atténuation des changements climatiques et des questions d’adaptation à ces phénomènes.
 
Enfin, ils en appellent à un transfert de technologies des pays riches vers les pays pauvres. Ceux-ci souffrant le plus des effets des changements climatiques provoqués surtout par les premiers.
 
Les extraits qui suivent montrent enfin que tous sont d’accord sur le fait que l’erreur n’est pas permise à ce sommet.
 
Alassane Ouattara (Côte d’Ivoire)
"J’encourage les pays développés à contribuer au fonds vert"
"Le temps est venu de nous approprier les négociations en cours et de donner l’impulsion politique nécessaire, afin de parvenir à un accord contraignant pour tous. Je soutiens à ce propos l’adoption d’une clause de suivi et de révision ; ceci permettra aux principaux pays émetteurs de gaz à effet de serre, d’afficher périodiquement de nouvelles ambitions à la hausse en vue d’atteindre l’objectif de 2° C, voire de 1,5° C, comme demandé par les pays les plus vulnérables.
L’accord qui se dessine ne se réalisera pas sans l’Afrique. Nos priorités devront figurer en bonne place dans le texte, notamment en ce qui concerne les financements et le transfert des technologies de résilience aux changements climatiques. L’engagement des pays développés à mobiliser 100 milliards de dollars par an, d’ici à 2020, en faveur des pays en développement doit demeurer un élément central de nos discussions. Ce montant nous parait toutefois bien en deçà des ressources nécessaires pour faire face aux défis liés au réchauffement climatique.
En outre, il convient dès à présent de prévoir les modalités de financement pour l’après 2020. J’encourage les pays développés et les pays émergents, dans la limite de leur responsabilité, à contribuer davantage, sur fonds publics et sous forme de dons, au Fonds vert pour le climat, afin qu’il finance plus de projets dans nos pays qui subissent, déjà, les effets néfastes des changements climatiques.
L’Accord devra également amener les Etats à consacrer davantage de ressources à l’adaptation ; il devra garantir le transfert des technologies propres vers l’Afrique et renforcer les partenariats techniques nord-sud." 
 

“L'heure n'est plus au débat entre le Juste et l'Injuste. Tout le monde doit faire partie de la solution. Pour ce faire, les pays industrialisés doivent accentuer leurs actions en faveur des pays du sud par le transfert de technologies à des coûts soutenables dans les domaines de l’agriculture, de la foresterie et des énergies propres.”

Ali Bongo Ondimba
Chef de l'Etat - Gabon

Ali Bongo Ondimba (Gabon)
"Les pays industrialisés doivent accentuer le transfert de technologies"
"Nous avons décidé d’interdire le "torchage" des gaz issus de l’extraction pétrolière, en remplaçant progressivement nos centrales à gasoil par des centrales à gaz. En 2025, notre programme actuel de construction des barrages hydrauliques doit nous amener à un mix-énergétique de 80% d’hydroélectricité pour 20% de gaz. Pour maîtriser nos émissions de gaz à effet de serre, dans un pays dont le couvert forestier est de 88% et où l’agriculture n’est pas encore arrivée à maturité, nous avons décidé d’agir sur la rationalisation de l’utilisation des terres.
Ce Plan national d'affectation des terres, qui sera suivi par notre Station de réception d’images satellites, rassemble désormais les données indispensables à l’efficace répartition territoriale de notre tissu économique. De même que notre loi d’orientation de développement durable nous garantira la cohérence dans nos actions. Notre forêt sera gérée dans le strict respect de nos engagements en faveur du climat, mais aussi de la préservation de la biodiversité.
C’est la réponse promise par le Gabon face à l’épineuse question de la déforestation et de la dégradation des forêts. L'heure n'est plus au débat entre le Juste et l'Injuste. Tout le monde doit faire partie de la solution. Pour ce faire, les pays industrialisés doivent accentuer leurs actions en faveur des pays du sud par le transfert de technologies à des coûts soutenables dans les domaines de l’agriculture, de la foresterie et des énergies propres.
C’est le prix d’une responsabilité partagée pour ne pas rompre la confiance et la solidarité et parvenir à un accord universel aussi engagé que possible, sans lesquelles nos discours resteront vains. Agissons enfin, pour ne pas être responsables de ce que nous pouvons encore éviter. Sinon, le jugement de l’Histoire sera sévère."
  
Paul Biya (Cameroun)
"Sauvons le lac Tchad"
"Notre conférence répond en effet à l’urgente nécessité d’enrayer les effets destructeurs des changements climatiques. Nous en avons la responsabilité. Nous en avons le devoir. Et ici, nous en avons l’opportunité. Nos conclusions, nos compromis, pour être crédibles, devront avoir un caractère contraignant. La tâche n’est pas insurmontable. Laissons-nous seulement guider par une exigence de solidarité humaine et une juste appréciation de l’urgence de la situation. Nous n’avons pas le droit d’échouer. 
Le Cameroun, faible émetteur de gaz à effet de serre, entend poursuivre sa contribution à leur réduction. Cette contribution se décline comme suit. Primo : plan de réduction de 32 %, à l’horizon 2035, de l’empreinte carbone par rapport à 2010. Secundo : lutte contre la désertification, élaboration d’un mécanisme pour le développement propre, gestion durable des forêts et, dans le cadre de la Commission des forêts d’Afrique centrale, action pour une gestion concertée des forêts du bassin du Congo. Tertio : gestion durable des ressources en eau, de concert avec les pays de la sous-région, membres de la Commission du bassin du lac Tchad et de l’Autorité du bassin du Niger.
Deux sujets interpellent la COP21. Il s’agit d’abord de la dégradation continue des forêts en Afrique Centrale. Celle-ci diminuera la contribution de ce massif forestier à la réduction des gaz à effet de serre. Nous devons sauver les forêts du bassin du Congo. Nous devons sauver  le second poumon de la planète.
La désertification, qui affecte les pays voisins du lac Tchad, nous préoccupe également. Cet immense plan d’eau, absolument indispensable à la vie des populations et à la biodiversité, est en voie d’assèchement progressif. Il a déjà perdu 90 % de sa surface initiale. Sauvons le lac Tchad."  

“On attend évidemment de voir cet accord réserver une place de choix aux questions importantes notamment la prise en compte, de manière équilibrée, des actions d’atténuation et des actions d’adaptation en ce qui concerne le financement, ainsi que la définition de mécanismes clairs pour garantir ce financement”

Issoufou Mahamadou
Chef de l'Etat - Niger

Issoufou Mahamadou (Niger)
"L’accord doit reposer sur le principe de responsabilité collective mais différenciée"
"Dans mon pays les effets du changement climatique se traduisent non seulement par l’augmentation des températures extrêmes, mais aussi, dans la même saison, par des périodes de sécheresse suivies de périodes d’inondations provoquant dans les deux cas des pertes et dommages considérables  et mettant à mal la résilience des populations. Le Niger attend par conséquent des pays partenaires développés et émergeants, un signal fort sur leurs engagements, notamment celui de mobiliser 100 milliards de dollars par an jusqu’en 2020 pour financer les politiques climatiques à travers les fonds verts, ce montant devant être revu à la hausse au-delà de cette période.
Le Niger engage vivement les Etats membres que nous sommes à agir dans le cadre d’un accord que nous voulons complet solidaire et contraignant, pour réduire fortement les émissions mondiales, de façon à contenir l’élévation de la température moyenne du globe en dessous de 1,5°C à l’horizon 2100, car de l’avis des experts, le seuil de 2°C en moyenne communément annoncé se traduirait en fait, pour l’Afrique par une élévation moyenne de température de 3,5°C, et de 5°C pour le Niger.
Mais le Niger attend évidemment de voir cet accord réserver une place de choix aux questions importantes notamment la prise en compte, de manière équilibrée, des actions d’atténuation et des actions d’adaptation en ce qui concerne le financement, ainsi que la définition de mécanismes clairs pour garantir ce financement.
Il est en définitive temps, que la Communauté internationale s’accorde autour d’un accord universel assorti d’un agenda de solutions, reposant sur le principe de responsabilité collective mais différenciée. L’Afrique avec une contribution aux émissions de 2% se présente comme une victime subissant les effets des émissions à effet de serre des pays développés et émergeants. Il faut que les pollueurs payent suivant le principe universellement admis du pollueur payeur."
 
Hery Martial Rakotoarimanana Rajaonarimampianina (Madagascar)
"Parvenir à un accord incluant les dédommagements équitables"
"Si les frontières en tous genres nous inclinent parfois à l’égocentrisme, il nous faut garder à l’esprit que le changement climatique lui, ignore nos frontières. Il nous appartient de prendre des décisions immédiates, contraignantes pour tous et inscrites sur la durée. Entre autres, celle de limiter à moins de 2 degrés Celsius l’augmentation de la température mondiale à la fin de ce siècle.
Le principe 21 du Droit international de l’environnement stipule : "les Etats ont le devoir de faire en sorte que les activités exercées dans les limites de leur juridiction ou sous leur contrôle ne causent pas de dommage à l’environnement dans d’autres Etats".  Madagascar, entièrement acquis à ce principe, souhaite ainsi parvenir à un accord incluant les dédommagements équitables au regard des pertes et préjudices engendrés par le réchauffement climatique qu’il subit.
J’appelle ainsi notre solidarité et notre prise de responsabilité pour que cette COP21 puisse aboutir à un engagement politique très ambitieux. Je suis convaincu que nous tous, ici présents, avons le pouvoir et le devoir de rendre la justice climatique à 7 milliards d’humains qui nous regardent et nous écoutent."

Thomas Boni Yayi (Bénin)
« Que la COP21 nous donne les moyens de nous adapter"
"Notre premier souci est de transformer le changement climatique en opportunité de développement et il est impératif que la COP 21 nous donne les moyens de nous adapter à la situation. Ces moyens doivent absolument tenir compte de ce que nous sommes des pays en développement et pour la plupart des Etats côtiers ou sahéliens menacés de disparition. La COP 21 doit donc donner lieu à un accord global, ambitieux et contraignant permettant de respecter l’engagement de maintenir le réchauffement climatique en dessous du seuil critique de 2°C. Il est également impérieux que l’accord sur le climat réponde aux difficultés rencontrées par l’Afrique en matière d’adaptation, de financement, de transfert de technologie, de savoir et de renforcement des capacités. L’équité doit se fonder sur la répartition des moyens d’adaptation. Il importe également d’intégrer dans cet accord un mécanisme de suivi-évaluation qui permette d’identifier les difficultés d’application méritant une attention particulière de la part de la communauté internationale. Comme vous le savez, pauvreté et dérèglement climatique sont véritablement liés. L’heure est grave. L’heure est véritablement grave. Agissons à une gouvernance concertée de notre planète Allons à la surveillance multilatérale, allons à une autorité mondiale de coordination et de régulation des objectifs contre les dérèglements climatiques". 

“Quand on demande aux pays les plus en retard sur le processus de développement de renoncer aux sources d’énergie les plus accessibles et les moins coûteuses que d’autres ont utilisées pendant des décennies pour assurer leur industrialisation, l’équité veut que cet effort soit accompagné et soutenu.”

Macky Sall
Chef de l'Etat - Sénégal

Ismaïl Omar Guelleh (Djibouti)
"Les pays développés doivent montrer l’exemple"
"Nous ne pourrons gagner la lutte contre le changement climatique que si nous prenons des mesures drastiques pour réduire l’émission des gaz à effet de serre. Conformément au principe de responsabilité commune, mais différenciée, les pays développés qui ont une responsabilité historique dans le réchauffement climatique et qui ont les capacités technologiques et financières suffisantes doivent montrer l’exemple en réduisant de façon substantielle leurs émissions de gaz à effet de serre. (…) La mobilisation des pays du sud en général et l’Afrique en particulier face aux défis du climat sera d’abord conditionnée par la capacité qu’auront les pays du nord à apporter des réponses plus consistantes aux deux questions sur lesquelles l’Afrique les attend : d’une part, celle de l’adaptation aux effets du changement climatique et de son financement, d’autre part celle des transferts de technologie. A l’instar des autres pays africains, l’adaptation reste la priorité du gouvernement djiboutien. (…)Toutes les actions prises pour faire face à ces phénomènes climatiques extrêmes doivent être financés. C’est pourquoi nous demandons à ce que le financement international mobilisé dans le cadre de la lutte contre le changement climatique soit équitablement partagé entre les actions d’atténuation et les actions d’adaptation. A ce sujet, nous sommes inquiets de la tendance actuelle qui comme l’a révélé le récent rapport de l’OCDE (…) montre que seulement 17% du financement est consacré à l’adaptation. Ce qui reste largement insuffisant. Négliger l’adaptation, c’est donc oublier que le changement climatique frappe déjà beaucoup de pays et que son impact négatif ne fera que croître, quelles que soient les mesures d’atténuation qui seront prises. Aujourd’hui, nous nous sommes réunis pour adopter un nouvel accord universel et, j’espère, juridiquement contraignant. Instruits par l’expérience du protocole de Kyoto et par l’échec du sommet de Copenhague, nous devons prendre les décisions qui s’imposent pour trouver un accord qui, d’une part, n’exclut aucun pays, et d’autre part, qui soit juste et équitable. Pour ce faire, il faudra sans doute accepter, et avant qu’il ne soit trop tard, d’ouvrir le pré-carré des souverainetés nationales pour asseoir le cadre d’une réponse efficace à la menace la plus globale qu’ait connue l’humanité."
 
Macky Sall (Sénégal)
« L’accord doit être contraignant »
"Suivant le principe bien connu de pollueur-payeur et la responsabilité commune, mais différenciée, il y a urgence à conclure un accord pour limiter la hausse des températures sous le niveau contenu de 2°C. Pour atteindre l’efficacité voulue, cet accord doit être contraignant, applicable à tous, juste et équitable. Certes, tous les pays doivent chacun contribuer à l’effort de réduction des gaz à effet de serre, notamment par la limitation des sources d’énergie plus polluantes, mais moins coûteuses. Mais, pour nous, pays en développement, africains en particulier, renoncer à ces sources entraîne des pertes de compétitivité qui amplifient davantage notre retard sur le processus d’industrialisation et de développement. Rien que pour l’Afrique, le coût de l’adaptation est estimé entre 7 et 15 milliards de dollars par an. Par conséquent, il est important que le fonds vert climat soit doté de ressources adéquates pour accompagner les efforts d’adaptation et soutenir le transfert de technologies écologiquement viables. Avec ses ressources hydriques abondantes et son énorme potentiel en énergie solaire, l’Afrique réunit les conditions pour un accès universel rapide à l’électricité. (…) L’Union africaine a appelé lors du  dernier sommet à la création d’un mécanisme piloté par l’Afrique pour coordonner les initiatives dédiées au continent en matière d’électricité. Le Sénégal, en sa qualité de président du NEPAD, appelle les pays partenaires à consacrer une partie des ressources destinées au fonds vert aux mécanismes pour l’électrification de l’Afrique en raison de 5 milliards de dollars par an au moins sur dix ans. Quand on demande aux pays les plus en retard sur le processus de développement de renoncer aux sources d’énergie les plus accessibles et les moins coûteuses que d’autres ont utilisées pendant des décennies pour assurer leur industrialisation, l’équité veut que cet effort soit accompagné et soutenu."

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